Première Écoute : La BO de « Mary and the Witch’s Flower »

(n°773)

Première Écoute

Takatsugu Muramatsu a pleinement fait honneur au prometteur Mary and the Witch’s Flower en proposant une bande-son mélodieuse au concept sonore affirmé. Une vraie réussite !

Musicalité brillante

Lorsque l’on commence à écouter la BO de ce film d’animation c’est la première chose qui frappe, la richesse musicale. En effet Muramatsu avait préparé en amont des thèmes très mélodiques et les a magnifié tout au long de sa partition. Il est même allé plus loin en les détournant occasionnellement pour leur donner des couleurs différentes ou même les rendre méconnaissables ; le témoignage d’une grande maîtrise technique pour notre plus grand plaisir. Car « plaisir » est bien le mot à employer pour cette BO enchanteresse qui se passerait de l’Image pour être écoutée comme un album. Et elle ne manquera pas de plaire à un public occidental par un style harmonique familier. En même temps cela va de pair avec la configuration des instruments qu’il a choisi.

Orchestration éclairée

Et le choix a été d’opter pour un panel d’instruments purement occidentaux et symphoniques, mais sa manière de les utiliser a été judicieuse puisqu’il a donné plus ou moins la parole à une grande quantité d’instruments. Voulant orienter son concept musical vers une ambiance lumineuse et féérique pour ce dessin animé fantastique, le compositeur a choisi de mettre en exergue le célesta, le marimba, la harpe et surtout le hammered dulcimer joué par le talentueux Joshua Messick. Le piano est le plus souvent orienté médium et aigu et apporte une tendresse à chaque apparition. Les cordes apportent lyrisme et rythme aventurier mais ont un rôle légèrement moins prédominant. Ce qui est intéressant est aussi l’utilisation minimale des chœurs et cuivres, pourtant 2 des familles de l’orchestre réputées les plus puissantes. Mais Muramatsu garde très souvent les voix en fond pour amplifier l’aspect féérique et feutrer les harmonies, tandis que les cuivres se font entendre par touches ou pour renforcer en sourdine les passages les plus intenses. Enfin la faible présence des percus graves confirme une volonté explicite chez Muramatsu de ne pas verser dans le Big Sound mais plutôt de garder de bout en bout un caractère modéré ou intimiste.

Par son orchestration bien définie et intelligente Takatsugu Muramatsu a imprimé un style sonore identifiable au film d’animation, le pilier d’une bande-son. Il a agrémenté ces fondations musicales par des encadrements harmoniques magiques et une chapente mélodique mémorable pour signer sans conteste l’une des toutes meilleures BO de l’année.

Didier Bianay

bianaydidier.com

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Première Écoute : La BO des « Enfants De La Chance »

(n°678)

Première Écoute

les-enfants-de-la-chancePour sa première BO de long métrage Adrien Bekerman a frappé fort en proposant un travail particulièrement mélodieux. Entre nostalgie lyrique et noirceur ponctuelle, il n’a pas manqué d’apporter une approche intelligente sur des pistes plus joyeuses.

Perfusion lyrique et mélancolique

À entendre le morceau Solitude, on sent déjà que ça commence bien, car ce morceau d’ouverture qui expose un des thèmes principaux est particulièrement réussi. Mais il n’est qu’un apercu des excellentes séquences lyriques qui suivront dans les morceaux Arrivée À L’hôpital, Madeleine, Les Histoires Du Dortoir, Flashback, Adieu Samuel et Tante Regina. Le plus souvent Adrien Bekerman utilise piano et violons pour illustrer un lyrisme plutôt mélancolique ou innocent. Le compositeur donne aussi quelques places à la clarinette dans le même but lorsque de fréquentes tenues de violons sont plutôt bonnes à illustrer un certain dramatisme, et que dire des remarquables jeux larmoyants de ces instruments à cordes dans La Rafle. Dans l’ensemble la BO atteint rarement une forte intensité malgré l’orchestre de Paris ; normal cette intrigue basée sur la tendresse et la bonté milite peu pour des envahissements de sonorités massives et s’allie plus à un style sentimental très français, que Bekerman a fièrement retranscrit. 

Diagnostic intelligent

Les Enfants De La Chance rentre plutôt de la catégorie Dramédie, entre Drame et Comédie, un genre cinématographique qui peut faire passer du rire à la tristesse en peu de temps. On trouve dans la BO plusieurs compositions courtes qui auraient pu desservir le compositeur s’il n’avait pas suffisamment d’imagination et de diversité musicale pour donner à chacune d’entre elles un univers très marqué, plus ou moins gai, capable de souligner fortement certaines scènes importantes du film ; c’est particulièrement le cas dans le précité La Rafle et aussi dans Occupation qui ramènent bien à la dure cruauté de l’époque quand, à l’inverse, Évasion semble jouer ironiquement avec les codes et arpèges des films d’espionnage et d’aventures. On trouve aussi dans cette bande-son quelque chose d’intelligent dans l’utilisation de l’accordéon, volontairement imparfait et enfantin dans la chanson-thème Chanson Du Dortoir et dans ses dérivées, Les Carottes, Je Guérirai et Les Bergers Allemands. Mais la perfection de l’imperfection est pleinement atteinte dans les irrégularités rythmiques judicieuses de La Valse Du Bourré ponctuées d’un accord bien brouillon conforme au contexte. Elle est aussi là la force de la partition d’Adrien Bekerman, de savoir suivre un contexte à la trace, ce qui donne à la musique du film une grande variété de tons et un certain réalisme finalement.

