Première Écoute : La BO des « Enfants De La Chance »

(n°678)

Première Écoute

les-enfants-de-la-chancePour sa première BO de long métrage Adrien Bekerman a frappé fort en proposant un travail particulièrement mélodieux. Entre nostalgie lyrique et noirceur ponctuelle, il n’a pas manqué d’apporter une approche intelligente sur des pistes plus joyeuses.

Perfusion lyrique et mélancolique

À entendre le morceau Solitude, on sent déjà que ça commence bien, car ce morceau d’ouverture qui expose un des thèmes principaux est particulièrement réussi. Mais il n’est qu’un apercu des excellentes séquences lyriques qui suivront dans les morceaux Arrivée À L’hôpital, Madeleine, Les Histoires Du Dortoir, Flashback, Adieu Samuel et Tante Regina. Le plus souvent Adrien Bekerman utilise piano et violons pour illustrer un lyrisme plutôt mélancolique ou innocent. Le compositeur donne aussi quelques places à la clarinette dans le même but lorsque de fréquentes tenues de violons sont plutôt bonnes à illustrer un certain dramatisme, et que dire des remarquables jeux larmoyants de ces instruments à cordes dans La Rafle. Dans l’ensemble la BO atteint rarement une forte intensité malgré l’orchestre de Paris ; normal cette intrigue basée sur la tendresse et la bonté milite peu pour des envahissements de sonorités massives et s’allie plus à un style sentimental très français, que Bekerman a fièrement retranscrit. 

Diagnostic intelligent

Les Enfants De La Chance rentre plutôt de la catégorie Dramédie, entre Drame et Comédie, un genre cinématographique qui peut faire passer du rire à la tristesse en peu de temps. On trouve dans la BO plusieurs compositions courtes qui auraient pu desservir le compositeur s’il n’avait pas suffisamment d’imagination et de diversité musicale pour donner à chacune d’entre elles un univers très marqué, plus ou moins gai, capable de souligner fortement certaines scènes importantes du film ; c’est particulièrement le cas dans le précité La Rafle et aussi dans Occupation qui ramènent bien à la dure cruauté de l’époque quand, à l’inverse, Évasion semble jouer ironiquement avec les codes et arpèges des films d’espionnage et d’aventures. On trouve aussi dans cette bande-son quelque chose d’intelligent dans l’utilisation de l’accordéon, volontairement imparfait et enfantin dans la chanson-thème Chanson Du Dortoir et dans ses dérivées, Les Carottes, Je Guérirai et Les Bergers Allemands. Mais la perfection de l’imperfection est pleinement atteinte dans les irrégularités rythmiques judicieuses de La Valse Du Bourré ponctuées d’un accord bien brouillon conforme au contexte. Elle est aussi là la force de la partition d’Adrien Bekerman, de savoir suivre un contexte à la trace, ce qui donne à la musique du film une grande variété de tons et un certain réalisme finalement.

Les 40 minutes de la BO de ce compositeur passent bien ma foi, nous montrant la large étendue de ses capacités, et ce dès son premier long métrage ; et ce n’est pas la chance du débutant vu son passé studieux et ses expériences au service de compositeurs respectés. Un premier long métrage qui ne sera sans doute pas le dernier et je serais pas étonné de voir le petit dernier faire partie des premiers dans la course au César de la meilleure musique alitée musicalité.

Didier Bianay

bianaydidier.com

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