Sa propre voix

(n°1230)

Coup De Coeur

Anirudh Ravichander

Cette fois-ci c’est lui qui chante, ce talentueux compositeur Anirudh Ravichander que j’avais présenté sur un précédent Coup de Coeur. Sur les 8 morceaux de la BO de Master j’aurais pu faire au moins 5 ou 6 articles dans le genre tant l’album est divertissant… Ici je m’attarde sur Quit Pannuda qui se démarque des autres par son style purement occidental. Pas d’instrument du folklore indien, juste des instruments qui sont bien connus en Occident, guitares, synthés, trompettes, basse ou encore une batterie électrique qui marque un rythme pop tranchant. L’interprétation de Ravichander est assez explicite par un ton désabusé et sentimental, qui dialoguera avec un choeur masculin très présent et vindicatif dans un final intense. Mais la cerise sur le gâteau, et sans doute ce qui symbolise le plus le caractère échappatoire de Quit Pannuda, ce sont ces arrangements de trompettes jazzy qui s’avèrent aussi limpides qu’entraînants.

Didier Bianay

bianaydidier.com

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Dernier single (Le Corsaire) :

La voix de son maître ?

(n°1214)

Coup De Coeur

Anirudh Ravichander

J’ai une vague idée romantique de ce que racontent les lyrics tamglish (tamil-english) d’Andha Kanna Paathaakaa, mais j’aime beaucoup ce morceau composé par le jeune et déjà si expérimenté Anirudh Ravichander. Oui car en 8 ans l’originaire de Madras s’est sacrément installé dans le Cinéma indien avec près d’une trentaine de longs métrages et un nombre impressionnant de succès tel les morceaux Why This Kolaveri Di, Selfie Pulla, Don’u Don’u Don’u, Aaluma Doluma, Surviva qui ne disent certes pas grand chose au public européen mais qui cumulent des centaines de millions de vues sur youtube. En parallèle le compositeur-interprète a à ce jour vendu plus de 20 millions d’album, BO et single, remporté 36 prix et est devenu le premier musicien à s’adjuger un Chennai Times Most Desirable Man en 2017.

L’Inde finira par devenir trop petite pour cet artiste qui ne tarit pas d’idées pour mélanger la musique traditionnelle avec des techniques et influences occidentales plus modernes ; Andha Kanna Paathaakaa en est un exemple où Ravichander nous gratifie de nombreuses percussions, sampling et d’un drop dansant avec un shehnai. Le titre fait partie des plus posés de la BO, sur fond de synthés très aériens, et est interprété par Yuvanshankar Raja un autre monstre de la Musique de Film indienne, précoce, précurseur et particulièrement en vue dans les années 2000. À croire que Ravichander en est la réincarnation, l’héritier, ou peut-être quelque part l’élève.

Didier Bianay

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C’est pas du troll…

(n°1198)

Coup De Coeur

Elle, a dû passer par le côté le plus tortueux comme la plupart des artistes non pistonnés. Un petit EP baptisé « S » qu’elle sort en avril 2013 suivi d’une petite tournée avec le groupe Little Dragon, puis un autre EP « Z » sorti en avril 2014 qui s’est incrusté dans les charts américains et britanniques. Ensuite SZA écrit pour Beyoncé, Nicki Minaj et Rihanna avant de passer dans une autre dimension en janvier 2017 en signant chez RCA Records. Son premier album Ctrl, qui inclut le tube Love Galore, est un carton et est considéré comme l’album de l’année 2017 par Time, pourtant elle repart bredouille des Grammys 2018 malgré 5 nominations. Mais ce n’est que partie remise pour SZA qui s’est installée dans le milieu depuis ses featuring avec Maroon 5 (What Lovers Do), Khalid et Post Malone (remix de Homemade Dynamite de Lorde) ou encore Cardi B (I Do). Après les titres Quicksand et All The Stars (feat. Kendrick Lamar) pour Insecure et Black Panther, elle s’unissait donc avec Justin Timberlake pour son 3ème programme, collaboration qu’elle a adorée : « J’étais tellement ravie d’être invitée à participer à ce projet avec Justin. Le processus créatif avec lui et l’équipe était rempli par tant d’excitation. C’est une énergie que vous pouvez sentir à la fois dans la musique et le clip »

