Si aimable

(n°1290)

Coup De Coeur

Cécile McLorin Salvant et Fabrice Lecomte

Le premier Coup De Coeur de l’année est pour la délicate chanson B.-Loved qui, en plus d’être parfaite pour lancer la BO du film Pour L’amour de Sylvie, est bonifiée par la douce et tendre voix de Cécile McLorin Salvant.

Cécile McLorin Salvant, les amateurs de Jazz moderne connaissent évidemment ce nom. Née à Miami et âgée de 31 ans, la chanteuse franco-américaine a d’abord fait ses classes au conservatoire de musique d’Aix-en-Provence entre 2007 et le début de la décennie suivante, sous les tutelles de Jean-François Bonnel et de Laure Florentin. Après avoir commencé sa carrière dans la foulée d’un premier prix au concours international de Jazz vocal Thelonious Monk (2010), elle a confirmé par une progression impressionnante de régularité puisque ses 3 derniers albums For One To Love, Dreams And Daggers et The Window ont été récompensés de 3 Grammys dans la catégorie phare du Meilleur album de Jazz vocal (2016, 2018, 2019). B.-Loved marquait la seconde fois où Cécile McLorin Salvant posait sa voix sur une musique originale d’un long-métrage (après le titre Laugh, Clown, Laugh de la BO de Bessie) mais le premier exercice d’écriture de paroles en vue d’une intrigue, et force est de constater qu’elle a bien saisi cet essence du film autour de la résilience de l’amour. De plus, à entendre ces lyrics mélancoliques, on pourrait même situer la chanson entre le moment où Robert et Sylvie sont séparés par la vie et celui où ils se retrouvent.

Mais B.-Loved c’est aussi une musique-thème dont la mélodie est reprise ou modulée dans le reste de la BO. Elle inaugure le concept romantique privilégié pour la bande-son à savoir des arrangements lyriques aux cordes et aux bois et une teinte jazzy principalement dans l’harmonie ou le jeu du pianiste ; en vrai c’est un Jazz symphonique qui fait le lien entre Robert, sa carrière prometteuse dans le Jazz et son idylle persistante avec Sylvie. Son accompagnement musical de grande facture est signé Fabrice Lecomte, plus connu pour l’écriture de compositions Classiques dites de concert et ses activités d’enseignement à l’Accademia di Alto Perfezionamento Musicale (Saluzzo, Italie). Sa collaboration artistique avec Cécile McLorin Salvant s’avère assez savoureuse car ils ont partagé cette même délicatesse dans l’écriture des paroles, leurs interprétations et les arrangements ; une complicité artistique qui a fait dire au compositeur dans une entrevue : « C’était un grand plaisir que de travailler avec elle ». Pourvu donc qu’ils se remettent ensemble.

Didier Bianay

Le respect de la Claus

(n°1282)

Coup De Coeur

Anne-Kathrin Dern

Mon coup de coeur du moment va à la musique-thème de cette superbe BO du film The Claus Family. Anne-Kathrin Dern résume en 85 secondes tout le concept de la BO tant sur le plan émotionnel que sur le plan de l’orchestration et ce en faisant valoir sa grande finesse d’écriture habituelle.

It’s Christmas Time

Le contexte du film se passe à Noël, on le devine au titre, à l’affiche, et l’introduction de cette musique-thème n’y déroge pas. Avent Avant, pendant et après l’ébauche limpide au piano du thème principal, ce sont d’aériens choeurs féminins qui nous mettent sur la voie de la féérie, suivies d’autres instruments souvent utilisés pour les ambiances de Noël comme ces cloches qui marquent le rythme, la harpe, le windchime et le célesta. Ce dernier et le cor auront d’ailleurs plus que ce rôle de soutien, sur la suite de la BO, contrairement aux choeurs qui prédominent ici mais qui seront employés de manières spécifiques sur les pistes suivantes. En somme tous les instruments clés du concept de la bande-son sont présents et bien qu’une ambiance féérique colore la musique-thème certains éléments y laissent entrevoir d’autres émotions.

Drame, mélancolie, …

Ce n’est qu’au coeur de cette composition que la mélodie principale se dévoile plus pleinement, sous sa forme originelle (0:44 – 1:11) amplifiée par une large section de cordes. On perçoit dans le jeu modulant des instrumentistes de la mélancolie et du drame, car la santé mentale et physique déclinante du grand-père, l’aversion de Jules pour la période des fêtes et le décès récent de son père, sont des éléments qui affectent la famille Claus et menace l’avenir de Noël. Tout repose donc sur la capacité du garçon à surmonter son traumatisme, et la tache consistera à raviver en lui la flamme.

