Lumineux !

(n°790)

Coup De Coeur

Takatsugu Muramatsu

Ouvrant l’excellente BO de Mary and the Witch’s Flower le Mary’s Theme résume le personnage… mais seulement à ses origines. Analyse :

Innocence…

C’est avant tout ce qui attire le plus l’attention dans tout morceau, sa mélodie. Celle que Takatsugu Muramatsu a réservée en guise de thème pour la jeune fille est un air plutôt enjoué, assez innocent par essence et bien mise en valeur par les violons qui dominent largement le reste de l’orchestre dans les refrains. On remarque aussi la hauteur moyenne de tout le cheminement mélodique, assez aigu, qu’il soit repris par le piano, les cors, une flûte et appuyé occasionnellement par une guitare et des trompettes pour rajouter de la brillance, comme d’ailleurs les contre-chants timides au clavecin et au célesta. Cette orchestration volontairement penchée vers des instruments à l’aise dans le registre aigu est faite aussi pour amplifier l’innocence de la mélodie et par extension celle d’une fillette fraîchement débarquée dans l’Angleterre profonde. Seul manque à l’appel le dulcimer qui pourtant s’avérera par la suite être l’instrument principal de la BO, mais plutôt réservé à des accents mystiques, hors Mary ne naît pas sorcière elle le devient.

… et sens de l’aventure

Par contre le personnage principal semble être venu au monde avec le gêne de l’aventure c’est ce que laisse sous entendre Muramatsu. En effet ce morceau est faussement lyrique puisque la lenteur de sa merveilleuse mélodie s’accompagne toujours de quelque chose qui gigote dans le fond sur une allure beaucoup plus dynamique, pratiquement de bout en bout ; cela peut être l’accompagnement du piano au début, les rythmes des percussions tribales, l’insistance d’une cloche, les accompagnements haletants des violoncelles, des tubas et contrebasses. Plutôt implicites dans ce thème les rythmes vitaminés seront bien plus audibles sur les pistes suivantes lorsque Mary foncera tête baissée dans une aventure qui la dépasserait presque…

D’entrée Muramatsu ne s’est donc pas fourvoyé en dépeignant ce qui est le thème de Mary et non pas le thème de Mary and the Witch’s Flower. Avec cette mélodie, une teinte d’ensemble assez aiguë et un dynamisme voilé il a mis en exergue l’innocence et la témérité de la jeune fille dans son tempérament d’origine, occultant l’occultisme.

Didier Bianay

bianaydidier.com

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Monstrueuse simplicité

(n°729)

Coup De Cœur

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Henry Jackman

Cette compo intitulée Project Monarch, d’Henry Jackman, a l’air tellement simple et dans l’air du temps, mais elle réserve en elle quelques subtilités qui l’a font sortir du bois. Analyse :

Je parlais d’air du temps dans l’intro, c’est vrai que la recette de la musique épique moderne on commence à la connaître : des cuivres lourdes et grasses pour exprimer une ample menace, des violons haletants pour donner du dynamisme et une poignée d’angoisse, des percussions tribales ou autre pour donner des impulsions palpables, régulières, sombres, sans oublier une mélodie assez simple. Là Henry Jackman n’a pas dérogé à la règle et a même procuré à la mélodie une amplitude sonore particulièrement intimidante, juste en faisant cors et trombones jouer à l’unisson.

Mais il y a d’autres subtilités que l’on trouve tout d’abord en écoutant les cordes, certes imperturbables jusqu’au pont (de 0:47 à 1:07) où les trompettes s’envolent lumineusement. Et c’est aussi à ce moment que violons, altos, violoncelles sortent de leurs routines, se séparent rythmiquement, exécutant en parallèle des phrases musicales plus sensibles aux variations d’accords jouissifs ; le dynamisme est doublé et mine de rien le morceau s’emballe sans que le tempo change. Les violons deviennent dès lors moins répétitifs, plus expressifs voire dramatiques lorsqu’ils poussent des notes déchirantes dans les aigus, bien aidés par des cuivres graves qui… leur donnent la place aux moments adéquats.

C’est d’ailleurs la force de cette compo qui affiche une orchestration compartimentée, lisible, mais où des arrangements simples sont si bien emboîtés que le but est atteint pour afficher une férocité et une turbulence permanentes nous plaçant face à quelque chose d’intense et de big… Enfin les douces ponctuations, de flûte, de cor anglais et de guitare en pédale trémolo surprennent l’oreille et enrichissent la palette de sonorités.

Project Monarch est un bel exemple de ce qu’Henry Jackman peut élaborer pour faire preuve d’originalité lorsque les réalisateurs lui demandent de singer des codes musicaux déjà bien usités. Le compositeur a aussi montré par sa science de l’orchestration qu’il pouvait faire un max d’effet avec peu d’éléments et un schéma simple, sans faire un étalage d’arrangements phénoménaux. Et c’est bien moins facile qu’il n’y parait, car le peu doit être au bon endroit au bon moment, contrairement aux protagonistes du film…

Didier Bianay

bianaydidier.com

5 étoiles !