Lui, on ne le présente plus. Immense star aux innombrables tubes, Justin Timberlake avait d’ailleurs signé le hit de l’été 2016 avec la chanson originale du premier volet, Can’t Stop the Feeling, qui avait reçue par la suite 2 nominations aux Golden Globes et aux Oscars. Pour Trolls World Tour beaucoup d’autres artistes connus l’ont rejoint pour un album assez nostalgique qui ne manque pas de rendre hommage aux tubes les plus électrisants de ces dernières décennies : « Être capable d’assembler différents créatifs de genres variés a été la partie la plus gratifiante », a déclaré Timberlake avant d’ajouter : « Créer quelque chose qui puisse servir le film et exister aussi en dehors a été un défi amusant ». Avec près de 9 millions de vues en 3 semaines, on peut dire que c’est chose faite pour The Other Side. Reste à savoir s’il fera mieux que Can’t Stop The Feeling et ses 1,1 milliard de vues. La route est longue…

Didier Bianay

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Un dix…

(n°1196)

Coup De Coeur

Greg J. Walker

Dans cette atmosphère morose et lourde, voici un brin de légèreté avec mon Coup De Coeur du moment, le titre All Of You. Composé par l’australien Greg J. Walker et interprété par Andrew Nolte et Vanessa Fernandez, le morceau ouvre l’intéressante BO du film policier Miss Fisher and the Crypt of Tears. All Of You sert un peu de musique-thème en exposant d’entrée une grande partie du concept de la bande-son car, en référence à une intrigue qui se déroule dans les années 20 à Jérusalem, on retrouve une dualité musicale entre le Swing-Jazz et une musicalité typée du Moyen-Orient. La grande richesse de l’instrumentation métissée se révèle à travers les fréquents solos que contient la composition, essence des styles musicaux précités où une grande place est laissée à la spontanéité, et qui vont de pair avec le caractère épicurien de l’héroïne. Tout est dit, avant même le grand brassage final qui s’avère à la fois curieux, amusant et entraînant.

Didier Bianay

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Le choeur à l’ouvrage

(n°1187)

Coup De Coeur

John Powell

Aujourd’hui cap sur une composition qui a particulièrement retenu mon attention. Intitulée Train North elle est l’oeuvre du maestro John Powell qui a réussi son grand retour après Dragons 3.

Sa Majesté Dame Nature

Le choeur ne saute pas aux yeux même si quelques murmures sombres se font entendre d’entrée. Mais c’est sans doute ce que l’on retient le plus à la fin du morceau, ce long treck vocal de plus de 2 minutes emmené par une formation de 60 membres. De quoi surplomber l’orchestre comme sur une autre piste de la BO nommée Sometimes Nature’s Cruel And Gods Fight. Mais dans Train North le compositeur leur fait de la place pour dépeindre solennellement la majesté du paysage dans lequel le chien Buck évolue. En effet, leur interprétation ne saurait être forcée pour préserver cette noblesse, les timbres limpides des choristes féminines versant parfois même dans le sacré. Le compositeur avait notifié à variety.com qu’il avait glissé quelques phrases en inuit, c’est sans doute le cas de 1:39 à 2:13, mais comme j’ai pas fait inuit LV2… Ceci dit, sur une telle durée, un même groupe eut engendrée de la monotonie si Powell n’avait alterné entre interprètes masculins (2:21 à 2:49) et féminins (1:39 à 2:21 ; 2:52 à la fin) qui tour à tour occupent le premier plan quand l’autre partie apporte profondeur ou lumière. Ne reste alors que des os à ronger pour d’autres instruments comme les cordes qui appuient occasionnellement ce choeur, rajoutant du relief émotionnel à une partition chorale déjà assez modulante.

Appréhension et aventure

Comme dit plus haut on perçoit quelques murmures inquiétants au tout début, dont cette vocalise guttural lugubre (0:20 à 0:30), mais ce sont surtout les exhalations glaçantes et nerveuses des flûtes amérindiennes qui alertent, sur fond de synthé sombre. Les cordes enchaînent d’un arrangement mélodique très dissonant et guère plus rassurant (0:33 à 1:00), avant de gagner en vélocité lors de l’envolée lyrique et majestueuse du cor (1:01 à 1:29). À l’inverse les percussions mettent du rythme avant d’aboutir à des coups de boutoirs affirmés et intimidants (0:11 à 0:52). C’est dans cette « première partie » qu’est pressentie l’aventure, mais aussi une appréhension, l’intuition pour Buck que mille dangers l’attendent dans cette nature sauvage.

