Première Écoute : La BO de « La Voleuse De Livres »

la-voleuse-de-livresPremière Écoute

Tendre et aussi dramatique, la BO du film La Voleuse de Livres est assez réussie, partant logiquement favorite dans la course à l’Oscar de la meilleure bande originale.

Ayant beaucoup apprécié La Voleuse de Livres, le roman de Markus Zusak dont le film est inspiré, et ayant eu vent d’une adaptation cinématographique, John Williams s’est proposé personnellement au réalisateur Brian Percival pour réaliser la bande originale de son long métrage. Une nouvelle qui a surpris par le fait que John Williams se soit détaché de Steven Spielberg pour la première fois depuis 2005, du moins en ce qui concerne le cinéma. Et pour son seul gros projet cinématographique de l’année 2013, il a composé une BO qui se révèle un bon cru de 52 minutes, qui s’apprécie de plus en plus avec le temps…

Tendresse et innocence enfantines …

John Williams a mis en place une instrumentation particulière, choisissant en guise d’instruments principaux ceux appartenant au registre Classique (violoncelles, altos, violons, piano, clarinette, flûte, harpe) mais aussi possédant des timbres fragiles, plus aptes à exprimer la sensibilité et l’innocence. En ce qui concerne les cuivres elles sont quasi inexistantes. Et parmi tous les instruments, et sur l’ensemble de la BO, c’est bien le piano qui domine ; c’est d’ailleurs le premier instrument que l’on entend sur i One Small Fact, le premier morceau. C’est sur cette même piste que sont exécutés les thèmes principaux qui reviennent très souvent par la suite. Très tendre i One Small Fact donne le ton avec une harmonie un peu froide mais terriblement attendrissante ; clarinettes, harpe, flûte prennent le relais toujours dans cette même tendresse enfantine et innocente pendant 52 minutes. Ce n’est qu’à partir de la piste 9 dénommée Max and Liesel que l’on s’aperçoit que John Williams a aussi réservé un très joli thème à Max, thème que l’on retrouve dans The Departure of Max, Max Lives et Finale. The Snow Fight et Foot Race font encore plus ressortir les bons moments propres à l’enfance, l’émerveillement de la découverte n’y échappant pas et étant bien dépeint dans Ilsa’s Library, Learning to Read. Mais même ces deux dernières compositions n’affichent pas une humeur totalement gaie, le spectre tragique de la guerre ne pouvant être continuellement ignoré.

… sur fond de drames humains

La BO ne prend jamais un ton virulent même pour décrire l’angoisse dans Book Burning, mais la touche dramatique est pratiquement omniprésente et plus ou moins intense. Malgré une instrumentation et une orchestration qui pourrait être propres aux BO de films féeriques, John Williams esquive justement tout enchantement avec des arrangements aux harmonies froides, qui nous rappelle la dureté omniprésente et plus ou moins palpable de la guerre ; car il y a toujours ces notes malicieuses, ou ces brusques intervalles de notes, surprenant un peu l’oreille et ternissant légèrement les mélodies. Un travail de sape harmonique bien dosé que John Williams a donc dû réaliser pour rester dans le ton dramatique du film tout en maintenant une œuvre agréable à l’écoute, et qui témoigne aussi de l’extrême maîtrise du compositeur. Mais outre l’aspect harmonique, ce sont surtout les cordes (violons, altos, violoncelles) qui se chargent de la teinte dramatique générale de la BO, avec des interprétations modulantes et traînantes, qui leurs confèrent, du coup, des sonorités grinçantes et déprimantes. Poussées un peu plus dans cette optique, cela aboutit à des pièces très touchantes et sombres tels The Train StationRescuing the Book, Rudy is Taken.

John Williams a donc réalisé un bon travail sur cette BO et montre qu’il est un compositeur qui continue de surprendre même après plus de 60 ans de carrière. Bien que les  thèmes principaux reviennent très (trop ?) souvent, les arrangements complexes qui s’articulent autour sont tous simplement monstrueux. Un énorme travail qui s’écoute avec plaisir, les fans de Classique y trouveront leurs comptes et ceux de La Voleuse De Livres aussi, tant l’adéquation avec l’ambiance du film est indiscutable. Ça, les membres de l’Académie l’ont bien noté, reste à savoir si cette partition décrochera l’Oscar de la meilleure BO de l’année écoulée, verdict le 2 mars prochain.

Didier Bianay

reydarts.fr

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