(n°710)

Coup de Cœur

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Emma Stone et Ryan Gosling

Il y a tant de choses à dire sur la chanson City Of Stars. Je ne partirai pas sur un décorticage de l’orchestration, plutôt simple, mais sur toutes les subtilités qui l’entourent. Analyse :

C’est en vrai tout un travail d’équipe. Tout d’abord les 2 célèbres acteurs que sont Emma Stone et Ryan Gosling nous livrent des interprétations assez émotionnelles et non-parfaites vocalement ; des imperfections qui donnent du naturel à la scène concernée et qui sont parfaitement assumées selon les dires du compositeur Justin Hurwitz à variety.com : « Ryan et Emma ont interprété City Of Stars en live, c’était leur premier duo. Vous captez le rire et toutes sortes d’autres nuances quand vous enregistrez les voix de cette manière (…), des choses que vous n’obtenez pas lorsque vous enregistrez dans un studio. »

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Benj Pasek (à gauche) Justin Paul (au milieu) et Justin Hurwitz

Mais avant cela au tout début était la mélodie et la partition en elle-même qui a aussi quelques subtilités, car si la mélodie est en mineur, propice à la mélancolie, l’accompagnement derrière force quelques accords en majeur plus propices à la positivité, une manière pour le compositeur de dépeindre les hauts et les bas que peuvent connaître les artistes à Los Angeles, trame principale de La La Land. Justin Hurwitz n’avait pas de paroles en tête lorsqu’il a composé l’instru mais avait l’idée d’un ton d’espoir et de mélancolie à la fois, préférant humblement laisser l’écriture des paroles à un spécialiste.

Mais perfectionnistes que sont Hurwitz et le réalisateur Damien Chazelle, les 2 hommes  se sont entretenus avec « un tas de paroliers » avant de valider le duo Benj Pasek et Justin Paul, fraîchement acclamés par la Critique pour leur travail sur la comédie musicale Dear Evan Hansen. Pour City Of Stars ils ont été dans le bon ton dès la première phrase et outre des propos mélancoliques c’est surtout le placement de certains mots optimistes qui est intelligent tant sur des accords majeurs (ex. 0:11 à 0:18) que lorsque le morceau s’emballe sur un pont qui apporte une variation lumineuse et un brin de dynamisme à l’ensemble.

Après avoir décroché 6 prix ces derniers mois, dont 1 Golden Globes, City Of Stars est désormais engagée dans la course aux oscars ; mais les chances de se faire troller par la supernova Can’t Stop The Feeling demeurent non négligeables. Reste plus pour ces 5 stars à croire en leur bonne étoile…

Didier Bianay

bianaydidier.com

(Le cousin) Impérial

(n°703)

Coup de Cœur

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Michael Giacchino

Pour les besoins de Rogue One Michael Giacchino a composé un morceau qui n’est pas passé inaperçu, l’Imperial Suite, un thème qui s’avère techniquement être le cousin de l’Imperial March. Analyse :

Il ne faut pas forcément être un expert pour dénicher des brins d’ADN communs entre la légendaire composition de John Williams et ce nouveau thème de Michael Giacchino. Tout d’abord on retrouve en plein milieu de l’Imperial Suite un arrangement dérivé de l’Imperial March, réalisé une première fois au calme (de 1:17 à 1:25), puis une deuxième fois, plus explicite, à grand renfort de trompettes (de 1:38 à 1:46). De plus dans le fond des 2 morceaux on retrouve un rythme ressemblant sur caisse claire, les mêmes interprétations très véloces et affolées des cordes et des bois pour dépeindre la notion de crainte qu’inspire les forces obscures, et que dire de ces mitraillements de notes… so Star Wars.

Mais le plus audible c’est quand même bien la prédominance des cuivres dans les 2 œuvres, qui accaparent une bonne majorité de la ligne mélodique. Mais sur ce dernier point il y a un petit bémol, c’est que Giacchino donne le premier rôle à une combinaison trombones/cors quand Williams penche pour un alliance trombones/trompettes, tout un symbole de la principale différence entre les 2 compositeurs ; car c’est d’abord là que Giacchino, bien qu’adepte de Williams, imprime son style en optant comme à son habitude pour des sonorités orchestrales très grasses et musclées. Ici elles sont exacerbées par ces lourds tamponnages (ex. de 0:17 à 0:25) dans les refrains et une utlisation des timbales dans un registre plus grondant que ne l’avait fait Williams pour la Marche Impériale ; et le tout a le mérite de donner une ambiance plus pesante, plus intimidante que le thème de Dark Vador.

Finalement le Seigneur Noir des Sith est bien derrière l’inspiration de ces 2 morceaux mais l’enfantement de L’Imperial Suite était nécessaire non seulement pour accompagner les exactions de L’Empire mais aussi pour proposer une alternative à un Imperial March déjà abondamment utilisé dans la saga ; d’où cet air de famille…

Didier Bianay

bianaydidier.com

Inspiration orientée

(n°683)

Coup de Cœur

Atli Örvarsson

Atli Örvarsson

Conclusion de la BO de Bilal, Inspire Mankind a quelques avis bien tranchés dans son orientation stylistique. Analyse :

Bilal ? C’est qui Bilal ? Il faut déjà commencer par là pour comprendre la direction artistique de ce morceau. En fait Bilal ibn Rabah, de son vrai nom, est le personnage historique le plus important chez les musulmans après Mahomet. D’origine africaine, il été victime de nombreux drames et persécutions avant que le prophète Mahomet ne le rachète et ne le délivre de la torture. Bilal est surtout « vénéré » par les communautés noires musulmanes que se soit au Maroc, en Tunisie, aux USA, au Mali où la nation malienne se réclame de sa descendance tout comme les noirs musulmans en Inde. En gros, c’est comme Moïse pour les chrétiens, un personnage secondaire particulièrement emblématique. C’est avec ce symbole en tête que les producteurs émiratis ont voulu produire un long métrage qu’ils estiment à la hauteur de l’homme, avec des moyens conséquents déployés pour d’impressionnants graphismes.