Avec son style majoritairement choral, Train North est une composition à part dans la BO de L’Appel De La Forêt où le choeur est assez minoritaire. Un moment de grâce et de beauté, comme une initiation à un monde, la magnifique vision d’ensemble avant un plongeon vers des détails plus problématiques…

Didier Bianay

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La musique-thème de la série « The Mandalorian »

(n°1182)

Coup De Coeur

Ce thème de Ludwig Göransson est dans le droit fil du style musical de la série surtout des BO de l’épisode 1 et 2 dont j’avais fait l’éloge il y a quelques mois. Le coeur du jeune suédois balance ici entre ses 2 maîtres Williams et Morricone lorsqu’il s’agit de nous initier à ce programme mélangeant Star Wars et western spaghetti…

Didier Bianay

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Orpheli… nah !

(n°1174)

Coup de Coeur

Pour expliquer sa démarche musicale, le compositeur Takahiro Obata nous a gratifié de ses commentaires sur chaque morceau des 3 volumes de l’excellente BO de The Promised Neverland. Et qui mieux que lui pouvait en parler, surtout de cette emballante compo qui est intitulée The Promised Neverland Theme 1 et qui donne le rythme de l’intrigue.

La vision du compositeur et mes commentaires :

« Cette musique englobe l’atmosphère du monde décrite dans The Promised Neverland ! Si je devais nommer les thèmes qui ont été utilisés (et leurs timing) cela irait comme suit :

  • L’image de l’introduction de Neverland, intro #1 (31 premières secondes) »

L’entame est très ressemblante au début du morceau Introduction (vol.1) qui dépeint le contexte avant que les orphelins ne découvrent le terrible secret qui les poussera à fuir. Les notes de synthé et piano sont aigües, lumineuses. L’interprétation fluide et lente du pianiste ainsi que les légères touches de windchimes confèrent une atmosphère paisible et reposante.

  • « L’introduction où intervient le rythme du monde de l’animation (0:31 – 1:08) »

C’est à ce moment que le morceau laisse entrevoir progressivement son rythme et son caractère aventureux et intense. Tous les instruments qui seront mis en valeur plus tard y jouent en simultanée, tels le piano, les cordes, la guitare, la voix féminine, le tout porté par la basse et les premiers sursauts et déchaînement de batterie, cela avant que la « mélodie A » (1:08 – 1:42) ne soit calmement et simplement formulée, afin d’être bien identifiable.

  • « L’image de se faire battre et de se relever chaque jour (1:43 – 2:18) – Mélodie B »

Cette « mélodie B » est divisible en 2 phases mélodiques. Sur une partition on observerait aisément que le « dessin » que font les notes n’est pas le même. En effet la première phase (1:43 – 1:59) est composée de motifs mélodiques autant montants que descendants. L’ensemble de cette phase 1 est joué de manière fébrile aux violons et reste cloué dans les bas-médiums à tel point que la note finale est à peine plus haute que la première. Se dégage alors le sentiment d’être à la peine, de tourner en rond. En revanche la deuxième phase mélodique, dans son ensemble, est beaucoup plus montante (1:59 – 2:18). Les cordes et un cor anglais s’envolent vers les aigus et sont renforcés progressivement par des bois, symbolisant cette relève, ce gain en positivité et en vigueur.

  • « L’image des enfants qui se dressent contre la société des démons, la partie culminante (2:19 – 2:54) »

C’est effectivement une partie culminante en terme d’intensité. La batteur bat le rythme avec beaucoup de frénésie, multipliant les coups de cymbales. La basse, les cordes, le piano, les bois, une bonne partie de l’orchestre est de sortie, donnant une séquence très dense. On retrouve ultérieurement la même mélodie vindicative et la même intensité, avec un rythme de la batterie différent mais toujours aussi haletant et énergique, et un ajout plus prononcé des cuivres (4:28 – 5:20). Les interlude (2:57 – 3:28) et conclusion (5:21 – 5:57) que mentionnent Obata sont faits pour prolonger la vivacité de ces points culminants, remplaçant les mélodies par des solos à la voix, au violon, à la guitare, etc.

