2 BO recommandées

(n°906)

Bandes Originales Recommandées

  

The City and the City – Dominik Scherrer

Dur, dur de faire la bande-son d’un concept labellisé « infilmable ». Car l’adaptation du roman éponyme fait le distinguo entre 2 villes postmodernes complètement différentes mais imbriquées l’une dans l’autre, avec au centre de l’intrigue un mystérieux meurtre. Dès les 2 premières pistes le compositeur donne les indices de son approche générale faisant succéder au son électro dirty d’Ul Qoma une valse moderne aussi guindée que nostalgique pour Besźel. C’est ensuite que la voix mystique de Charlotte Hug suggère l’influence d’une 3ème ville, disparue depuis. Même si l’ensemble est plutôt dominé par le style d’Ul Qoma, par lequel Scherrer expose une grande quantité de textures sonores et des harmonies étranges, les références à Beszel et Orciny subsistent respectivement par un piano ou une guitare abimés et des chœurs célestes ; une nécessité, l’enquête chevauchant 2 villes issues d’Orciny. Pour sa 4ème collaboration avec Tom Shankland, Scherrer nous offre ainsi 41 minutes d’une ambiance sombre et bizarre, très marquée, dans le droit fil de celle que China Miéville avait dépeint dans sa « weird fiction » éditée en 2009.

Secret Of The Nile – Amin Bouhafa

Il aura fallu attendre 2 ans pour que la BO de Secret Of The Nile (Grand Hotel) sorte et pourtant elle valait le coup ! Pour cette production Netflix où un homme intègre le personnel d’un hôtel de luxe à la suite de la disparition de sa sœur qui y travaillait, c’est le talent d’Amin Bouhafa qui a été sollicité. Bien que d’origine tunisienne et sur une intrigue fixée en Égypte, le compositeur n’a pas versé dans la musique orientale, qu’il maîtrise déjà sacrément. Non la bande-son est plutôt occidentale et accaparée par les cordes quant un piano, une harpe, un accordéon et une flûte apportent deci delà un peu de brillance ou de fragilité. Après un départ au lyrisme fiévreux on atteint assez rapidement le mystère sans toutefois quitter cette teinte sombre, élégante et romantique qui est le socle d’une BO plutôt lente. Avec cette partition impeccable le jeune Bouhafa prouve encore une énorme technique d’écriture ; déjà césarisé, on ne peut plus dire que ses aptitudes sont un secret, il vit déjà à l’heure de la confirmation.

Didier Bianay

bianaydidier.com

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BO recommandée

(n°893)

Bandes Originales Recommandées

Gangsta – Hannes De Maeyer

Pour son troisième film avec les réalisateurs Adil El Arbi et Bilall Fallah, Hannes De Maeyer se plonge dans le monde du crime organisé avec Gangsta où des dealers en herbe déclenchent une guerre de vrais gangs qui finit par les dépasser. Le compositeur belge, réputé versatile, propose sur cette bande-son ce qui fait penser à du Rob, à savoir des synthés et du sound design crasseux accompagnés de sonorités très pures qui peuvent procurer successivement et simultanément noirceur et lumière. L’autre intérêt se retrouve dans ces percus assez 80’s exécutant des beats pop de la même décennie et qui donnent à l’ensemble une teinte faussement rétro et catchy ; même sur les ambiances plus mesurées la BO ne perd pas de vue ce côté haletant et dynamique puisque des leitmotivs rapides et des percus plus modernes suffisent à maintenir son élan. Enfin, le plus mémorisable reste l’efficace thème principal bien développé tout au long d’un score étonemment audacieux pour le genre Action et qui peut s’apprécier aisément sans la moindre image.

Didier Bianay

bianaydidier.com

3 BO recommandées

(n°868)

Bandes Originales Recommandées

     

Travelers – Adam Lastiwka

Le prolifique Adam Lastiwka a voulu faire quelque chose de futuriste, et c’est réussi. Prolifique, le canadien l’a été aussi sur les sonorités électroniques de cette bande-son qui en grouille littéralement. Mais pour dépeindre en musique les aventures de voyageurs temporels salvateurs Lastiwka garde tout de même un concept en surbrillance, l’emploi massif de la distortion même sur des instruments acoustiques, à tel point que ces derniers passeraient pour des synthés. Cela n’empêche pas au compositeur de mettre de la lisibilité dans son orchestration, posant des sonorités limpides pour contrebalancer des basses fréquences volontairement embrouillées et point contemporaines. Mais plus qu’un excellent sound design la BO de Travelers conserve une musicalité, discrète mais appréciable, quant certains morceaux par leurs rythmes haletants, affirmés ou non, nous maintiennent dans l’urgence ; car pour ces time travelers s’immiscer discrètement dans l’entourage d’un hôte demeure un combat de tous les instants.

Si Tu Voyais Son Cœur – Gabriel Yared

Cette BO symbolise quelque part le mal qui ronge le Cinéma français ces derniers temps, la musique originale y trouve de moins en moins sa place. Pourtant la réalisatrice Joan Chemla tenait en la personne de Gabriel Yared un excellent compositeur. Propulsé dans un projet taillé pour lui le franco-libanais a rappelé sur cette bande-son symphonique qu’il est un orchestrateur hors pair, tant l’orchestration de sa partition est limpide et pleine d’élégance. Un vrai régal qui est quelque peu modernisé par le choix d’une réverbe longue ajoutant une certaine intimité à la profondeur d’une flûte, à la fragilité du piano, et une certaine chaleur au mini-orchestre quand il se déploie mélancoliquement. Malheureusement, la BO est très courte, comptez 18 minutes, sur un film d’1 h 26… Dommage car la plume de Yared avait de quoi porter ce drame sentimental, psychologique, basé sur la rédemption, et jouer davantage avec la couleur de son contexte sombre.