… mystère, fantastique et maestria

La découverte chez Jules d’un héritage aussi mystérieux que magique est souligné dans une conclusion à la teinte différente. Anne-Kathrin Dern poursuit certes avec la majorité de l’instrumentation-type de la BO, mais opère un changement au niveau harmonique, adoptant une gamme propre au mystère ou au fantastique qui évoque celle d’Harry Potter. C’est aussi dans ce final que l’on constate les penchants artistiques de la compositrice belge. En effet le partage des arpèges entre la harpe et le célesta n’était pas des plus faciles ni des plus indispensables mais apporte une variation de timbre délicieuse, surtout couplée au windchime, ce qui rappelle ce goût très prononcé d’Anne-Kathrin Dern pour la texture du son. En parallèle sa grande habilité se perçoit dans l’accompagnement supersonique et très complexe des violons et bois faisant écho à sa préférence d’écriture selon laquelle s’empilerait plusieurs lignes assez mélodieuses ; en cet instant l’accompagnement, le chant du choeur et les longs arpèges pourraient se suffire à eux-mêmes mais leur mise en parallèle est un véritable régal.

Didier Bianay

Pas à propos

(n°1279)

Coup De Coeur

Sans doute le meilleur morceau de l’excellent album de The Prom, It’s Not About Me y reprend les mêmes recettes avec des paroles et des arrangements aussi foisonnants que révélateurs.

Meryl Streep

Tout est dit

Dans l’Indiana, Emma une adolescente lesbienne ne peut inviter Alyssa au bal de promo de fin d’année à cause de l’opposition d’un collectif de parents d’élèves. À des milliers de kilomètres de cette petite ville d’Edgewater des comédiens new-yorkais comptent profiter de ce scandale pour relancer leurs carrières à l’agonie et parmi eux se trouve la grande Dee-Dee Allen doublement récompensée aux Toni Awards. Mais il n’y a pas besoin de lire le synopsis pour comprendre l’histoire et ce qui anime vraiment le personnage, il y a juste à écouter. Car tout d’abord les lyrics habiles de Chad Beguelin nous donnent pas mal d’indices en commençant par un sublime « I wanna tell the people of whatever this town’s called » montrant déjà le manque d’implication du personnage tout comme lorsqu’elle rajoute « I read three quarters of a news story and knew I had to come« . Oui contrairement au titre de la chanson c’est surtout à propos d’elle, elle qui oublie deux fois le prénom de la jeune fille qu’elle est sensé défendre (Its about poor… Emma/It’s all about… Emma), gratifie d’anecdotes inutiles sur sa propre carrière (How do you silence a woman who’s known for her belt/I did Beauty and The Beast/The Post once said I was too old to play Eva Perón, Eva Perón!/Although I’m rich and famous/Your prejudice and your oppression won’t get past this Broadway star), à louer sa propre démarche (Not Photography, Unless you Instagram it, Use « hashtag DeeDee Takes Local Yokels By Storm/It won’t phase me in the least/And this is how actors intervene through fiery songs) lorsqu’elle ne verse pas carrément dans l’arrogance et le mépris vis-à-vis de son auditoire (Listen, you bigoted monsters/You needn’t be backwoods ignoramus). Bien sûr pour ne pas qu’on en viennent à détester le personnage, Chad Beguelin a veillé à ce que tout cela reste comique et amusant (voir-vidéo ci-dessous) comme lorsqu’au coeur d’un final pétaradant Dee-Dee se trahit en s’égosillant « It’s not about ME, ME, ME » (3:36-3:42). Chassez le naturel…