La musique non plus n’est pas en reste elle qui se veut massive et pour la dernière piste le compositeur islandais a maintenu en filigrane quelques éléments orientaux comme un santur, un solo arabisant, et une rythmique orientale exécutée par des tambours tribaux. Mais ce Inspire Mankind est une compositition bien fidèle au reste de la bande-son en reprenant beaucoup les codes musicaux hollywoodiens, cela produisant un épilogue musical point intimiste mais fait pour magnifier le personnage ; ainsi cuivres puissantes sont de sortie avec accompagnement d’un choeur assez gras pour quelques séquences engagées particulièrement amples. La fin lumineuse avec voix féminine et santur semble moins insister sur les péripéties de Bilal que sur les aspects positifs de son héritage moral. Et puis, sur ce morceau ce métissage ainsi dosé se trouve finalement être la meilleure manière de franchir les barrières orientales, à l’instar des valeurs du personnage, et d’aider à toucher un public occidentalisé.

Didier Bianay

bianaydidier.com

Le chant de bataille

(n°668)

Coup de Cœur

Rupert Gregson-Williams

Rupert Gregson-Williams

Proche collaborateur de Hans Zimmer, Rupert Gregson-Williams a repris ses conventions, mais a su aussi démontrer une recherche musicologique très subtile pour pimenter une compo assez prenante.

Au cœur de la BO de Tu Ne Tueras Point, la piste Japanese Retake The Ridge est à l’image de celle-ci, entre conventions et subtilités assez bien trouvées. De prime abord Gregson-Williams reprend certes quelques techniques d’écriture chez son mentor et compositeur auquel il ressemble le plus Hans Zimmer. On retrouve ces mêmes façons d’allier percussions et violons autour d’un premier rythme effreiné qui est d’ailleurs le fil rouge d’une bonne partie de ce morceau (de 0:10 à 2:36) et se trouve parfois sous le commandement de cuivres Zimmériens épiques et virils, ou rugissants. Avec peu de mélodie et des arpèges dissonants ultra rapides soulignés par des sonorités électroniques et des choeurs qui se rapprochent des chants gutturaux on est plutôt dans la musique d’ambiance, avec une atmosphère sacrément oppressante et haletante.

Cet effet général est assez réussi mais Gregson-Williams comme à son habitude va chercher des détails assez croustillants dans son instrumentation. En effet, outre l’utilisation des taikos pour souligner de frénétiques violons, ont perçoit quelques mitraillements de percussions dont le symbolisme est évident sur une scène de champs de bataille (de 1:30 à 1:57 ; de 4:00 à la fin). Mais c’est surtout l’utilisation parcimonieuse de l’horagai (ex. à 0:55) qui est particulièrement bien vue et témoigne d’une recherche musicologique assez approfondie quand on sait que cet instrument peu connu en Occident était utilisé par les samouraïs pour signifier des changements de formations de combat. Dans une accalmie orchestrale le compositeur l’a même accompagné d’un trombone (2:53), instrument plus puissant et dont le timbre se rapproche, la combinaison donnant un son homogène, original et terrifiant. Terrifiants le sont aussi ces coups de boutoir orchestraux très brutaux et ces contre-chants affolés des cordes sur la fin qui contredisent la conclusion héroïque des cuivres ; un excellent moyen de mettre en exergue la psychologie contrastée du soldat en pleine bataille, entre courage et peur.

Didier Bianay

bianaydidier.com

Orient oxydant

(n°632)

Coup De Cœur

Trevor Morris

Trevor Morris

Tel un couscous-nuggets, Trevor Morris a trouvé un moyen de réconcilier Orient et Occident, avec la musique-thème de La Chute De Londres. Un thème très différent du reste de la BO dans sa teneur à la fois métissée et orientée. Analyse :

Un métissage efficace

Ça saute aux yeux dès les premières mesures que cette composition joue clairement la carte du métissage, avec son orchestration et son instrumentation équitablement réparties entre influences occidentales et orientales. On retrouve d’abord les cordes qui exécutent la mélodie ou accompagnent le solo oriental de l’interprète, et le dépaysement est assez palpable même si les 2 parties jouent sur des gammes purement occidentales. Du coté des percussions on observe une alliance entre tambours tribaux et orientaux sur un rythme typique des films d’action occidentaux… vous suivez ? Mais l’intérêt de l’œuvre de Trevor Morris va au-delà de ce mélange culturel, quant bien même il est subtilement assorti.

Effusions d’indices

Car placée au début du film, au moment des crédits et autres faits médiatisés initiant le contexte, London Has Fallen est plus qu’une musique qui fait patienter avant le début des choses sérieuses, elle donne déjà des indices sur le film avec les éléments précités. En effet l’extrême brutalité est annoncée par des percussions puissantes et une rythmique très marquée sur les temps forts, écriture qu’affectionne Trevor Morris. De même la provenance du danger est d’entrée avouée lorsqu’une berline se trouve accompagnée sur son trajet par de menaçants motifs aux violoncelles, laissant entendre que l’homme qui y est conduit n’est point un gentleman… Par prolongement le solo vocal plaintif typiquement oriental de l’interprète annonce de quel région du monde cet homme est issu et les conséquences funestes de ces actes ; juste avant que l’on découvre qu’il est le fils et bras droit d’un puissant trafiquant d’armes pakistanais.

Alors on dit que la musique peut spoiler une intrigue…, c’est un peu le cas avec ce main theme qui est à la fois illustratif et malicieusement prémonitoire dans sa conception. Mais prenant, vibrant et assez mélodieux il a un autre mérite non négligeable : celui de nous mettre au parfum d’entrée.