Rappel

La Forme de L’eau – Alexandre Desplat (Golden Globes 2018 : les bonnes habitudes de Desplat, Pasek et Paul)

« …le français a réussi à se détacher en marquant les esprits par sa bande originale acidulée, nous emportant dans une féérie et un romantisme à toute épreuve… « Ce film traite de l’amour. Rien d’autre. Amour. Partage. Humanisme et respect. La musique devait transmettre cela », s’est-il exprimé après cette 75ème édition. C’est dans cette optique que ce flûtiste de formation a donné beaucoup de champ à différents timbres de bois, naturellement sensibles, sans même proposer un son imposant dans les scènes les plus brutales, l’absence de trompettes aidant. Ainsi l’idée de l’eau était autant présente à travers les mouvements incessants de la caméra que dans la puissance limitée d’un orchestre semblant constamment immergé, selon les dires du compositeur à billboard.com. »

Didier Bianay

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2 BO recommandées

(n°860)

Bandes Originales Recommandées

 

Tout L’argent du Monde – Daniel Pemberton

Si vous avez une dizaine d’euros à investir je vous conseillerais bien de les placer sur la BO de Tout L’argent du Monde, une partition assez fournie alternant entre 2 mondes musicaux assumés et maîtrisés par l’imprévisible Daniel Pemberton. Dès le départ c’est le Classique qui nous saute aux oreilles ; et écrit parfois avec une certaine grandiloquence il peut même virer à de la musique d’opéra, traduisant selon le compositeur le pouvoir et l’assurance de Getty, l’homme dont les ravisseurs ont enlevé le petit-fils. En revanche l’autre facette de la bande-son est radicalement distinct puisqu’émergent indifféremment des compos électro plus écorchées, limite sauvages, pour dépeindre le monde modeste et brutal d’où viennent les malfrats. Rythmées occasionnellement de percussions modérées, elles sont pourvues d’une légion de sons inimaginables agrémentant leurs style minimaliste moderne fait de leitmotivs. Des aller-retours déroutants donc entre 2 sphères musicales que tout oppose et 2 manières d’exprimer drame et tension.

Malaterra – Alexandre Lessertisseur

Même si 2 années se sont écoulée depuis la diffusion de la série, il fallait que la BO de Malaterra sorte car elle vaut le détour. Instrument parfait pour les ambiances dramatiques et sombres et donc parfait pour ce remake de Broadchurch, le violoncelle domine largement la bande-son avec une partition propre qui navigue beaucoup mélodiquement. On peut dire par extension que c’est toute la famille de cet instrument qui tient le concept de BO puisque les cordes par leurs jeux saccadés ou traînants donnent à des harmonies dissonantes un rythme haletant ou une intensité sensible. Mais Lessertisseur apporte aussi quelques modernités dans le piano en réverbe et les arpèges mystérieuses propres à cette nouvelle génération de polar, idem pour ces basses électroniques amples toujours soucieuses d’entretenir une certaine lourdeur. Surtout présentes pour soutenir l’orchestre, les sonorités électroniques s’y fondent aussi très bien, mettant au gout du jour une bande-son très émotive de la première à la dernière piste.

Didier Bianay

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2 BO recommandées

(n°839)

Bandes Originales Recommandées

the breadwinner  

 

Parvana, Une Enfance en Afghanistan Jeff et Mychael Danna

Les frères Danna ont beau avoir grandi au Canada ils excellent quand il s’agit de piocher dans des cultures musicales exotiques… Pour ce film d’animation sur le dur quotidien d’une fillette en Afghanistan ils ont logiquement pensé à des instruments du cru, et on devine une grande recherche musicale sur l’emploi de l’instrumentation indigène qu’ils révèlent au fur et à mesure, donnant une authenticité et une variation sonore instructive. Cette bande-son c’est aussi une savante utilisation de la technologie, de l’enregistrement des interprètes afghans en ligne, à un apport intelligent du sound design pour amplifier certains accents lyriques acoustiques ou pour dépeindre sobrement les rares moments les plus sombres. Dépaysante, bien qu’utilisant des instruments occidentaux en appoint, la partition ne verse jamais dans l’émerveillement ni dans la noirceur mais, à l’instar du thème principal, se veut majoritairement mélancholique et poétique.

La Mort De Staline – Christopher Willis

« À l’ancienne ». C’est l’expression qui me vient en tête pour caractériser la BO de cette comédie satirique autour de la mort de Staline. Faut dire que son compositeur – un musicologue nostalgique spécialisé dans la musique du 18ème – est très compétent lorsqu’il s’agit de reproduire du Classique contemporain, voire du Classique tout court, le britannique nous gratifiant même d’une superbe fugue sur le trépidant Back From The Gulags. On retrouve ainsi la noblesse de la musique symphonique soviétique des 50’s, mais aussi sa véhémence, annoncée sur le thème principal et disséminée sur le reste de la bande-son avec des interprétations incisives aux cordes et des montées de cuivres intimidantes. Cette vigueur, le compositeur l’agrémente bien d’interventions de bois et d’accompagnements sautillants qui allègent la noirceur d’une partition très mélodique. Avec ce film d’époque taillé pour lui Christopher Willis avait l’occasion de frapper un grand coup, et il ne s’est pas loupé…

Didier Bianay

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2 BO recommandées

(n°834)

Bandes Originales Recommandées

  