et amplifié

Chad Beguelin (à gauche) et Matthew Sklar

C’est l’interprétation magistrale de Meryl Streep qui fait ressortir toute la richesse des paroles, chaque phrase étant dite avec le ton adéquat. Dee-Dee Allen est très… théâtrale, nerveuse, cassante et grandiloquente. En parallèle l’orchestration de Matthew Sklar fait plus qu’accompagner, elle aussi participe à amplifier le discours. D’entrée, l’introduction se veut assez indiscrète ou se fait exagérément dramatique pendant que la comédienne prétend s’apitoyer sur le sort d’Emma (du début à 0:47″) avant que le reste soit dans la même veine, l’orchestre suivant à la trace la moindre variation d’humeur de Dee-Dee comme sur cette mordante ironie « I didn’t come here to make a scene » dite d’un ton déter et soutenue d’un ramdam ronflant des timbales à l’arrière plan. En somme, la partition est à l’image d’Allen, dynamique, extravertie, entraînante par des cordes parfois haletantes, pimentée de cuivres spontanés, de percutions (batterie, cymbales) très agitées et d’une mesure atypique en 7 temps préférée par le compositeur car faisant référence aux bandes-son soulignant l’urgence. En revanche les refrains en 8 temps, plus détendus et plus lyriques, apportent une alternative en terme de tempéraments et de rythme, donnant relief et dynamisme à la composition.

La comédie musicale est un exercice délicat et exigent où compositeur, parolier et comédiens doivent faire preuve d’une grande complicité. Sur It’s Not About Me, Chad Beguelin, Matthew Sklar et Meryl Streep on produit un travail copieux où tant les paroles, la musique que l’interprétation nous font ressentir toute la personnalité de Dee-Dee Allen, son statut ou encore son état d’esprit, et ce les yeux fermés…

Didier Bianay

Debout gamin !

(n°1260)

Coup De Coeur

Michael Andrews

Un concentré musical qui semble partir dans tous les sens mais qui, en vrai, résume quasiment le concept de la courte mais intéressante BO de The King of Staten Island. Composé par Michael Andrews, Wake Up Staten Island initie la BO mais n’est pas un thème principal puisque son innocente mélodie n’est point reprise sur les 5 autres pistes ; en revanche il représente bien les contours du personnage principal.

Car on remarque d’entrée l’enchaînement d’accords plutôt planants qui sert de support harmonique et qui trahit un personnage ayant plutôt tendance à se la couler douce, à rêver, et à tripper avec de la weed. Quant à son côté attardé dû au traumatisme de la mort de son père quand il était gamin, on le retrouve aussi dans ces coups de percus clairs et réguliers, une manière de rythmer basique et enfantine parallèle à des beats plus Hip-Hop qui évoquent la proximité de New-York. Mais Scott est aussi un jeune adulte paradoxal qui s’imagine être un bonhomme, un gros dur, malgré son incapacité à prendre sa vie en main, paradoxe qui se perçoit à travers cette partition plutôt puérile laissant souvent place à une bass line bien lourde et bien sale. Enfin, vous noterez ce saisissant effet Lo-Fi sur ce synthé qui balbutie incessamment, se balade de gauche à droite, pendant que votre tête bouge de haut en bas.

Didier Bianay

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Sa propre voix

(n°1230)

Coup De Coeur

Anirudh Ravichander

Cette fois-ci c’est lui qui chante, ce talentueux compositeur Anirudh Ravichander que j’avais présenté sur un précédent Coup de Coeur. Sur les 8 morceaux de la BO de Master j’aurais pu faire au moins 5 ou 6 articles dans le genre tant l’album est divertissant… Ici je m’attarde sur Quit Pannuda qui se démarque des autres par son style purement occidental. Pas d’instrument du folklore indien, juste des instruments qui sont bien connus en Occident, guitares, synthés, trompettes, basse ou encore une batterie électrique qui marque un rythme pop tranchant. L’interprétation de Ravichander est assez explicite par un ton désabusé et sentimental, qui dialoguera avec un choeur masculin très présent et vindicatif dans un final intense. Mais la cerise sur le gâteau, et sans doute ce qui symbolise le plus le caractère échappatoire de Quit Pannuda, ce sont ces arrangements de trompettes jazzy qui s’avèrent aussi limpides qu’entraînants.

Didier Bianay

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Dernier single (Le Corsaire) :

La voix de son maître ?

(n°1214)

Coup De Coeur

Anirudh Ravichander

J’ai une vague idée romantique de ce que racontent les lyrics tamglish (tamil-english) d’Andha Kanna Paathaakaa, mais j’aime beaucoup ce morceau composé par le jeune et déjà si expérimenté Anirudh Ravichander. Oui car en 8 ans l’originaire de Madras s’est sacrément installé dans le Cinéma indien avec près d’une trentaine de longs métrages et un nombre impressionnant de succès tel les morceaux Why This Kolaveri Di, Selfie Pulla, Don’u Don’u Don’u, Aaluma Doluma, Surviva qui ne disent certes pas grand chose au public européen mais qui cumulent des centaines de millions de vues sur youtube. En parallèle le compositeur-interprète a à ce jour vendu plus de 20 millions d’album, BO et single, remporté 36 prix et est devenu le premier musicien à s’adjuger un Chennai Times Most Desirable Man en 2017.