Didier Bianay

bianaydidier.com

Tyler réussit son (re)tour

(n°609)

Coup De Cœur

Brian Tyler

Brian Tyler

On avait rendez-vous avec Brian Tyler pour le 2ème volet d’Insaisissables et il ne nous a pas déçu en sortant une superbe partition à l’orchestration bien ficelée, analyse :

Il y a beaucoup à dire sur ce morceau s’intitulant Now You See Me 2 Fanfare. Bon déjà le mot fanfare est un peu détourné car on ne verse pas dans une rythmique militairement marquée et les cuivres ne jouent pas un rôle central. Non ce sont plutôt les cordes qui constituent l’épaisse colonne vertébrale de ce morceau et ce n’est pas qu’une question de nombre même si leur quantité leur permet de bien mettre en évidence le rythme sur certaines phases, avec élégance. Violons et altos sont aussi utilisés pour scander la mélodie principale ainsi que de nombreux arrangements et accompagnements, avec une interprétation délicate apportant là aussi de l’élégance.

Autour des cordes se greffent les cuivres mais de manière peu solidaire, entre les trompettes et les autres cuivres graves (trombones, cors, tubas). Les premières apportent un certain éclat surtout lorsqu’elles suivent à la trace les violons sur le final. Tyler s’en sert aussi pour signifier la notion d’aventure en leur faisant exécuter des incantations musicales véloces et tranchantes. Même si les cors apportent de la majesté et de l’ampleur sur le départ et le final, les cuivres graves ont une vocation plus modeste solidifiant les basses pour garantir le bon dosage, contrepoids d’autant plus important dans le final où cordes et trompettes planent massivement dans les aigus.

Mais le plus dans cette oeuvre c’est que certains instruments moins ostentatoires ne sont pas oubliés. À certains détours de la partition sont bien audibles des bois, la cloche tubulaire, le célesta et même le triangle. Et c’est ce qui fait la qualité de cette partition c’est cette richesse de sonorités qui, ajoutées à la majesté, l’élégance et des harmonies empreintes de mystère, livrent un cocktail parfait pour dépeindre de spectaculaires illusionnistes.

Didier Bianay

bianaydidier.com

Toujours avec le choeur

Coup De Cœur

Danny Elfman

Danny Elfman

M-C-N n’existait pas encore lorsque le thème d’Alice fut inventé par Danny Elfman en 2010, et puisque le compositeur a repris la même recette c’est l’heure de faire une analyse du concept auquel il a tant tenu :

Pas besoin d’une glace ça se voit comme le nez au milieu de la figure, le chœur est à nouveau au centre de la partition de la reprise et 2 aspects se dégagent de son utilisation. Essentiellement composé de jeunes garçons et de femmes il contribue à donner une certaine innocence à ce thème principal mais aussi une certaine féérie, les jeunes interprètes insistant mélodiquement sur les aigus avec légèreté.

L’autre ingrédient qu’Elfman a repris ce sont ces cordes haletantes, aidées par des coups de percussions et de cuivres consistants et transperçant l’orchestre. Cette simultanéïté entre légèreté féérique et frénésie galopante pourrait paraître paradoxal, mais mieux orchestré que la partition originelle le parallèle fonctionne davantage, sans accroc, et traduit bien le tempérament du monde imaginé par Lewis Carroll.

Mais Elfman n’allait pas nous laisser en plan avec une simple reprise, c’est pour cela qu’il a mis en plein milieu de sa compo la mélodie de l’enfance d’Alice (2:53 à 3:32) lui donnant une teinte de plus en plus inquiétante et sombre au fil des secondes, assurant là une transition émotionnelle fluide. Vient ensuite mélancoliquement le motif noble de sa future vie de femme de l’ère victorienne (4:44 à 5:14) qui vient agrémenter une reprise plus aboutie que l’original sans reniement, Elfman ayant visé le chœur pour réveiller nos oreilles…

Didier Bianay

bianaydidier.com

Ça annonce la couleur…

Coup de Cœur

Heitor Pereira

Heitor Pereira

Dans le titre inauguratoire Red On The Run on distingue 3 phases dont 2 où Heitor Pereira annonce bien la teneur de ce qui attend le spectateur. Précisions :

Les premières secondes sont trompeuses et à l’opposé de la suite. En effet Red On The Run commence de manière on ne peut plus douce et le compositeur a tout fait pour nous tromper en posant d’entrée des bois, dont certains imitent des vocalises d’oiseaux, et une harpe exécutant des accords assez aériens. Ce sont surtout ces harmonies qui font bonne impression, l’orchestration étant la reproduction ironique d’une recette bien connue pour apporter une ambiance zen.

Mais il s’agit d’Angry Bird – Le Film et Pereira souhaitait que ça se voie même à l’oreille d’où l’arrivée d’une ample armée de cuivres graves avant le lâcher d’un orchestre assez conséquent, donnant une teinte cinématographique assez marquée (de 0:11 à 0:58), bien loin de la musique de jeux vidéo… même si sur ce média elle a considérablement évoluée ces dernières années. C’est sur la fin de cette phase qu’on remarque une accélération de la mélodie, arrangement qui lance idéalement une ultime phase (de 0:58 à la fin) qui s’accommode bien à la course effrénée de Red mais aussi à son caractère, car beaucoup plus nerveuse. Les percus se pressent, s’alourdissent, les trompettes sont incisives, les cordes se font très véloces, tranchantes, le tout soutenant un motif musical exécuté par un groupement d’instruments graves (violoncelles, contrebasses, basse, cors, trombones etc.) ; ce motif prenant une teinte assez virile, finalement, on tendrait presque vers la musique de film d’action si le compositeur n’avait pas rajouté une touche enfantine à sa partition avec des mélodies sautillantes, capricieuses, imprévisibles qui adoucissent l’ensemble.