Justice League – Danny Elfman

Apres avoir co-composé avec Brian Tyler sur Avengers 2, Danny Elfman s’est fait Justice League lui-même et nous a préparé une généreuse bande-son, passant même par des fan moments lorsqu’il réutilisa le thème de Superman avec une teinte plus sombre ou donna à celui de Wonder Woman un aspect plus intimidant ; d’intelligents hommages à John Williams et Hans Zimmer qui plairont au grand public. De surcroît, le natif de Los Angeles a aussi exprimé sa personnalité en ramenant son mythique thème de Batman et en apportant du neuf par des leïtmotivs simples pour Flash, Cyborg et Aquaman, idem pour le thème principal (Hero Theme) et son motif en tierce mineure entêtant. Dominée par les altos et les violoncelles dans les moments sentimentaux cette sombre bande-son monte progressivement en puissance pour atteindre en son centre une teinte épique monstrueuse à grands renforts de cuivres, de chœur et de percussions pétaradantes, le tout par une maîtrise d’écriture et des arrangements impressionnants. Généreuse, la production l’a aussi été en incluant dans cette BO les versions longues des titres tourmentés The Tunnel Fight et The Final Battle, soit un rab de 11 minutes bien jouissif.

Paddington 2 – Dario Marianelli

3 ans après le premier volet le facétieux Paddington revient, toujours sous la houlette du réalisateur Paul King ; c’est au niveau de la conception de la musique que l’on trouve du changement puisque Nick Urata a été remplacé par Dario Marianelli qui avait brillé l’année dernière sur Kubo et L’armure Magique. Mais pour ce nouvel épisode il n’a pas été fait table rase de la partition passée puisque l’italien reprend certaines idées d’Urata comme ce que l’on peut qualifier de thème de la poursuite, ou encore cette rythmique haletante sous-jacente davantage usitée dans ce volet pour affirmer un concept musical sautillant. Dans le même ordre d’idée le compositeur fait la part belle à des marimba, célesta, flûtes, harpe ou cymbales pourvoyant une dose de ludicité à une intrigue rocambolesque et familiale. Le calypso, représenté par les interventions du groupe Tobago and d’Lime, finit d’apporter de la gaîté à une partition à la pétillance tenace et à l’instrumentation vorace.

Didier Bianay

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BO recommandée

(n°831)

Bandes Originales Recommandées

Blue Planet II – Hans Zimmer, David Fleming et Jacob Shea

Pour ce retour de Blue Planet, 16 ans après le premier volet, la BBC tenait à engager l’un des meilleurs compositeurs de la Terre qui de son côté a amené 2 autres de ses poulains sur ce projet, Dave Fleming et Jacob Shea. Diffusé depuis peu à la Télévision anglaise et bientôt sur France Télévision, on se dirait follement que la série-documentaire rendrait terriblement bien au Cinéma vu sa musique à l’ampleur indéniable, ceci grâce au Synchron Stage Orchestra. Réputée aussi pour collectionner les grands ensembles, la plus importante société de diffusion au monde a donc montré beaucoup d’ambition musicale sur la forme, mais aussi sur le fond où chaque piste à une expression franche capable de magnifier chaque spectacle de la nature. Très mélodieux, Zimmer, Shea et Fleming prouvent une grande créativité par une instrumentation électro-symphonique qu’on peut qualifier de foisonnante tant la quantité de sonorités qui y fourmillent sans complexe est étonnante, à croire que ces compositeurs ont eu tous les droits… Des plages épiques aux moments de délicatesses, en passant par des raz-de-marées lyriques somptueux, cette BO s’avère particulièrement captivante et semble annoncer bien plus que de sympathiques documentaires.

Didier Bianay

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BO recommandée

(n°826)

Bandes Originales Recommandées

Thor : Ragnarok – Mark Mothersbaugh

À voir l’affiche très flashy de ce troisième volet de Thor on se doutait que celui-ci serait différent, le facétieux Taika Waititi a remplacé Alan Taylor alors qu’en parallèle l’étrange Mark Mothersbaugh s’est substitué à Brian Tyler. Bien que son nom ne vienne pas à l’esprit pour ce type de film, Mothersbaugh n’en est pas à son premier essai lorsqu’il s’agit de concevoir orchestralement des intrigues d’aventure grandiloquentes, l’exemple le plus récent étant Lego Ninjago. Il montre sur cette bande-son qu’il connaît donc la recette en mettant en exergue des percussions brutales et des cuivres graves viriles pour un épisode dédié à la surpuissance où Thor et sa soeur se déïfient (vraiment), quant l’impitoyable Surtur a carrément la potentiel de détruire Ásgard… Du grand classique cette partition ? Non, car la patte de Mothersbaugh se fait surtout sentir sur les sonorités électroniques bizarroïdes qui le caractérisent si bien pour dépeindre une drôle de planète Sakaar, fait de trucs, de bidules et de machins. Très vivante et mélodieuse cette longue BO ne cesse de naviguer frénétiquement entre 2 mondes musicaux décrochant parfois quelques sourires ; de toute façon à entendre le nouveau thème de Thor l’on devine d’entrée que le compositeur laissera parler une personnalité musicale totalement décomplexée.