L’Inde finira par devenir trop petite pour cet artiste qui ne tarit pas d’idées pour mélanger la musique traditionnelle avec des techniques et influences occidentales plus modernes ; Andha Kanna Paathaakaa en est un exemple où Ravichander nous gratifie de nombreuses percussions, sampling et d’un drop dansant avec un shehnai. Le titre fait partie des plus posés de la BO, sur fond de synthés très aériens, et est interprété par Yuvanshankar Raja un autre monstre de la Musique de Film indienne, précoce, précurseur et particulièrement en vue dans les années 2000. À croire que Ravichander en est la réincarnation, l’héritier, ou peut-être quelque part l’élève.

Didier Bianay

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C’est pas du troll…

(n°1198)

Coup De Coeur

Elle, a dû passer par le côté le plus tortueux comme la plupart des artistes non pistonnés. Un petit EP baptisé « S » qu’elle sort en avril 2013 suivi d’une petite tournée avec le groupe Little Dragon, puis un autre EP « Z » sorti en avril 2014 qui s’est incrusté dans les charts américains et britanniques. Ensuite SZA écrit pour Beyoncé, Nicki Minaj et Rihanna avant de passer dans une autre dimension en janvier 2017 en signant chez RCA Records. Son premier album Ctrl, qui inclut le tube Love Galore, est un carton et est considéré comme l’album de l’année 2017 par Time, pourtant elle repart bredouille des Grammys 2018 malgré 5 nominations. Mais ce n’est que partie remise pour SZA qui s’est installée dans le milieu depuis ses featuring avec Maroon 5 (What Lovers Do), Khalid et Post Malone (remix de Homemade Dynamite de Lorde) ou encore Cardi B (I Do). Après les titres Quicksand et All The Stars (feat. Kendrick Lamar) pour Insecure et Black Panther, elle s’unissait donc avec Justin Timberlake pour son 3ème programme, collaboration qu’elle a adorée : « J’étais tellement ravie d’être invitée à participer à ce projet avec Justin. Le processus créatif avec lui et l’équipe était rempli par tant d’excitation. C’est une énergie que vous pouvez sentir à la fois dans la musique et le clip »

Lui, on ne le présente plus. Immense star aux innombrables tubes, Justin Timberlake avait d’ailleurs signé le hit de l’été 2016 avec la chanson originale du premier volet, Can’t Stop the Feeling, qui avait reçue par la suite 2 nominations aux Golden Globes et aux Oscars. Pour Trolls World Tour beaucoup d’autres artistes connus l’ont rejoint pour un album assez nostalgique qui ne manque pas de rendre hommage aux tubes les plus électrisants de ces dernières décennies : « Être capable d’assembler différents créatifs de genres variés a été la partie la plus gratifiante », a déclaré Timberlake avant d’ajouter : « Créer quelque chose qui puisse servir le film et exister aussi en dehors a été un défi amusant ». Avec près de 9 millions de vues en 3 semaines, on peut dire que c’est chose faite pour The Other Side. Reste à savoir s’il fera mieux que Can’t Stop The Feeling et ses 1,1 milliard de vues. La route est longue…

Didier Bianay

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Un dix…

(n°1196)

Coup De Coeur

Greg J. Walker

Dans cette atmosphère morose et lourde, voici un brin de légèreté avec mon Coup De Coeur du moment, le titre All Of You. Composé par l’australien Greg J. Walker et interprété par Andrew Nolte et Vanessa Fernandez, le morceau ouvre l’intéressante BO du film policier Miss Fisher and the Crypt of Tears. All Of You sert un peu de musique-thème en exposant d’entrée une grande partie du concept de la bande-son car, en référence à une intrigue qui se déroule dans les années 20 à Jérusalem, on retrouve une dualité musicale entre le Swing-Jazz et une musicalité typée du Moyen-Orient. La grande richesse de l’instrumentation métissée se révèle à travers les fréquents solos que contient la composition, essence des styles musicaux précités où une grande place est laissée à la spontanéité, et qui vont de pair avec le caractère épicurien de l’héroïne. Tout est dit, avant même le grand brassage final qui s’avère à la fois curieux, amusant et entraînant.