Placée en tête de la BO, Red On Run plonge l’auditeur d’entrée dans une ambiance cinéma et laisse entrevoir le tempérament nerveux de Red, tout en gardant un registre enfantin nécessaire à ce programme. En gros, Pereira a maîtrisé les multiples facettes de ce concept qui est repris dans le reste de la bande-son et qui prouve que dans les programmes jeunesse ce brésilien n’est point un bleu…

Didier Bianay

bianaydidier.com

Le ton juste

Coup De Cœur

Alexandre Desplat

Alexandre Desplat

Lors de la première du film à Londres Alexandre Desplat a avoué pour le site heyuguys.com qu’il cherchait depuis quelques temps à composer sur un genre musical qui a émergé dans les années 20, le Jazz symphonique. Et pour lui le film Florence Foster Jenkins a résonné comme une aubaine.

Il faut dire que le Jazz symphonique se prête bien au film pour 3 raisons. Tout d’abord il connut une immense ascension à l’époque où performait ce fantasque personnage, il possède une certaine classe qui sied bien aux ambiances mondaines dans lesquelles a baigné cette richissime « cantatrice » et sa facette symphonique lui donne un impact cinématographique. Héritier du Jazz, il est bien plus qu’une superposition du Jazz et de la Symphonie mais un amalgame des 2 qui va jusque dans l’orchestration ; et Alexandre Desplat l’a bien retranscrit en donnant le premier rôle tantôt à des instruments propres à la Symphonie (cors, flûte) ou à ceux propres au Jazz (trompettes en sourdine, saxophone, clarinette), tout en reprenant les incontournables improvisations de ce dernier.

Placée en tête de la bande-son cette composition intitulée symboliquement Florence Foster Jenkins donne le ton juste, mais donne aussi celui du reste de la BO qui alterne entre Symphonie, Classique, Jazz ou Jazz symphonique. Seules choses que l’on ne perçoit pas dans ce titre instrumental ce sont évidemment les performances vocales volontairement fausses de Meryl Streep qui rendent le personnage pathétique et si attachant. Et le natif de Paris semble s’y être bien attaché pour lui donner ce thème, ma foi, fort élégant.

Didier Bianay

bianaydidier.com

À la folie

Coup De Cœur

Sébastien Tellier

Sébastien Tellier

Un de mes trips du moment, le loufoque morceau « La Fille De L’Eau ».  C’est lors d’une interview intéressante pour Allociné que l’artiste Sébastien Tellier avait bien tenu à expliquer la génèse de cette compo affirmant : « J’ai aussi composé le morceau du clip avant que le film ne soit tourné. J’avais fait un album intitulé « My God is Blue » (2012) sur un chef de secte, et Sébastien (Betbeder) avait bien aimé cet album, donc il voulait quelque chose de ce style, qui soit très grandiloquent et fou, avec un esprit secte, ce qui était facile pour moi car ce sont des codes que j’avais l’habitude de maîtriser. C’est comme ça que « La Fille de l’eau » est née, et c’est bien car il y a de l’humour dans ce truc de secte ».

C’est sans doute le point d’orgue de la BO de Marie Et Les Naufragés et le morceau constitue une exception déjà dans le fait qu’il ait inspiré une des scènes du film, et non l’inverse, et aussi dans le fait qu’il ne soit pas construit de la même manière que les autres. En effet, contrairement aux styles minimalistes des autres plages où les arrangements s’empilent avec répétitions de motifs, La Fille De L’Eau met notamment en exergue un couplet et un refrain et se constitue plus comme un morceau d’album. Plusieurs éléments intéressants y sont présents. Tout d’abord, et ça saute aux oreilles, les sonorités électroniques sont très nombreuses et se mélangent allègrement ; acides elles sont quelques peu paradoxales, étant un peu rétros et… si modernes grâce à un mixage audio d’une très haute finesse. En parallèle on perçoit bien ce côté sectaire et dingue (qui m’a arraché quelques rires à la première écoute) lors des couplets, mais aussi lors des refrains où sont placés en fond des ricanements déments. Et justement les transitions entre ces couplets et refrains démontrent un travail soigné avec ces successions rapides d’accords (1:07-1:11 et 2:05-2:07) qui les lient très intelligemment et écartent donc définitivement tout style minimaliste.

L’ex-candidat français à l’eurovision 2008 a accepté de travailler avec le réalisteur Sébastien Betbeder qui lui a donné une grande liberté artistique et ça se perçoit sur une BO où chaque piste prend par surprise. Mais dans ces 38 minutes de musique c’est sans conteste La Fille De L’Eau qui est le point culminant, étant vraiment fait selon sa personnalité artistique qui aime nouer folie et électronique, avec un humour caricatural léger et assez drôle. Finalement, et Tellier le sous-entend, l’efficacité du titre coule de source…

Didier Bianay

bianaydidier.com

10/10

ribbon-blackCoup de Coeur

Bear McCreary

Bear McCreary

Avec le film 10 Cloverfield Lane Bear McCreary rentre dans la cour des grands, se lançant pour la première fois dans les productions cinématographiques à gros budget. Et en guise de thème principal il sort une composition parfaitement efficace pour le contexte du film et ce grâce à 10 éléments :