Didier Bianay

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BO recommandée

(n°821)

Bandes Originales Recommandées

Le Musée Des Merveilles – Carter Burwell

Après Carol, Carter Burwell et Todd Haynes se sont retrouvés sur Le Musée des Merveilles, un film qui traitent des quêtes intimes de 2 enfants sur 2 époques différentes, 20’s et 70’s. Étant malentendants le réalisateur a préféré comme se placer de leurs points de vue avec un long-métrage maigre en dialogue et il va sans dire que la musique de Carter Burwell devait palier le manque à ce niveau ; une aubaine pour le compositeur qui propose une longue bande-son de 63 minutes. La difficulté, comme il a expliqué au webzine goldderby.com, fut de trouver le juste milieu entre une musique ni trop effacée, ni trop présente, ni trop typée 20’s, cette dernière caractéristique aurait d’ailleurs tranché avec les ajouts de quelques synthés ou guitares électriques représentant la vie du jeune garçon au cœur des 70’s. Non ici Carter Burwell propose plutôt une BO homogène pour préserver le lien mystérieux entre ces 2 destins, autour de 2 jolis thèmes principaux bien mis en valeur. Très mélancolique par de lents arrangements aux cordes épaulées d’un piano posé et de bois dans les mêmes optiques sentimentales, Burwell réhausse la ludicité de la musique avec des instruments qui parlent à l’enfance tels que le marimba ou le glockenspiel pour signer un score complet et mélodieux et dont l’évidente tendresse s’avère touchante.

Didier Bianay

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3 BO recommandées

(n°807)

Bandes Originales Recommandées

     

Rebel In The Rye – Bear McCreary

Pas habitué aux drames de cette nature mais touché, car fils d’une écrivaine, McCreary a envoyé nombre de démos au réalisateur Danny Strong pour le convaincre qu’il était le compositeur qu’il lui fallait pour ce biopic sur l’écrivain J.D. Salinger. Et le résultat est plutôt réussi avec pour entame un somptueux premier thème sur la jeunesse innocente de l’auteur autour duquel il tourne, avant de basculer sur un second thème plus mature représentant un homme rongé par la guerre et les drames intimes. Majoritairement symphonique sur des interventions pianistiques liquides, des synthés lugubres ou autres marteaux de machine à écrire, la BO laisse parfois place à des pistes Jazz originales et typées 40’s. Affichant une telle sensibilité d’écriture et un lyrisme envoûtant emprunté a son mentor Elmer Bernstein, on se demanderait pourquoi Bear McCreary ne s’était pas adonné au genre plus tôt tant il y est convaincant.

My Little Pony : Le Film – Daniel Ingram et artistes variés

Sur M-C-N on parle de la Musique de Film même pour très jeunes, hééé oui, nah !… Cela d’autant quand un album constitue une grosse surprise. Très cinématographiques, les premières pistes affichent les talents d’interprétations des acteurs et les arrangements orchestraux monstrueux d’un Daniel Ingram passant presque pour l’héritier d’Alan Menken. Bien habitué au ton léger et dynamique de l’univers d’Equestria depuis 7 ans, le canadien ainsi que Mark Nilan Jr et Paul Blair ont été un modèle pour d’autres jeunes artistes tels Sia, Lukas Graham, Rachel Platten, DNCE, Palmer Reed ; ces derniers ont visiblement pris ce dessin animé très au sérieux tant ils ont livré des compositions originales efficaces et travaillées. C’est ainsi qu’après l’oscarisable Open Up Your Eyes l’on bascule vers un style majoritairement Électro-pop toute aussi pétillant, avant que la nostalgique ballade country de Lukas Nelson ne clôture une BO qui peut séduire jeunes et jeunes parents.

Latifa, Le Cœur au Combat – Mike Kourtzer et Fabien Kourtzer

Il y a 20 ans les frères Kourtzer composaient pour le film Ma 6-T va crack-er et se retrouvent cette fois sur un documentaire proche de ce thème, mais avec une approche résolument plus positive. Mère d’une victime de Mohamed Mérah, Latifa rencontre des milliers de jeunes afin de leurs transmettre l’espoir ; ses pérégrinations sociales avaient donc besoin d’une musique faisant le lien entre elles et eux. Les 2 compositeurs ont alors opté pour un concept mélangeant la culture musicale orientale à des sonorités électro futurites dépeignant l’avenir de la jeunesse actuelle. Portée par un Électro-raï envoûté et signé Amel Wahby, cette mélancolique BO se signale surtout par la grande émotionnalité que les frères Kourtzer ont su dégager avec des outils électroniques. Ils confirment aussi que synthés, réverbe, ou delay peuvent transcender les instruments acoustiques, négociant parfaitement le virage actuel de la Musique de Film.

Didier Bianay

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2 BO recommandées

(n°785)

Bandes Originales Recommandées

  

Bigfoot Junior – Puggy

Album ou bande-son ? Plutôt une bande-son puisque, malgré une collection de chansons originales, le groupe belge réutilise certaines mélodies au long de l’œuvre, ainsi les pistes Simple Sentimental et Underground Sabotage sont des déclinaisons émotionnelles des chansons Simple Feelings et Underground. La BO, donc, se veut très dynamique et positive dans un style pop-électro rétro bien vitaminé pour faire des retrouvailles entre Adam et son Bigfoot de père une aventure excitante et trippante ; elle colle aussi au caractère jovial des personnages principaux tout en sachant les accompagner dans leurs moments les plus mélancoliques, mention spéciale à la formidable ballade Broken Heart. Contactés par le réalisateur Ben Stassen qui avait fait d’eux son premier choix les membres de Puggy ont relevé le défi d’écrire les musiques au fur et à mesure que les images leurs parvenaient, et ce en pleine tournée. Un sacré tour de force pour une bande à l’avenir prometteur.