Didier Bianay

bianaydidier.com

Le choeur à l’ouvrage

(n°1187)

Coup De Coeur

John Powell

Aujourd’hui cap sur une composition qui a particulièrement retenu mon attention. Intitulée Train North elle est l’oeuvre du maestro John Powell qui a réussi son grand retour après Dragons 3.

Sa Majesté Dame Nature

Le choeur ne saute pas aux yeux même si quelques murmures sombres se font entendre d’entrée. Mais c’est sans doute ce que l’on retient le plus à la fin du morceau, ce long treck vocal de plus de 2 minutes emmené par une formation de 60 membres. De quoi surplomber l’orchestre comme sur une autre piste de la BO nommée Sometimes Nature’s Cruel And Gods Fight. Mais dans Train North le compositeur leur fait de la place pour dépeindre solennellement la majesté du paysage dans lequel le chien Buck évolue. En effet, leur interprétation ne saurait être forcée pour préserver cette noblesse, les timbres limpides des choristes féminines versant parfois même dans le sacré. Le compositeur avait notifié à variety.com qu’il avait glissé quelques phrases en inuit, c’est sans doute le cas de 1:39 à 2:13, mais comme j’ai pas fait inuit LV2… Ceci dit, sur une telle durée, un même groupe eut engendrée de la monotonie si Powell n’avait alterné entre interprètes masculins (2:21 à 2:49) et féminins (1:39 à 2:21 ; 2:52 à la fin) qui tour à tour occupent le premier plan quand l’autre partie apporte profondeur ou lumière. Ne reste alors que des os à ronger pour d’autres instruments comme les cordes qui appuient occasionnellement ce choeur, rajoutant du relief émotionnel à une partition chorale déjà assez modulante.

Appréhension et aventure

Comme dit plus haut on perçoit quelques murmures inquiétants au tout début, dont cette vocalise guttural lugubre (0:20 à 0:30), mais ce sont surtout les exhalations glaçantes et nerveuses des flûtes amérindiennes qui alertent, sur fond de synthé sombre. Les cordes enchaînent d’un arrangement mélodique très dissonant et guère plus rassurant (0:33 à 1:00), avant de gagner en vélocité lors de l’envolée lyrique et majestueuse du cor (1:01 à 1:29). À l’inverse les percussions mettent du rythme avant d’aboutir à des coups de boutoirs affirmés et intimidants (0:11 à 0:52). C’est dans cette « première partie » qu’est pressentie l’aventure, mais aussi une appréhension, l’intuition pour Buck que mille dangers l’attendent dans cette nature sauvage.

Avec son style majoritairement choral, Train North est une composition à part dans la BO de L’Appel De La Forêt où le choeur est assez minoritaire. Un moment de grâce et de beauté, comme une initiation à un monde, la magnifique vision d’ensemble avant un plongeon vers des détails plus problématiques…

Didier Bianay

bianaydidier.com

La musique-thème de la série « The Mandalorian »

(n°1182)

Coup De Coeur

Ce thème de Ludwig Göransson est dans le droit fil du style musical de la série surtout des BO de l’épisode 1 et 2 dont j’avais fait l’éloge il y a quelques mois. Le coeur du jeune suédois balance ici entre ses 2 maîtres Williams et Morricone lorsqu’il s’agit de nous initier à ce programme mélangeant Star Wars et western spaghetti…

Didier Bianay

bianaydidier.com

Orpheli… nah !

(n°1174)

Coup de Coeur

Pour expliquer sa démarche musicale, le compositeur Takahiro Obata nous a gratifié de ses commentaires sur chaque morceau des 3 volumes de l’excellente BO de The Promised Neverland. Et qui mieux que lui pouvait en parler, surtout de cette emballante compo qui est intitulée The Promised Neverland Theme 1 et qui donne le rythme de l’intrigue.