  • « La chute de la mélodie de Isabella’s Lullaby (3:30 – 4:27) »

L’oeil de ce cyclone musical, un instant de calme et de douceur. Ici donc le compositeur a repris la berceuse d’Isabella, celle que les orphelins appellent la Maman. Le personnage est matérialisé par cette voix féminine qu’on entend dans une grande partie du morceau et qui prend tout son sens à ce moment de l’oeuvre. Les ingrédients classiques d’une berceuse ont été utilisés, car outre cette voix de femme réconfortante, on retrouve l’utilisation d’un célesta, le tout accompagné de délicieux arpèges de harpe. Les cordes s’ajoutent, donnent de l’ampleur sentimentale à la berceuse et du liant avec le grand déballage qui arrive. Cette séquence limpide, sans noirceur apparente, nous montre à quel point la Maman est douée pour cacher son jeu, car elle n’est point aussi protectrice et douce qu’elle ne voudrait le faire croire…

Didier Bianay

source : ici

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Well done !

(n°1149)

Coup de Coeur

Ce titre qui ouvre l’album de Charlie’s Angels en donne aussi le ton, partageant le concept des 8 autres chansons originales. Les paroles, co-écrites par Ariana Grande, se veulent engageantes, engagées et universelles tout comme le film, et il est amusant de constater le caractère international du quatuor, Kash Doll, Kim Petras, Alma et Stefflon Don venant respectivement des USA, d’Allemagne, de Finlande et du Royaume-Uni.

Didier Bianay

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I love it !

(n°1136)

Coup De Coeur

Pour la série d’Amazon Prime, Modern Love, Gary Clark Jr. aura composé ou co-composé 4 chansons originales dont Human Love et ses paroles aussi légères que drôles. Ce n’était pas la première fois qu’il flirtait avec l’industrie du film puisqu’il avait repris la chanson Come Together pour les besoins de Justice League (avec Junkie XL) et qu’il possédait une petite expérience en film scoring avec Lenexa, 1 Mile, le docu Two Trains Runnin’ et le court-métrage Harman Kardon Citation: Fermata.

Guitariste-interprète ayant grandi et résidant à Austin, il est considéré comme une étoile montante de la scène Blues-Rock. À 35 ans, il vient d’être honoré de 4 nominations pour les Grammys 2020, 5 ans après avoir décroché un Grammy Award pour la chanson Please Come Home.

Didier Bianay

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Charge utile

(n°1131)

Coup De Coeur

Anne-Sophie Versnaeyen

Je retiens la chanson You Are Not Alone pour aujourd’hui car, outre le fait que je l’adore, elle est l’exemple que la réduction d’une orchestration peut amplifier son discours. Analyse :

Tendre à l’intérieur

Je n’ai jamais trouvé le nom de la chanteuse, je l’avoue, mais une chose est sûre, elle a une voix à la fois puissante, profonde et réconfortante, qui ne renie la tendresse du film Donne-Moi Des Ailes. Sur cette chanson point de percus pour baliser les mesures et le tempo de manière terre-à-terre, l’ensemble semble fluide et planant et les instruments employés sont ceux souvent préférés pour le sentimentalisme : violons, altos, violoncelles, contrebasses et piano, on peut dire qu’il pleut des cordes. Mais c’est l’interprétation des instrumentistes qui est déterminante car faite d’attaques de notes calmes, cette douceur se maintenant même lors d’envolées lyriques aussi poignantes que sublimes (1:09 à 1:39 ; 2:19 à 2:39).