Fargo Year 3Jeff Russo

Dès la première piste et l’interprétation profonde du thème de Fargo par un chœur on devine une grande ambition musicale autour de la 3ème saison de la série. Et la suite ne nous contredit point puisque le travail de Jeff Russo ressemble plus à de la bonne musique pour Cinéma, s’appuyant sur un gros orchestre et une mélodicité très présente, à l’opposé du style minimaliste souvent imputé au BO de séries ; question de temps, mais avec le producteur Noah Hawley, lui aussi musicien, Russo bénéficia d’une place de choix dans le process en y étant inclus très en amont. On sent de même l’émotion dépeinte avec une grande liberté orchestrale bien que menée par un violon sinistre et mélancolique, et des bois traînant qui adoucissent la sonorité d’ensemble. C’est le concept sonore principal de la BO tout comme cette retenue intimiste de la partition dont le volume général est faible, le plus parfait exemple est le timide morceau au piano For Nikki. À l’inverse des exaltations pour cordes et cuivres s’avèrent poignantes par leur ampleur et quelques fois amusantes par leurs charmes désuets.

Didier Bianay

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2 BO recommandées

(n°778)

Bandes Originales Recommandées

   

Valérian et la Cité des Mille Planètes – Alexandre Desplat et artistes variés

33 ans que l’Orchestre philarmonique de Radio France ne s’était frotté à la Musique de Film ; cela ne signifie pas que dans cet univers il ne valait rien mais juste que l’ensemble musical dirigé par Mikko Franck se focalise habituellement sur les activités pédagogiques et les concerts ; un honneur pour Desplat donc qui s’est attaché les services de 95 de ses musiciens afin d’offrir au spectateur une expérience auditive riche et prenante. En effet, l’orchestration du parisien est très créative et ne manque pas de laisser, dans les moments les plus calmes, la place à tout type de bois et aux synthés, une multitude de sonorités toujours appréciable sur une BO. De plus, outre le côté très mélodique voulu par Besson, le compositeur a gardé un fil conducteur bien audible selon lequel l’aventure s’accompagne de cuivres virils, de percussions nerveuses et de phrases aux cordes supraluminiques, des passages épiques réussis à l’impact indéniable. Pour sa première avec Desplat, Luc Besson a ainsi accordé une grande liberté au compositeur dont on perçoit la variété du langage musical que lui a insufflé ce film de science-fiction pure.

Enfin, on retrouve aussi dans ce coffret 2 volumes des emprunts à des artistes de divers horizons tel David Bowie, Wycleff Jean, Charles Bradley parmi lesquels les œuvres originales de Cara Delevingne (I Feel Everything), d’Alexiane (A Million On My Soul) et de Julien Rey (Bubble Dance) font plutôt bonnes figures.

Rappel

The Monkey King 2 – Christopher Young (Le vétéran Young sur NEW-GEN)

« Pour le dernier cité il a, on peut le dire, renoué avec la Musique de Film old school car sa partition a été d’une expressivité permanente qui fait plus penser aux anciennes BO même pour le genre Aventure. Nouant avec les éléments de la culture musicale chinoise il les a incorporés au style occidental par touches pour infuser une saveur asiatique à la partition sans tomber dans la caricature ou donner l’impression d’un mélange forcé. Un exemple de métissage musical qui démontre la profondeur du travail de documentation du compositeur et réaffirme sa capacité d’adaptation. »

Didier Bianay

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2 BO recommandées

(n°768)

Bandes Originales Recommandées

  

Les Aventures de Capitaine Superslip – Theodore Shapiro

Un super-orchestre, c’est ce que Dreamworks a confié à Shapiro pour sa mission, voilà qui semble trancher avec un film d’animation comique qui arrive sur la pointe des pieds en période de blockbusters. Grâce à cette formation symphonique conséquente Theodore Shapiro affiche une qualité d’écriture que peu lui connaissaient contrairement à sa capacité à jongler avec des styles musicaux plus modernes, chose qu’il fait à merveille sur cette BO, la rendant imprévisible et ludique. Du son 8 bits à des érections puissantes de l’orchestre sur un dynamisme mordant et aventureux, la Big BO de ce film d’animation multiplie les sautes d’humeurs sans avoir à envier celles de programmes super-héroïques plus sérieux. Mais ce que vous retiendrez le plus est ce thème principal particulièrement réussi et qui est si bien exalté pendant ses 55 minutes de haut vol.

Down The Deep, Dark Web – Frank Ilfman

Il y avait une volonté chez le réalisateur et journaliste Yuval Orr de montrer un regard plutôt équilibré sur le Dark Web, entre ombre et lumiere, entre inquiétude et espoir. Et ça se sent sur la bande-son du très talentueux Frank Ilfman qui ne verse pas dans le lugubre comme on pouvait si attendre bien qu’elle conserve une teinte noirâtre de bout en bout. Amoureux de la symphonie pure Ilfman a bien su reprendre les codes de la musique électro typique de ce genre de programme souvent caractérisée par des arpèges harcelants ; mais ceux d’Ilfman sont particulièrement difficiles à cerner comme le portrait moral d’un réseau émaillé de hackers et de crypto-anarchistes en tout genre. Enfin, les harmonies feutrées massivement utilisées par le compositeur ajoutent un mystère troublant à cette quête philosophico-digitale où le Mal tutoie le Bien.

Didier Bianay

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3 BO recommandées

(n°757)

Bandes Originales Recommandées

     
Un Profil Pour Deux – Vladimir Cosma

Un coup de tampon sur la pochette, « Vladimir Cosma – bandes originales » comme une certification, un label de qualité pour l’un des plus grands compositeurs du Cinéma français. Et sur le film de Stéphane Robelin, Vladimir Cosma n’a pas dérogé à la règle, jouant subtilement la carte de la valse modernisée dans un premier temps avant de faire référence à ces anciennes œuvres. Niveau instrumentation se sont les nostalgiques harmonica et cymbalum qui vont dans le sens d’une sonorité d’ensemble voulue très lumineuse et positive. Enfin cette BO c’est surtout des thèmes mémorisables et habilement développés qui vous resteront dans la tête, une obsession chez le mélodiste Cosma.