La vision du compositeur et mes commentaires :

« Cette musique englobe l’atmosphère du monde décrite dans The Promised Neverland ! Si je devais nommer les thèmes qui ont été utilisés (et leurs timing) cela irait comme suit :

  • L’image de l’introduction de Neverland, intro #1 (31 premières secondes) »

L’entame est très ressemblante au début du morceau Introduction (vol.1) qui dépeint le contexte avant que les orphelins ne découvrent le terrible secret qui les poussera à fuir. Les notes de synthé et piano sont aigües, lumineuses. L’interprétation fluide et lente du pianiste ainsi que les légères touches de windchimes confèrent une atmosphère paisible et reposante.

  • « L’introduction où intervient le rythme du monde de l’animation (0:31 – 1:08) »

C’est à ce moment que le morceau laisse entrevoir progressivement son rythme et son caractère aventureux et intense. Tous les instruments qui seront mis en valeur plus tard y jouent en simultanée, tels le piano, les cordes, la guitare, la voix féminine, le tout porté par la basse et les premiers sursauts et déchaînement de batterie, cela avant que la « mélodie A » (1:08 – 1:42) ne soit calmement et simplement formulée, afin d’être bien identifiable.

  • « L’image de se faire battre et de se relever chaque jour (1:43 – 2:18) – Mélodie B »

Cette « mélodie B » est divisible en 2 phases mélodiques. Sur une partition on observerait aisément que le « dessin » que font les notes n’est pas le même. En effet la première phase (1:43 – 1:59) est composée de motifs mélodiques autant montants que descendants. L’ensemble de cette phase 1 est joué de manière fébrile aux violons et reste cloué dans les bas-médiums à tel point que la note finale est à peine plus haute que la première. Se dégage alors le sentiment d’être à la peine, de tourner en rond. En revanche la deuxième phase mélodique, dans son ensemble, est beaucoup plus montante (1:59 – 2:18). Les cordes et un cor anglais s’envolent vers les aigus et sont renforcés progressivement par des bois, symbolisant cette relève, ce gain en positivité et en vigueur.

  • « L’image des enfants qui se dressent contre la société des démons, la partie culminante (2:19 – 2:54) »

C’est effectivement une partie culminante en terme d’intensité. La batteur bat le rythme avec beaucoup de frénésie, multipliant les coups de cymbales. La basse, les cordes, le piano, les bois, une bonne partie de l’orchestre est de sortie, donnant une séquence très dense. On retrouve ultérieurement la même mélodie vindicative et la même intensité, avec un rythme de la batterie différent mais toujours aussi haletant et énergique, et un ajout plus prononcé des cuivres (4:28 – 5:20). Les interlude (2:57 – 3:28) et conclusion (5:21 – 5:57) que mentionnent Obata sont faits pour prolonger la vivacité de ces points culminants, remplaçant les mélodies par des solos à la voix, au violon, à la guitare, etc.

  • « La chute de la mélodie de Isabella’s Lullaby (3:30 – 4:27) »

L’oeil de ce cyclone musical, un instant de calme et de douceur. Ici donc le compositeur a repris la berceuse d’Isabella, celle que les orphelins appellent la Maman. Le personnage est matérialisé par cette voix féminine qu’on entend dans une grande partie du morceau et qui prend tout son sens à ce moment de l’oeuvre. Les ingrédients classiques d’une berceuse ont été utilisés, car outre cette voix de femme réconfortante, on retrouve l’utilisation d’un célesta, le tout accompagné de délicieux arpèges de harpe. Les cordes s’ajoutent, donnent de l’ampleur sentimentale à la berceuse et du liant avec le grand déballage qui arrive. Cette séquence limpide, sans noirceur apparente, nous montre à quel point la Maman est douée pour cacher son jeu, car elle n’est point aussi protectrice et douce qu’elle ne voudrait le faire croire…

Didier Bianay

source : ici

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Well done !

(n°1149)

Coup de Coeur

Ce titre qui ouvre l’album de Charlie’s Angels en donne aussi le ton, partageant le concept des 8 autres chansons originales. Les paroles, co-écrites par Ariana Grande, se veulent engageantes, engagées et universelles tout comme le film, et il est amusant de constater le caractère international du quatuor, Kash Doll, Kim Petras, Alma et Stefflon Don venant respectivement des USA, d’Allemagne, de Finlande et du Royaume-Uni.

Didier Bianay

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I love it !