Minimum = Maximum

La taille ne compte pas… en tout cas pas en Musique. Ici Anne-Sophie Versnaeyen n’a pas eu besoin d’un orchestre conséquent ou de détours mélodiques compliqués pour arriver à ses fins. L’instrumentation est somme toute assez modeste et son utilisation minimaliste montre qu’une bonne partie de l’approche de la compositrice se basait sur l’harmonie et la réverbération. Cette dernière exprime toute sa largeur dès l’introduction au piano et l’entrée en lice de la chanteuse, normal, puisqu’elle se perçoit davantage à mesure que le nombre d’instruments diminue. C’est donc dans cette optique que les cordes sont très en retrait quand l’interprète chante, et vice versa, car cette volonté de limiter le nombre d’instruments mis en avant permet, via la réverbe, de garder une teinte aérienne et d’amplifier l’émotivité du jeu des instrumentistes ; c’est ainsi qu’en minimisant les moyens, l’objectif de Versnaeyen est devenu plus évident et plus effectif.

You Are Not Alone est l’un de ces nombreux morceaux qui montrent qu’un compositeur n’est point obligé de multiplier les instruments et noircir sa partition pour faire une œuvre parlante ; qu’importe le nombre de pistes, le niveau des décibels, la dynamic range ou autres considérations plus scientifiques qu’artistiques, tout n’est finalement qu’intention, expression et cohérence.

Didier Bianay

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Les idées dans la suite

(n°1065)

Coup de Coeur

Michael Giacchino

Comme toutes les suites, Far From Home Suite Home ne déroge pas à la règle en reprenant tous les thèmes et les idées de la BO de Spiderman : Far From Home. On parlera de concept sonore dans un autre article, ici nous allons analyser les méthodes utilisées par Michael Giacchino pour rendre cette compo si entraînante.

Panorama classique

Après que le thème principal soit joué solennellement comme pour affirmer une certaine prestance, il est repris de manière puérile (0:40 à 1:16) en notes piquées pour une touche d’innocence et de naïveté, caractère amplifié par le célesta et une flûte assez douce. Le main theme revient encore une troisième fois avec les mêmes cuivres que l’intro, cependant la mélodie est modulée sous une forme plus expressive qui dépeint mieux la vaillance de Spiderman (1:27 à 2:08), idem vers la fin avec un déballage orchestral encore plus dynamique et explosif (7:11 à 8:04). Le thème romantique (2:38 à 4:00) fait la part belle aux instruments à cordes (violons, harpe, piano etc.) quand bien-même une flûte l’exécute tendrement dans un premier temps. Viennent enfin le thème de Nick Fury porté par un rythme militaire et des cuivres (4:00 à 4:59), et celui de Mysterio, (5:06 à 7:05) engageant, inspirant et… inquiétant où l’on perçoit un twist dans l’orchestration par l’ajout affirmé d’un synthé et d’une guitare électrique afin de souligner les artifices technologiques du personnage.

Agencement millimétré

L’efficacité de cette suite vient moins de cette recette d’orchestration traditionnelle que de la qualité des thèmes et de la manière dont ils sont organisés. Le placement du thème de Fury entre le thème romantique et celui de Mysterio génère une transition vers cette longue séquence intense de plus de 3 minutes qui eût été lassante si Giacchino n’avait varié fréquemment le rythme avec les percussions orchestrales et la batterie. Il faut de même saluer la précision d’écriture, puisqu’il y a bien ici une tonne d’instruments qui se partagent la partition, s’entremêlant sans jamais que le rendu ne sonne brouillon. La partie la plus délicate demeure d’ailleurs celle où interviennent ostensiblement le synthé et la guitare électrique (4:25 à 7:04), qui se glissent entre les phrases des cuivres ou suivent leurs arrangements mais ne les concurrencent surtout pas à hauteur égale. Pareil pour la batterie qui laisse sa grosse caisse en retrait et dans un rôle de marqueur temporel par rapport à l’expressivité marquée des timbales. On observe aussi dans les séquences les plus épiques une séparation quasi systématique entre trompettes et cuivres graves (cors, trombones, tubas), qui se répondent le plus souvent. Un agencement judicieux, vu leurs puissances naturelles et leurs grands effectifs, permettant aussi un équilibre sonore et le maintient d’une grande vivacité.

Far From Home Suite Home, qui étrangement inaugure la BO, remplit son rôle en faisant le tour des thèmes, avec beaucoup de panache. La compo reprend aussi le concept sonore du film que je développerais plus amplement la semaine prochaine dans un article Première Écoute, ce score de Giacchino valant bien plus qu’un simple coup d’oeil.

Didier Bianay

Chapeau !