Les Gardiens de la Galaxie 2 – Tyler Bates

Lorsqu’on parle de la musique du 2ème volet des Gardiens de la Galaxie on parle souvent de l’Awesome Mix Vol.2, mais la bande-son de Tyler Bates vaut aussi largement le détour ! Épique à souhait elle reprend le concept de la musique du 1 avec plus de maîtrise et de puissance, et par puissance j’entends un orchestre très imposant et des cuivres survitaminés qui intensifient considérablement les scènes d’action. Quant aux chœurs leurs multiples utilisations les rend tour à tour puissants, célestes, apeurants, lugubres. Ce travail sur les formations vocales est le symbole d’une musicalité approfondie sur cette BO où le compositeur laisse place à des tendresses lyriques très touchantes, voire magiques, constituant un contrepoids détonant.

Pirates des Caraïbes 5 : La Vengeance de SalazarGeoff Zanelli

La BO a beau monter en puissance elle ne se départie pas de sa noirceur. En effet les premières piste laissent planer une menace bien palpable et l’entêtant thème de Salazar appuie cette impression. Puis viennent ces morceaux sombrement épiques de longue durée et là priorité est donnée à des cuivres graves, écrasantes et intimidantes, complices avec des percussions impulsives et déchaînées ; on notera la texture sonore très boisée des cordes grâce à une interprétation zélée des instrumentistes. Malgré quelques pauses lyriques ou burlesques cette frénésie persistante et foisonnante prévaut jusqu’au remix Dance de He’s A Pirate qui se trouve être une réutilisation bien moins subtile que celles de Zanelli de ce thème iconique.

Didier Bianay

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3 BO recommandées

(n°746)

Bandes Originales Recommandées

     

Bitter Harvest – Benjamin Wallfisch

Cette romance dramatique où les principaux personnages tentent de se défaire de l’oppression stalinienne et de son effroyable Holodomor a été une aubaine pour le très lyrique et pro-mélodique Benjamin Wallfisch. Sur 1h14 de musique il a pu exprimer sa personnalité et composer une bande-son profondément émotionnelle avec des thèmes mélodiques bien plus développés que de simples leïtmotifs. Principalement accaparée par des cordes aux multiples effets sonores maîtrisés et capables de lyrismes puissants, la BO laisse place à de rares ponctuations de cuivres et distille le folklore musical ukrainien par des solos et choeurs déchirants et dénonciateurs.

La Sonata Del Silencio – Cesar Benito

Dans cette série à succès nous plongeant dans le Madrid des années 40 et produit par la chaine espagnol RTVE la bande-son n’a pas été négligée, comme c’est souvent le cas pour ce format télévisuel. Mais ne vous fiez pas au titre on ne trouve dans cette imposante BO aucune sonate aux humeurs traditionnellement changeantes, mais des morceaux plutôt linéaires émotionnellement. Pourvue d’une teinte noirâtre, mélancolique et de thèmes somptueux, la bande-son nous expose une orchestration bien variée où c’est surtout le piano qui nous reste à l’esprit tant sa partition est habile, mettant si bien en valeur la noblesse de cet instrument. ¡ Salve Cesar !

Gangsterdam – Robin Coudert

C’est sans doute ce qui est arrivé de mieux à ce film : sa musique. Outre le fait de mettre dans la BO des hits qui parlent à plusieurs générations, le réalisateur Romain Lévy a eu l’étonnante idée de s’inspirer du travail d’Ennio Morricone pour les polars français et italiens des années 70 et de les mélanger au style électro de Robin Coudert. Et le surnommé Rob a fait ce qu’il sait faire de mieux, en proposant de l’électro-symphonie épanoui, viril, sombre, postmoderne, frisant parfois le post-apocalyptique… Une BO qui s’avère plutôt sérieuse pour cette comédie d’ado, et où l’intéraction entre sonorités futuristes et rétro est maligne, car non caricaturale et fusionnelle.

Didier Bianay

bianaydidier.com

2 BO recommandées

(n°718)

Bandes Originales Recommandées

  

Gold – Daniel Pemberton

Ça ressemble parfois à de l’U.N.C.L.E mais c’est pas de l’U.N.C.L.E. En effet ces fréquents rythmes funky accompagnés de flûte de pan exotiques et turbulentes peuvent faire penser au travail du compositeur sur le film d’espionnage rétro sorti en 2015, mais trouvent mieux leur place dans Gold où l’intrigue mouvementée se déroule en partie dans la jungle indonésienne. Toutefois la BO de ce drame est surtout accaparée par un usage musical et très créatif de fins sons métalliques et de sons de cloches (en référence au Stock Exchange Bell) qui, selon les dires du compositeur, furent le tronc de sa réflexion et son symbole du capitalisme new-yorkais. Et c’est le même son de cloche pour les pistes plus posées, et tout aussi efficaces, qu’elles soient planantes, nostalgiques, rêveuses ou inquiétantes, avec pour résultat 49 minutes de cohérence musicale. Un bon investissement…

Le Cœur En Braille – Philippe Jakko

Dès le départ le ton est donné. Le thème de Marie, fait irruption en même temps que la protagoniste au début du film, et tout comme le thème de sa relation avec Victor il a un naturel plutôt sautillant, innocent, joyeux et plein de vie. Ils sont le symbole d’une BO qui se veut dédramatisante et opposent un peu de gaîté et de romance à de touchantes compositions lyriques, bien que l’état de l’adolescente n’ira qu’en s’empirant. Auteur d’interprétations délicates au piano et accompagné par l’orchestre philarmonique de Bruxelles, dont l’effectif a été réduit à 35 pour une sonorité plus intimiste, Philippe Jakko était dans sa zone de confort, à cheval entre le Classique et le Baroque. L’écriture de la partition est donc rigoureuse, maîtrisée, avec en fil rouge le son du violoncelle, l’instrument au centre de la vie de la jeune fille.