(n°1136)

Coup De Coeur

Pour la série d’Amazon Prime, Modern Love, Gary Clark Jr. aura composé ou co-composé 4 chansons originales dont Human Love et ses paroles aussi légères que drôles. Ce n’était pas la première fois qu’il flirtait avec l’industrie du film puisqu’il avait repris la chanson Come Together pour les besoins de Justice League (avec Junkie XL) et qu’il possédait une petite expérience en film scoring avec Lenexa, 1 Mile, le docu Two Trains Runnin’ et le court-métrage Harman Kardon Citation: Fermata.

Guitariste-interprète ayant grandi et résidant à Austin, il est considéré comme une étoile montante de la scène Blues-Rock. À 35 ans, il vient d’être honoré de 4 nominations pour les Grammys 2020, 5 ans après avoir décroché un Grammy Award pour la chanson Please Come Home.

Didier Bianay

bianaydidier.com

Charge utile

(n°1131)

Coup De Coeur

Anne-Sophie Versnaeyen

Je retiens la chanson You Are Not Alone pour aujourd’hui car, outre le fait que je l’adore, elle est l’exemple que la réduction d’une orchestration peut amplifier son discours. Analyse :

Tendre à l’intérieur

Je n’ai jamais trouvé le nom de la chanteuse, je l’avoue, mais une chose est sûre, elle a une voix à la fois puissante, profonde et réconfortante, qui ne renie la tendresse du film Donne-Moi Des Ailes. Sur cette chanson point de percus pour baliser les mesures et le tempo de manière terre-à-terre, l’ensemble semble fluide et planant et les instruments employés sont ceux souvent préférés pour le sentimentalisme : violons, altos, violoncelles, contrebasses et piano, on peut dire qu’il pleut des cordes. Mais c’est l’interprétation des instrumentistes qui est déterminante car faite d’attaques de notes calmes, cette douceur se maintenant même lors d’envolées lyriques aussi poignantes que sublimes (1:09 à 1:39 ; 2:19 à 2:39).

Minimum = Maximum

La taille ne compte pas… en tout cas pas en Musique. Ici Anne-Sophie Versnaeyen n’a pas eu besoin d’un orchestre conséquent ou de détours mélodiques compliqués pour arriver à ses fins. L’instrumentation est somme toute assez modeste et son utilisation minimaliste montre qu’une bonne partie de l’approche de la compositrice se basait sur l’harmonie et la réverbération. Cette dernière exprime toute sa largeur dès l’introduction au piano et l’entrée en lice de la chanteuse, normal, puisqu’elle se perçoit davantage à mesure que le nombre d’instruments diminue. C’est donc dans cette optique que les cordes sont très en retrait quand l’interprète chante, et vice versa, car cette volonté de limiter le nombre d’instruments mis en avant permet, via la réverbe, de garder une teinte aérienne et d’amplifier l’émotivité du jeu des instrumentistes ; c’est ainsi qu’en minimisant les moyens, l’objectif de Versnaeyen est devenu plus évident et plus effectif.

You Are Not Alone est l’un de ces nombreux morceaux qui montrent qu’un compositeur n’est point obligé de multiplier les instruments et noircir sa partition pour faire une œuvre parlante ; qu’importe le nombre de pistes, le niveau des décibels, la dynamic range ou autres considérations plus scientifiques qu’artistiques, tout n’est finalement qu’intention, expression et cohérence.

Didier Bianay

www.bianaydidier.com

Les idées dans la suite

(n°1065)

Coup de Coeur

Michael Giacchino

Comme toutes les suites, Far From Home Suite Home ne déroge pas à la règle en reprenant tous les thèmes et les idées de la BO de Spiderman : Far From Home. On parlera de concept sonore dans un autre article, ici nous allons analyser les méthodes utilisées par Michael Giacchino pour rendre cette compo si entraînante.

Panorama classique

Après que le thème principal soit joué solennellement comme pour affirmer une certaine prestance, il est repris de manière puérile (0:40 à 1:16) en notes piquées pour une touche d’innocence et de naïveté, caractère amplifié par le célesta et une flûte assez douce. Le main theme revient encore une troisième fois avec les mêmes cuivres que l’intro, cependant la mélodie est modulée sous une forme plus expressive qui dépeint mieux la vaillance de Spiderman (1:27 à 2:08), idem vers la fin avec un déballage orchestral encore plus dynamique et explosif (7:11 à 8:04). Le thème romantique (2:38 à 4:00) fait la part belle aux instruments à cordes (violons, harpe, piano etc.) quand bien-même une flûte l’exécute tendrement dans un premier temps. Viennent enfin le thème de Nick Fury porté par un rythme militaire et des cuivres (4:00 à 4:59), et celui de Mysterio, (5:06 à 7:05) engageant, inspirant et… inquiétant où l’on perçoit un twist dans l’orchestration par l’ajout affirmé d’un synthé et d’une guitare électrique afin de souligner les artifices technologiques du personnage.