(n°931)

Coup De Coeur

John Powell

J’aurais tellement de coups de cœur à partager sur cette bande-son de Solo: A Star Wars Story… Aujourd’hui petit focus sur Lando’s Closet avec lequel John Powell a soigneusement habillé la scène la plus romantique du film. Analyse:

Pardessus

Lorsqu’un compositeur a sous la main un orchestre symphonique, la romance fait tendre vers les cordes (violons, altos, violoncelles, contrebasses), question de langage musical et de convention ; ce n’est pas une obligation, mais ce groupe d’instruments est pratique tant il peut délivrer des timbres émotifs et peu agressifs même à fort volume. Ici Powell s’en est largement servi et les a appuyé des bois tels alors une flûte, une clarinette, un haubois etc., beaucoup moins puissants intrinsèquement mais pouvant également insuffler beaucoup de douceur. En vrai, pour tous les instruments précités tout dépend des jeux des instrumentistes et sur l’ensemble du morceau les attaques de notes sont toutes délicates, sans exception. Enfin on ne peut omettre de mentionner les timbres voilés des cordes, intimistes, sans éclats fracassants même lors de l’emballement lyrique final, et qui sentent bon les musiques des romances d’antan…

Les dessous

Quand bien même la composition est courte John Powell a jugé bon d’avoir une orchestration très travaillée pour sortir des clichés et pour varier les sonorités. Et les sonorités varient très vite justement, sans que l’on s’en rende vraiment compte, c’est ainsi que l’on change d’instrument ou de groupe d’instruments 12 fois rien que pour la mélodie, avec même une courte apparition d’un cor, cuivre peu utilisé dans ce type d’ambiance. La cerise sur le gâteau vient de la harpe et de son action quelque peu subliminale, car il faut tendre l’oreille pour constater que ses arpèges fluides rajoutent de l’élégance à la partition tout comme une impression de merveilleux. L’amour, une merveille d’émotion.

Lando’s Closet est une pièce à part dans la BO, déjà pour sa teinte très rétro. C’est aussi la seule fois où le thème de la romance entre Han et Qi’ra est autant magnifié. John Powell a ainsi saisi toute l’importance de l’instant et a particulièrement appuyé ce tête-à-tête par l’une des œuvres les plus sublimes de la bande-son.

Didier Bianay

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Trépidhan

(n°925)

Coup De Coeur

John Williams

John Williams a capté l’essence de la vie d’Han par un magnifique thème, à la fois excitant et poétique. Analyse:

L’idée d’aventure…

Dès la première écoute une idée s’impose à l’oreille, celle que The Adventures Of Han porte bien son nom par son caractère haletant et empressé. En fait, lorsque l’on creuse on peine à trouver un quart de temps libre dans la partition de Williams. Les trous rythmiques laissés par des notes prolongées sont systématiquement bouchés par des accompagnements très rapides aux violoncelles ou aux violons, si ce ne sont des réponses variées par cordes, percus, bois ou trompettes. À l’inverse certaines phases n’ont pas besoin de soutien à ce niveau tant elles sont sacrément véloces (ex. 1:14-1:40), le compositeur se contentant souvent de marquer des temps forts pour donner du relief. Afin de rappeler, cette fois-ci, la destinée grandiose du héros, une part très épique se dégage au milieu du morceau (1:40-1:58) où trompettes, trombones et cors s’unissent pour entonner le refrain avec toute l’ampleur que peuvent générer ces puissants instruments lorsqu’ils s’associent. Quelques instants plus tard on retrouve ce même refrain (2:49-3:03) avec plus d’éclat et de vivacité, les trompettes rejouant exclusivement et plus promptement la mélodie ; c’est sans doute cette phase et l’intro qui présagent le plus clairement d’une intrigue agitée, Han ayant un don inné pour les plans à problèmes

… et de poésie

En Musique de Film c’est le détail mineur qui fait la différence, la petite touche qui va ajuster une compo à une ambiance ou à un personnage. Ici on remarque le choix de Williams d’accorder une place non négligeable aux bois, exercice jamais facile puisque ce groupe d’intruments peu intense peine toujours dans une partition frénétique. Ainsi, rapidement le compositeur les couple aux cors (0:15-0:24 et 0:38-0:57) sans que ces derniers, suffisamment puissants en aient nécessairement besoin (0:25-0:38), l’idée étant d’adoucir pour esquisser une certaine sensibilité. La suggestion est encore rappelée dans le final où ces bois (2:45-2:49 et 3:08-3:12) jouent un motif dérivé avec délicatesse. Enfin, on retrouve la même intention de manière bien plus explicite lorsque les flûtistes jouent avec toujours autant de précaution une mélodie en symbiose avec un célesta (2:25-2:45), l’association de ces instruments s’avérant particulièrement mielleuse et traduisant la part romanesque d’un personnage assez imparfait mais attachant.