  1. On commence par les plus évidents, les cordes haletantes qui sont un classique de la musique d’Action et qui sous-entendent le rythme élevé attendu sur certaines parties de l’intrigue
  2. Les cris strident de ses mêmes cordes aussi, qui en deviennent inquiétantes jouées en dissonances
  3. L’emploi du glockenspiel et du vibraphone qui ajoutent une atmosphère mystérieuse et irréelle au morceau
  4. À partir d’ici on parle cuivres avec l’emploi des cuivres graves. Bien en évidence elle font souvent sentir une menace pesante. Mais dans l’ensemble McCreary les utilise de manière assez musicale et ne les cantonne point à un rôle quasi percussif
  5. Des mitraillements de trompettes qui font penser à du John Williams et qui apportent dynamisme, légerté et élégance à chaque apparition
  6. Des passages lyriques assez agréables et offrant des alternatives émotionnelles sur la partition. C’est là que le natif de Fort Lauderdale montre une capacité à avoir une belle écriture, profitant pour mettre en exergue des instruments à faibles sonorités comme les bois, les harpe etc.
  7. Peu évident à distinguer mais les notes appuyées et graves du piano contribuent à une certaine noirceur mordante que les seules contrebasses ne suffiraient pas à donner
  8. La mise en action dès l’entame du morceau d’un instrument turque le yayli tambur captant l’attention de l’auditeur avant que le film commence. Il conclut aussi le morceau avec une réverbe donnant l’impression d’une solitude éloignée et plaintive
  9. L’utilisation du Blaster Beam qui fut si cher à Jerry Goldsmith dans Star Trek, Le Film et que l’on retrouve en plein milieu de ce thème (2:56 à 3:13)
  10. Le rôle de soutien des percussions. Elles apportent du rythme et occasionnellement marquent les temps forts. Vu la générosité de l’orchestration McCreary les a intelligemment mises en retrait pour ne pas alourdir ni les graves ni l’ensemble de l’œuvre.

Avec ce premier thème de grand film le compositeur a donc montré son potentiel, sa maîtrise et aussi son caractère studieux. Friand de sonorités originales comme à son habitude, on peut de même noter qu’il a su mélanger le vintage et le moderne, naturellement, ce qui ne pouvait pas déplaire au nostalgique J.J. Abrams, le producteur d’un film dont l’effet de surprise est désormais admis.

Mention très bien M. McCreary Bear

Didier Bianay

bianaydidier.com

Douce Force

Coup De Cœur

John Williams

John Williams

C’est Le thème de Star Wars 7, celui de Rey, et c’est sans doute celui qui a le plus surpris. Détails :

Le magnifique thème de Rey étonne par sa nature entre un héroïsme sous-entendu par cors, trombones et trompettes et de la tendresse matérialisée par l’emploi des cordes, des bois, d’un glockenspiel et d’un céleste. Je dirais même que c’est une tendresse lyrique qui l’emporte, le Rey’s Theme n’étant jamais vraiment épique bien que ce personnage principal mène bien des combats… Alors pourquoi ce choix ? John Williams a avoué au prestigieux LA Times son concept : « C’est un défi intéressant avec elle, car le morceau ne suggère pas un thème romantique. Il suggère une aventurière, mais avec une grande force. C’est une combattante, elle est animé par la Force, et cela devait être quelque chose de fort mais attentionné ».

Par extension l’emploi de ce thème dans la BO est du même genre. Apparaissant d’abord dans la piste 2, The Scavenger, il est par la suite repris dans That Girl With The Staff, Maz’s Counsel, Kylo Ren Arrives At The Battle, The Abduction, The Ways Of The Force, Farewell And The Trip, et dans le final avec toujours ce côté épique minoritaire même dans les pistes qui soutiennent les scènes d’action. Avec l’avènement de ce nouveau personnage central et le fait qu’il soit de sexe féminin, le compositeur a voulu donc partir musicalement sur un autre chemin, quitte a faire peut-être des déçus, qui s’attendaient à quelque chose de plus brutal. Quoiqu’au final le morceau a fini par rencontrer un franc succès auprès des fans de la saga et, par sa richesse mélodique, offre de nombreuses possibilités de développement. Alors qu’en sera-t-il dans les prochains épisodes ? On verra, ou plutôt on entendra… Une chose est sûre le Rey’s Theme est un mythe naissant.

Didier Bianay

bianaydidier.com

Papy Williams fait de la résistance

Coup De Cœur

John Williams

John Williams

Avec le thème de Rey c’est l’une des compos qui m’ont le plus marquées dans cette BO de Star Wars 7. March Of The Resistance de John Williams, outre qu’elle est bien écrite, montre bien l’identité du compositeur. Décryptage :

Une écriture classique…

Rien qu’au titre on devinerait déjà que ce morceau ne laisse pas la part belle à une ambiance posée. Non, là l’orchestre est plutôt mené tambours battants dans un cheminement musical habile où Williams varie les combinaisons de timbres ou de groupes d’instruments ; trompettes et cuivres graves, trompettes et cordes, cors et bois etc., la dernière étant sacrément emmerdante… Mais bon en vieux taulier qu’il est, Williams sait exceller dans cet exercice tout comme il sait que devait dominer des timbres qui font souvent référence au courage, à l’héroïsme tels des trompettes puissantes et perçantes, des trombones et cors lourds et musclés. Jusque-là on est dans l’instrumentation et l’orchestration habituelles de la Musique de Film occidentale, mais March Of The Resistance a bien d’autres secrets.

…et une écriture Classique

On voit le style Classique de John Williams dans cette composition au niveau des arrangements avec une écriture en imitation qui arrive à son paroxysme sur cette magnifique fugue (de 1:12 à 1:32), de même que l’écriture en dialogue qui couvre une bonne partie de cette partition. Et c’est sur ce dernier point qu’elle se distingue de la célèbre Imperial March avec laquelle la comparaison semble inévitée…, le thème de Dark Vador jouant plus sur la complexité rythmique. Mais faire des groupes d’instruments se répondre entre eux n’est pas une partie de plaisir non plus puisque la succession de différents timbres emmène l’oreille dans une logique de comparaison, d’où la nécessité d’un relatif équilibre en terme de puissance, ce qui a poussé le compositeur à dispatché les cuivres, surtout… Toutefois le dialogue a aussi plusieurs avantages : éviter une lourdeur sonore, apporter du dynamisme et une meilleure mise en avant des arrangements, enfin, pas autant que les puissants unissons dont le compositeur nous gratifie à l’introduction et à la conclusion de ce morceau entraînant et, ma foi, irrésistible.