Didier Bianay

bianaydidier.com

4 BO recommandées

(n°694)

Bandes Originales Recommandées

        

La La Land Justin Hurwitz et artistes variés

La La Land par-ci, La La Land par-là, ah là là… ce film est en train de faire un malheur en enchaînant nominations et prix et il en va de même avec sa musique composée par celui à qui on doit la BO de Whiplash, Justin Hurwitz. Pour cette histoire d’un couple d’artistes modestes rêvant de gloire à Hollywood, lui et les producteurs ont opté pour un jazz teinté de swing et d’un peu de symphonie, rejoignant occasionnellement le style Broadway et exprimant une ambiance assez dynamique, enjouée, parfois poétique. Les chansons sont contagieuses et sont majoritairement chantées par Emma Stone et/ou Ryan Gosling qui font un travail d’interprétation sentimental et naïf, et dont les quelques imperfections vocales se fonderaient bien au film, évitant « l’effet playlist ».

Les Figures De L’ombre Artistes variés

Pharrell Williams s’est pris d’amour pour la Musique de Film et on l’a bien perçu ces dernières années. Là il revient avec un travail assez conséquent puisqu’il a pourvu une superbe collection de chansons originales, étant rejoint par les taulières du R’N’B Mary J. Blige et Alicia Keys, ainsi que Lalah Hathaway, Kim Burrell et la jeune Janelle Monáe qui tient un des rôles principaux dans ce biopic. En 33 minutes on découvre un album soul très blacky et décomplexé, musicalement fier, presqu’exhubérant. Une manière de souligner que de la fierté il en fallait bien à ces 3 femmes noires afin de se faire entendre et d’aider la première mission spatiale réussie, dans l’Amérique des années 60… Cet album vient donc en complément de la BO d’Hans Zimmer et de Benjamin Wallfisch, prévue le mois prochain ; un complément sacrément groovy !

Rappel

Rogue One : A Star Wars Story – Michael Giacchino (Giacchino sur le prochain Jurassic World)

« Le compositeur oscarisé en 2010 (pour la BO de Là-Haut) n’a pas manqué donc de rendre un hommage à la musique de Williams apposant quelques arrangements typiques des partitions de Star Wars, comme ses mitraillements de cuivres, et en utilisant le Rebel Fanfare, les célèbres thèmes de la Force, de Dark Vador et à la toute fin celui de Star Wars. Toutefois, il a procédé de manière intelligente, se connectant au travail de Williams seulement sur des parties de l’intrigue qui rejoignent le plus celle de la saga, pour le reste c’est du Giacchino, du bon Giacchino. »

Jour Polaire – Nathaniel Méchaly (On reverra Méchaly sur See You Tomorrow)

« Pour ce thriller se déroulant dans une commune suédoise du cercle polaire, Nathaniel Méchaly est majoritairement partit sur une ambiance planante, inquiétante, peu sombre et plutôt moderne avec une large instrumentation où des instruments acoustiques côtoient un généreux panel de sonorités électroniques finement travaillées. On retrouve aussi sur cette BO de 65 minutes une petite collection de savoureuses chansons originales, certaines lorgnant vers la culture musicale locale avec interprètes et techniques de chant nordiques. Le tout donne une bande-son étonnamment soignée et prolifique pour un format série et pourrait bien valoir une invitation au compositeur pour une hypothétique saison 2. »

Didier Bianay

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4 BO recommandées

(n°688)

Bandes Originales Recommandées

        

Tu Ne Tueras Point – Rupert Gregson-Williams

Le compositeur a avoué trouver le film de guerre de Mel Gibson assez subtile car le héros, un médecin objecteur de conscience, devait voir refléter en musique sa compassion, sa spiritualité, sa douceur et son héroïsme. Ainsi sur les premières pistes sont exposés d’excellents thèmes principaux, dont un à l’accent grégorien, avec beaucoup de noblesse lyrique et de tendresse. Cependant dans cette bande-son on note toujours en filigrane une teinte sinistre qui se complémentarise aussi avec l’arrivée de séquences bien plus tumultueuses et héroïques sur la 2ème partie de la BO ; une BO électro-symphonique accusant une montée en puissance et une apogée finale assez remarquables.

Bilal – Atli Örvarsson

On reste dans le biopic et on reste un peu dans la foi ma foi, avec la partition du film d’animation Bilal, du prénom du serviteur de Mahomet qui a traversé drames et persécutions. Ici évidemment le compositeur islandais a incorporé des éléments orientaux que ce soit dans son instrumentation, les rythmes ou les harmonies. Mais globalement on a affaire à une bande-son plutôt occidentale qui reprend bien les codes de la Musique de Film hollywoodienne. Avec un énorme orchestre à sa disposition Atli Örvarsson nous dévoile 45 minutes de musique d’aventure mélodieuse tour à tour délicate, ample ou percutante, s’étalant d’un héroïsme magnifié à une noirceur intimidante.