On ne peut pas dire que The Adventures Of Han reflète le reste de la BO puisqu’un autre compositeur, en la personne de John Powell, amène une expression différente sur les pistes restantes. Mais une chose est évidente, avec son orchestration savamment agencée, ce thème principal nous montre toutes les nuances des péripéties d’Han, entre bravoure, actions et affections.

Didier Bianay

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Question d’interprétation

(n°865)

Coup De Coeur

John Powell

There’s Been A Mistake, outre qu’il soit le titre phare de la BO de Ferdinand, est un morceau qui répond à un paradoxe musical problématique, celui de faire quelque chose d’intimiste sans sonner creux. Analyse :

Pour accompagner l’exil de Ferdinand il y a plus d’instruments qu’on ne le pense. On perçoit si bien les flûtistes et le guitariste jouer posément le thème du héros (0:55 – 1:29 ; 1:44 – 2:08) qu’on n’oublierait presqu’ils sont sacrément entourés, d’un groupe de violons, de deux guitares en appoint et d’une contrebasse ; de quoi concurrencer… Ainsi cette nette mise en exergue est donc permise par les nuances extrêmement douces de ces instruments secondaires que ce soit chez les 2 guitares qui se partagent contrechants, accords plaqués et arpèges, que ce soit chez la contrebasse et ses touches discrètes ou encore chez les violons qui soulignent la 3ème guitare sur la fin. 

Avec une telle douceur d’interprétation des accompagnements John Powell a donc fait coup double. Il a non seulement pu mettre en avant la sensibilité des instruments principaux sans qu’ils aient à forcer, gardant un timbre idéalement tendre, mais il s’est fait de la place pour une bonne collection d’arrangements insérés de manières organisés, complémentaires et apportant une richesse harmonique à l’ensemble. Jusqu’ici je n’ai parlé que de l’exploitation du thème de Ferdinand mais ce souci de la justesse de l’interprétation se rencontre de même sur la longue intro du morceau, très lyrique et dont les forts écarts de volume donne un relief émotionnel.

Placé en plein cœur d’une BO expressive, le mélancolique There’s Been A Mistake se retrouve être un morceau à part, un ovni tant il différe du reste. Reprise peu reconnaissable du thème de Ferdinand, tant mélodiquement qu’harmoniquement, il est aussi une alternative pour rappeler que chez l’imposant taureau tout n’est que sentiments.

Didier Bianay

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La raie sur images

(n°835)

Coup de Cœur

Jacob Shea

Jacob Shea

Pour une scène improbable par sa technicité Hans Zimmer, Jacob Shea et David Fleming ont produit un des morceaux les plus marquants du docu-série Blue Planet II, Mobula Rays. Analyse :

La mélodie du bonheur

La partition de Mobular Rays joue sur 2 tableaux, la forme et le fond. Précisons que sa splendide et planante mélodie est unique dans la BO et constitue le thème des raies ; elle passe aussi par plusieurs états depuis l’entame et la tendresse d’un cor anglais réverbéré, rapidement suivi des chœurs servant ici à emporter le téléspectateur. Tout d’abord aériens et féériques c’est en prenant plus de force que la formation vocale passe dans le domaine du lyrisme, lyrisme souligné et prolongé par les cordes, second groupe d’instruments le plus important de ce titre (1:29 – 2:04). L’utilisation du chœur est aussi volontairement déséquilibrée, ainsi, bien qu’il soit mixte ce sont surtout les voix féminines que l’on entend par souci de luminosité. Dans la même optique les cors s’enflamment dans le registre aigû, réputé pour leur donner un timbre résolument plus clair.