S’il est vrai que l’écriture de John Williams a changé et s’est modernisée avec le temps, il est agréable de constater que le compositeur a toujours tenu à garder son amour pour la musique Classique et ses codes, car c’est bien à ce genre musical qu’on le rapproche le plus. Et même s’il avoue avoir quelques sympathies pour les sonorités électroniques de la nouvelle vague, on le voit mal se départir de son identité musicale car il sait qu’en musique seule l’ivresse compte, peu importe le falcon flacon.

Didier Bianay

bianaydidier.com

Question de temps, de vie, ou de mort

Coup De Cœur

John Powell

John Powell

Mes pensées se portent actuellement vers une composition que l’on trouve sur la BO de Pan, intitulée Murmurs Of Love And Death. Une compo de John Powell qui brille par son originalité et sa subtilité.

Barbe Noire se trouve dans une pièce, en tête-à-tête, face au jeune Peter. Au début de cette scène, dans un silence de mort, est tout juste audible le bruit d’une horloge, bruit qui s’efface avant d’être repris subtilement par cette composition où Powell adopte une rythmique cyclique qui sera en filigrane sur la quasi-totalité du morceau. Ainsi, différents instruments à cordes sont joués dans le temps ou à contre-temps, immuables, par des coups secs faisant penser aux déplacements de l’aiguille d’une horloge. C’est l’une des vocations de ce morceau : sous-entendre la notion de temps dans un dialogue entre 2 protagonistes réputés être hantés par l’idée de vieillir…

Mais le but principal de ce titre se dévoile avec les mélodies qui apparaissent au premier plan, qui, elles, suivent majoritairement le jeu d’acteur de Hugh Jackman quand elles ne dépeignent pas la terreur dans les yeux de Peter (1:52 – 2:16). Exécutées aussi aux cordes, ces phrases musicales génèrent une ambiance sinistre, morose et renforcent la menace qui pèse sur le jeune garçon, d’ailleurs particulièrement vulnérable à ce moment-là.

À vrai dire dans cette compo les mélodies lyriques auraient été suffisantes, vu que dans cette scène la musique devait restée très discrète. Mais John Powell y a rajouté un petit plus, un engrenage rythmique sous-entendant l’aspect temporel et apportant malicieusement à ce morceau une grande touche d’originalité, voire une identité mémorable. Une manière habile d’exprimer sa musicalité sans gêner et aussi une manière pour ce compositeur un brin sous-côté de vouloir remettre les pendules à l’heure…

Didier Bianay

bianaydidier.com

Et pan !

Coup De Cœur

John Powell

John Powell

Maintenir une haute vivacité longtemps, sans être répétitif, telle est la difficulté qu’un compositeur peut avoir à affronter quand une scène d’action s’éternise. À moins de varier encore et encore… C’est ce que John Powell fait magistralement avec la piste numéro 3 de la BO de Pan, intitulée Kidnapped/Galleon Dog Fight. Efficace, car en 5 minutes elle exploite les codes de la musique d’aventure en y ajoutant quelques friandises.

Tout d’abord John Powell utilise une recette classique dans son orchestration. Sur une formation d’instrumentistes conséquente il emploie les cors et trombones pour donner de l’ampleur, les trompettes pour donner de l’éclat et du triomphalisme, et les cordes pour donner de la vélocité et de la tension. Je dirais même que ce dernier groupe d’instruments passe par tous les états du grave à l’aigu, de phases transitoires extrêmement complexes et furtives à des marquages de temps forts simples et appuyés, en passant par des rythmes occasionnels. Le rythme on y vient, c’est la cerise de ce gâteau.

Après une intro calme, des percussions brillantes, fluides voire flottantes deviennent la colonne vertébrale autour de laquelle s’enroule une véritable frénésie musicale. On distingue 4 rythmes dans le morceau, en comptant un appel à un beat des balkans lorsque l’orchestre se met aux couleurs de l’Europe de l’est (de 2:53 à 3:17) ; tiens comme semble l’être le Jolly Roger avec son drapeau bleu, jaune, rouge… Déjà impressionnant au niveau de son orchestration très vivante, la compo en devient catchy grâce à cette rythmique quasi-omniprésente, qui se fond bien à l’orchestre tout en palliant à ses quelques baisses de régime.

Kidnapped/Galleon Dog Fight est dans le droit fil du concept de la BO de Pan où les percussions font plus que de la figuration face à un orchestre souvent excité. Elle montre aussi tout le talent d’un John Powell qui, décidément, aime se compliquer la vie ; l’incontournable qualité des grands compositeurs.

Didier Bianay

Concernant Sam Smith c’était écrit

Coup de Cœur

Sam Smith

La surprise Sam Smith ! Oui, peu de bookmakers auraient parié sur Sam Smith pour la chanson originale de 007 Spectre, ne serait-ce il y a 10 mois, lorsque Thomas Newman se voyait déjà attribuer la BO du film. En effet, dans la tradition bondienne la chanson originale est très souvent réservée à la star du moment et on peut citer dans le passé Shirley Bassey (Goldfinger – 1964), Duran Duran (Dangereusement Vôtre –  1985), Sheryl Crow (Demain Ne Meurt Jamais – 1997), Madonna (Meurs Un Autre Jour – 2002) ou plus récemment Adele (Skyfall – 2012). Un privilège, un gage de consécration, mais aussi un exercice périlleux tant il peut être angoissant de composer pour une chanson mondialement attendue ; alors quoi de mieux qu’un artiste mondialement infuent ? La règle semble implaccable mais il y a eu des exceptions se nommant Gladys Knight, Rita Coolidge, Chris Cornell, et désormais il faut y ajouter Sam Smith.