La Tortue Rouge – Laurent Perez Del Mar

Le compositeur français a joué un rôle non négligeable dans le film d’animation en prenant l’initiative sur l’ajout de musiques ou bien sur l’instrumentation qu’il a voulue variée et, à l’occasion, organique et immersive. Globalement, malgré quelques bourrasques orchestrales ou encore quelques envolées lyriques déchirantes saupoudrées d’une lumineuse soprano, la bande-son est plutôt posée et semble très narrative, vivante, parfois coquette, et grouillante de petits arrangements musicaux pour compenser une intrigue désertée de dialogue. Un travail foisonnant non accaparent et exprimant si bien le contact étroit d’une famille à la Nature, entre isolement et enchaînement de surprises, bonnes ou mauvaises…

Rappel

The Boy – Hauschka (Hauschka, une question de préparation)

« L’identité multiple qu’il s’est forgé lui a d’ailleurs bien servi sur la BO du thriller The Boy (2015) où il s’en est servi pour multiplier les sonorités acoustiques notamment par des notes de piano trafiqué mais aussi par des touches de violons, de violoncelles, et toutes sortes d’objets qui lui sont tombés sous la main, le tout enrobé d’une couverture électronique glauque. Peu mélodique mais grouillant de sonorités intimidantes par leur imprévisibilité, la BO de The Boy fut un pari risqué et assez réussi, pourvu d’une vrai personnalité, sauvage, sombre, étrange et lugubre. »

Didier Bianay

bianaydidier.com

5 BO recommandées

(n°655)

BO recommandées

           

Kubo et L’armure Magique – Dario Marianelli

Dario Marianelli a boku bossé, c’est le sentiment que l’on a après l’écoute de cette juteuse bande-son, mais toutefois demeure en tête des thèmes facilement mémorisables. D’une grande modulation sonore, la partition de Marianelli passe de moments très posés à des fulgurances turbulentes, intenses et puissantes. En plus de suivre une orchestration avec beaucoup de relief, l’imposant orchestre en action laisse place au Shamisen (guitare japonaise), un des éléments centraux du film, accompagnée occasionnellement d’un jeu de percussions et de gammes musicales partageant les mêmes origines. Et c’est l’intégration intelligente de ces éléments exotiques qui évitent au natif de Pise de pencher vers la caricature, quant ses quelques séquences lyriques finissent de donner de la noblesse à une BO déjà dynamique, séduisante et dépaysante.

Cézanne Et MoiÉric Neveux

On aurait voulu que ça dure plus longtemps, mais les 32 minutes que nous proposent Éric Neveux sont si agréables… D’entrée le compositeur impose un joli thème qu’il va sublimement décliné dans un style symphonique assez contemporain bien que l’intrigue de ce biopic sur Paul Cézanne se déroule au 19ème siècle ; un souhait de la réalisatrice Danièle Thompson voulant une musique moins fidèle à l’époque qu’aux sentiments. Éric Neveux a alors pensé à la légèreté, à l’intimité des flûtes et s’est surtout entouré d’instruments à cordes (violons, violoncelles, piano, guitare etc.) très pratiques pour transmettre musicalement une bonne palette d’émotions. Cependant cette dernière, allant de la mélancolie intimiste ou expressive à la jovialité, ne verse jamais dans la noirceur en y préférant un regard positif, même lorsque l’amitié des 2 hommes est mise à mal. Une réussite.

Sully – Christian Jacob et Tierney Sutton

Pourquoi une BO si calme pour un film catastrophe avec tant de rebondissements ? Et là je ne parle pas seulement de l’amerrissage forcé du vol 1549 sur l’Hudson mais de tous les événements qui ont suivis et qui sont relatés dans le film. À vrai dire le réalisateur Clint Eastwood a préféré dépeindre les sentiments intérieurs des protagonistes en commençant par composer le thème très noble de Chesley Sullenberger, un des 4 thèmes présents dans la BO, avant de donner cette direction artistique inattendue au Tierney Sutton Band dont il est lui-même l’un des plus grand fans. Orientée Jazz et appuyée d’un orchestre symphonique, la bande-son mélange déclinaisons de thèmes et improvisations sans affolement et toujours avec émotivité, grâce à la voix enveloppante de Tierney Sutton et à un piano exprimant autant le calme que les doutes d’un héros moderne dans une spirale juridique indécente.

Rappel

Abulele – Frank Ilfman (Frank Ilfman, le compositeur né)

Cette année il s’est encore signalé avec la partition pour le film jeunesse Abulele, dotée d’un style symphonique et bien traditionnel, car elle garde de bout en bout cette teinte 90’s que ce soit dans les passages sautillants, sombres ou haletants ; loin d’être fâcheuse cette généreuse BO comme celles d’antan arrive à sans cesse capter l’attention et témoigne d’un effort et d’un pouvoir créatifs impressionnants chez le désormais israélo-germano-américain.

Uncharted 4 – Henry Jackman  (Henry Jackman sur « Kong: Skull Island »)

Tantôt haletante, tantôt mystérieuse, tantôt tribale, pour ce jeu d’aventure la partition du britannique ne se départ jamais de son style sombre et peu rassurant. Jackman y fait du Jackman en ressortant à l’occasion ces bruits de tuyau qu’il avait utilisé pour Captain Phillips, mais surtout en ces phases nerveuses, agitées et si musclées qui le caractérisent tant et donnent un aspect entrainant et musical à la bande-son. Habitué à ajouter de l’impact aux films d’aventure il n’a donc pas été dépaysé par Uncharted 4 et ça se perçoit tout au long de ces 70 minutes de musique qui, ma foi, donne bien envie de plonger dans les dernières aventures de Nathan Drake.

Didier Bianay

bianaydidier.com