david fleming

David Fleming

De la magie au fond

Cette valse dispose non seulement de ses propres motifs, d’arrangements habiles, mais aussi d’un fond féérique constant. Pour cette scène de rencontre nocturne entre raies et planctons bioluminescents les 3 compositeurs ont poussé la magie plus loin, ajoutant délicatement des instruments propres à cet effet comme la harpe, le célesta, le wind chimes, le xylophone et la flûte qui occupent tour à tour l’arrière-plan de l’orchestration et dopent l’émerveillement. Une manière aussi de satisfaire les producteurs de ce documentaire très soucieux de montrer le monde sous-marins sous une optique spectaculaire, magistrale et enchanteresse. La discrétion des basses sert toute aussi la composition qui prend un aspect clair et aérien et dans son ensemble produit une sensation envoûtante à la vision de raies semblant… voler dans l’eau.

Très mélodieux sur des leïtmotifs exclusifs, Mobula Rays est à l’image du reste de la bande-son dont j’ai loué les mérites la semaine passée. Mais plus qu’une belle mélodie, c’est une efficace partition où tout a été fait dans les moindres détails pour magnifier une fantastique scène ayant fait grand bruit outre-Manche, et ça se sent à l’oreille. De quoi mettre l’eau à la bouche avant la diffusion du programme en France, but wait and listen.

Didier Bianay

bianaydidier.com

C’est pas vilain du tout !

(n°816)

Coup de Cœur

Emily Blunt

À l’aube de la sortie de My Little Pony : Le Film, Open Up Your Eyes fait déjà sensation et est annoncée comme La chanson de ce film d’animation, au grand dam de Sia. Et ses subtilités sont nombreuses. Analyse :

Après avoir joué la méchante Queen Freya dans Le Chasseur et la Reine des Glaces, Emily Blunt renoue avec un autre antagoniste dans My Little Pony, Tempest Shadow, une commandante sans pitié. Par une technique vocale plus que satisfaisante, la britannique a surtout su retransmettre la profondeur du personnage, montrant une certaine déception, un certain désabusement en dessous d’une carapace rugueuse ; celà se perçoit surtout dans la partie médiane du morceau (1:11 – 2:26) où la voix se fait plus fragile, entre 2 refrains triomphateurs et fiers. C’est, selon le scénario, à ce moment que le personnage repense aux malheureux événements de son enfance qui lui ont plus fait pencher du côté de l’égoïsme que de l’altruisme. Cette chanson de vilain a donc une première subtilité dans le fait que l’interprétation de l’actrice et les paroles n’évoquent jamais une intimidation directe mais plus une influence sournoise, d’autant que sa détenue, Twilight Sparkle, semble abandonnée par ses amies.

Daniel Ingram

Maintenant ouvrons plus grand nos oreilles sur les excellents arrangements du compositeur Daniel Ingram. Doté d’une technique très fine, il a tout calculé dans sa partition. Déjà, le cheminement mélodique en lui-même est balisé, connaissant une montée exponentielle sur les mots « Open up your eyes », comme pour dépeindre une ouverture d’esprit, une prise de conscience avant qu’il ne redescente progressivement pour aller chercher le registre grave d’Émily Blunt à la conclusion des refrains, lui facilitant la tâche dans la quête d’un ton plus mesquin. C’est aussi à ces moments que s’agitent et grognent le plus cordes et cuivres graves, tout comme sur les paroles « You see it all so clearly, the best way to survive is all alone ». À l’inverse dans la partie médiane, la mainmise est à des bois (flûte, clarinette, basson, cor anglais etc.) enfantins, naïfs et prolongeant la mélancolie des cordes ; une rupture musicale nette propice à une époque lointaine où le tempérament de Tempest Shadow était tout autre. On observera aussi au fond des refrains la présence de percussions et de rythmes militaires rappelant la fonction du personnage, autant que l’intro saccadée de cette marche annonce une élégance sombre et abrupte.

Open Up Your Eyes est vraiment étonnante par sa profondeur et la technique musicale qu’elle recèle. En marchant sur les plates bandes de Disney, Hasbro a produit une villain song risquant de faire date dans l’univers du film d’animation. Rendez-vous le 4 mars 2018 pour la cérémonie des Oscars ?

Didier Bianay

bianaydidier.com