Pourtant plusieurs attributs de ce jeune artiste de 23 ans en faisaient déja un bon candidat. Véritable révélation de l’année 2015, il a fait un carton avec les tubes Stay With Me et surtout I Know I’m Not The Only One. Peu s’en rappellent mais c’est aussi sa voix que l’on entend dans les tubes La La La et Latch, respectivement de Naughty Boy et de Disclosure. C’est en fait au bout de 7 ans de carrière, soit en 2014, qu’il a commencé à connaître personnellement le succès en récoltant depuis 4 Grammy Awards ou encore 3 Brit Awards. Mais outre son palmarès grandissant c’est aussi la personnalité de ce crooner bien british qui s’avère assez tentante, de même que sa maturité musicale. C’est d’ailleurs par cette dernière qu’il a su capter l’essence de l’univers de James Bond en proposant un single amplement élégant et dramatique qui se fondera bien à la BO de Spectre, le tout sans se trahir lui-même.

Vu le départ canon du single, on peut déjà dire que la saga James Bond se rappellera que Sam c’est celui qui ne s’est pas planté malgré son jeune âge. Avec une approche traditionnelle et classe et grâce à sa voix de grande classe, il peut voir poindre avec Writing’s On The Wall le spectre d’un succès à venir tant dans les charts que lors des grandes cérémonies de la Musique et du Cinéma, sans surprise cette fois-ci.

Bianay, Didier Bianay

Menace (très) pesante…

Coup de Cœur

Michael Giacchino

Michael Giacchino

Dans le style ambiance angoissante j’ai retenu cette compo de Michael Giacchino intitulée Bury the Hatchling. Introduisant la BO de Jurassic World, cette subtile partition possède une juste dose de musicalité.

Mettre une ambiance musicale bien flippante sans faire un désastre demande une sacrée précision d’écriture. Alors le maestro Giacchino altère tout d’abord l’harmonie. En effet, le thème de L’Indominus Rex multiplie des mouvements peu lumineux et froids tels que des secondes mineures, des tierces mineures, des quartes et des quintes mineures, dans une gamme qui n’est finalement ni majeure ni mineure… Déroutante pour les oreilles, peu élégante sur le papier, la trame mélodique ne reste heureusement jamais toute seule mais est toujours soutenue soit par du sound design, soit par des tenues de notes ou d’accords atonaux ; des arrangements secondaires pas plus réjouissants mais qui s’avèrent cruciaux car apportant un enrichissement minimal et une tension adéquate.

Le caractère un peu rêche de l’harmonie se voit de plus adouci par une interprétation majoritairement douce, une manière de jouer introvertie qui va de pair avec le sentiment d’effroi, de crainte d’un danger non explicite mais palpable. C’est d’ailleurs pour s’en tenir à une menace pesante qu’aucun instrument n’emballe vraiment la dynamique du morceau.

Avec en prime des grincements et trémolos de cordes et des violents coups de percus imprévisibles, Bury the Hatchling rassemble bien les codes de la musique d’effroi mais n’en devient pas effroyable, et pourtant il s’en faut toujours d’un pas… Malgré des phrases mélodiques volontairement peu sexy, le compositeur trouve un équilibre musical grâce à un accompagnement sombre, omniprésent et complémentaire. Le tout atteint bien son but : ne pas nous rassurer…

Didier Bianay

Problème de taille ?

Coup De Cœur

Christophe Beck

Christophe Beck

La taille compte-t-elle ? Alors je ne vais pas parler de X mais plutôt de la musique thème XXL que Christophe Beck a imaginé pour Ant-Man. Surprenante ? Pas tant que ça. Détails :

L’approche du compositeur est tout d’abord humoristique, car l’introduction timide et fluette ne laisse en rien présager de l’énormité sonore qui arrive derrière. Et dès que sont assenés les premiers coups de boutoirs de l’orchestre on se demande alors : Pourquoi une ambiance aussi massive pour un si petit héros ? 2 explications à cela.

Premièrement, il faut compenser. Pourquoi je dis cela ? Parce qu’il y a une dimension culturelle sur l’image que l’on se fait d’un super-héros ; grand, fort, avec des capacités physiques hors du commun etc. Bref pour Ant-Man, l’un des héros Marvel les moins connus, on a plutôt pensé à une musique qui n’insisterait pas davantage sur sa petite taille pour ne pas le décrédibiliser… C’est pourquoi Christophe Beck réalise un contrepoint à l’image par ce thème féroce, pour compenser, et aussi pour renforcer l’impression que le spectateur perçoit du héros. Ce procédé audiovisuel, cher à Desplat, reste tout de même assez rare dans le Cinéma.

Ensuite, le compositeur veut aussi par cette musique décrire la force intérieur d’Ant-Man, qui doit s’armer de courage pour sauver le monde et sa famille. Parfois brutal mais toujours héroïque, ce personnage méritait bien l’agitation d’un orchestre. Beck soulignent alors ses caractéristiques en laissant dominer des instruments puissants tels les trompettes, les trombones, les cors, les tubas, et les cymbales, et ce, sur un orchestre très fourmi fourni. Il va même jusqu’à renforcer l’impact de son orchestration sur les refrains en mettant tous les instruments sur la même rythmique, effet garanti…

Non Christophe Beck ne s’est pas trompé en réservant ce thème a l’homme-fourmi, il a plutôt vu juste. Avec un orchestre massif et brutal il a correctement souligné à quel point ce super-héros n’est pas du genre à se faire tout petit face aux défis…

Didier Bianay