Agencement millimétré

L’efficacité de cette suite vient moins de cette recette d’orchestration traditionnelle que de la qualité des thèmes et de la manière dont ils sont organisés. Le placement du thème de Fury entre le thème romantique et celui de Mysterio génère une transition vers cette longue séquence intense de plus de 3 minutes qui eût été lassante si Giacchino n’avait varié fréquemment le rythme avec les percussions orchestrales et la batterie. Il faut de même saluer la précision d’écriture, puisqu’il y a bien ici une tonne d’instruments qui se partagent la partition, s’entremêlant sans jamais que le rendu ne sonne brouillon. La partie la plus délicate demeure d’ailleurs celle où interviennent ostensiblement le synthé et la guitare électrique (4:25 à 7:04), qui se glissent entre les phrases des cuivres ou suivent leurs arrangements mais ne les concurrencent surtout pas à hauteur égale. Pareil pour la batterie qui laisse sa grosse caisse en retrait et dans un rôle de marqueur temporel par rapport à l’expressivité marquée des timbales. On observe aussi dans les séquences les plus épiques une séparation quasi systématique entre trompettes et cuivres graves (cors, trombones, tubas), qui se répondent le plus souvent. Un agencement judicieux, vu leurs puissances naturelles et leurs grands effectifs, permettant aussi un équilibre sonore et le maintient d’une grande vivacité.

Far From Home Suite Home, qui étrangement inaugure la BO, remplit son rôle en faisant le tour des thèmes, avec beaucoup de panache. La compo reprend aussi le concept sonore du film que je développerais plus amplement la semaine prochaine dans un article Première Écoute, ce score de Giacchino valant bien plus qu’un simple coup d’oeil.

Didier Bianay

Chapeau !

(n°931)

Coup De Coeur

John Powell

J’aurais tellement de coups de cœur à partager sur cette bande-son de Solo: A Star Wars Story… Aujourd’hui petit focus sur Lando’s Closet avec lequel John Powell a soigneusement habillé la scène la plus romantique du film. Analyse:

Pardessus

Lorsqu’un compositeur a sous la main un orchestre symphonique, la romance fait tendre vers les cordes (violons, altos, violoncelles, contrebasses), question de langage musical et de convention ; ce n’est pas une obligation, mais ce groupe d’instruments est pratique tant il peut délivrer des timbres émotifs et peu agressifs même à fort volume. Ici Powell s’en est largement servi et les a appuyé des bois tels alors une flûte, une clarinette, un haubois etc., beaucoup moins puissants intrinsèquement mais pouvant également insuffler beaucoup de douceur. En vrai, pour tous les instruments précités tout dépend des jeux des instrumentistes et sur l’ensemble du morceau les attaques de notes sont toutes délicates, sans exception. Enfin on ne peut omettre de mentionner les timbres voilés des cordes, intimistes, sans éclats fracassants même lors de l’emballement lyrique final, et qui sentent bon les musiques des romances d’antan…

Les dessous

Quand bien même la composition est courte John Powell a jugé bon d’avoir une orchestration très travaillée pour sortir des clichés et pour varier les sonorités. Et les sonorités varient très vite justement, sans que l’on s’en rende vraiment compte, c’est ainsi que l’on change d’instrument ou de groupe d’instruments 12 fois rien que pour la mélodie, avec même une courte apparition d’un cor, cuivre peu utilisé dans ce type d’ambiance. La cerise sur le gâteau vient de la harpe et de son action quelque peu subliminale, car il faut tendre l’oreille pour constater que ses arpèges fluides rajoutent de l’élégance à la partition tout comme une impression de merveilleux. L’amour, une merveille d’émotion.

Lando’s Closet est une pièce à part dans la BO, déjà pour sa teinte très rétro. C’est aussi la seule fois où le thème de la romance entre Han et Qi’ra est autant magnifié. John Powell a ainsi saisi toute l’importance de l’instant et a particulièrement appuyé ce tête-à-tête par l’une des œuvres les plus sublimes de la bande-son.

Didier Bianay

bianaydidier.com