Les 40 minutes de la BO de ce compositeur passent bien ma foi, nous montrant la large étendue de ses capacités, et ce dès son premier long métrage ; et ce n’est pas la chance du débutant vu son passé studieux et ses expériences au service de compositeurs respectés. Un premier long métrage qui ne sera sans doute pas le dernier et je serais pas étonné de voir le petit dernier faire partie des premiers dans la course au César de la meilleure musique alitée musicalité.

Didier Bianay

bianaydidier.com

Première Écoute : La BO de Star Wars 7

Première Écoute

star wars 7 pochetteJohn Williams revient en force avec cette BO du 7ème opus de la saga Star Wars, en restant fidèle au style musical de la franchise.

Précis, versatile, complexe et… bien trippant

Ce n’est pas de la musique au mètre mais de la musique au millimètre que nous propose là John Williams, le compositeur ayant été hyper précis non seulement au niveau du timing mais aussi au niveau émotionnel, afin de se soustraire avant tout à l’image. Ce qui explique le caractère extrêmement versatile des compositions d’action, versatilité qui est maîtrisée par une adresse d’écriture indéniable. Et il fallait bien être adroit pour organiser les phases très agitées des morceaux les plus tourmentés tels I Can Fly Anything, The Falcon, The Rathtars !, The Ways Of The Force, Sherzo For X-Wings et The Jedi Steps And Finale avec en prime des rythmiques occasionnellement indépendantes entre groupes d’instruments… Bref un sacré casse-tête dont Williams a le secret, incité qu’il fut par le réalisateur J.J. Abrams qui lui a donné pratiquement carte blanche : « Just do your things ». 4 mots qui signifient des centaines d’idées dans l’imagination fertile de ce taulier de la Musique de Film de 83 ans… Ce dernier a même avoué ne pas avoir eu à relire ses anciennes partitions, faisant juste appel à sa longue expérience dans la musique d’aventure ; et l’aventure il nous l’a bien fait sentir, ses mitraillements de cuivres rendant certaines scènes de bataille excitantes, voire même jouissives.

Saveurs d’antan et nouveautés croustillantes

La BO de Star Wars 7 renoue avec les grandes partitions anciennes de l’âge d’or de la Musique de Film. Mais il était aussi important pour le compositeur qu’elle renoue surtout avec les partitions des épisodes précédents en gardant quelques anciens motifs mélodiques comme celui de Leïa, de Han et Léia, de la Force ou encore le Rebel Fanfare, ce sont ceux qui reviennent le plus, sans oublier évidemment le thème principal de la saga. Mais qui dit Star Wars 7 dit nouveaux personnages, et qui dit nouveaux personnages dit aussi nouveaux thèmes et à ce niveau-là John Williams a aussi fait un boulot satisfaisant, avec tout d’abord le thème de la nouvelle héroïne Rey qui oscille toujours entre courage et sensibilité lyrique. La mélodie révolutionnaire développée dans l’excellent March Of The Resistance n’est pas en reste non plus car très engagée et très reconnaissable. Ce dernier attribut est très important et le fait qu’il manque au thème du cruel Kylo Ren le prouve. En effet dans une BO qui, comme celles d’antan, comporte beaucoup d’arrangements très mélodiques, ce thème peu évident a du mal à émerger sauf à grands renforts de cuivres graves et écrasantes, mais aussi est moins mémorisable et mémorable que celui de son grand père Dark Vador. Enfin les 77 minutes de musique laisse aussi entrevoir quelques belles envolées lyriques et dramatiques avec bien-sûr un bon travail sur les bois pour la touche tendresse, le tout sans faire appel à aucun synthétiseur, ce qui est aussi un attachement au style old school ; mais l’orchestration est tellement diversifiée et subtile qu’on les oublie complètement.

L’empereur John Williams a donc tué tout le monde avec cette BO de Star Wars 7, grâce à une technicité nullement égalée cette année. C’est aussi un retour aux grandes partitions à l’ancienne et une large victoire du tout-symphonique, de quoi bien terminer l’année pour les amateurs de musiques de films et bien commencer l’année suivante pour le compositeur, sa côte aux Oscars étant à 1/1…

Didier Bianay

Première Écoute : La BO d’Ant-Man

Première Écoute

ant manPour Ant-Man, Christophe Beck réalise une partition puissante, excitante et subtile, avec une teinte rétro que les amateurs de musiques de films ne manqueront pas d’apprécier.

Une puissance indéniable

La puissance voilà ce qui ne tarde pas à se dégager de la BO d’Ant-Man, précisément sur le Main Theme. Dans un article j’avais parlé de son utilité en tant que contrepoint à l’image et en tant que descriptif de la force intérieure du héros. En fait, Christophe Beck amplifie tout d’abord une recette classique en s’équipant d’une forte section de cuivres graves qu’il couple avec des percussions symphoniques ou rock bien musclées. De manière générale, sur l’ensemble de la BO le mixage est aussi dédié à la puissante avec une compression audio poussée, mais sans excès, qui rend encore plus impressionnants les déchaînements d’un orchestre massif et apporte de la présence à des passages plus discrets. Enfin, des trompettes viennent apporter l’effet triomphant et brillant qui sied bien au coté héroïque du long métrage.

Un dynamisme rétro

Ce qui a mit la puce à l’oreille d’un Christophe Beck rompu aux comédies, c’est l’humour très palpable du film, une des qualités le distinguant des autres productions récentes des studios Marvel. C’est pour cet aspect que le compositeur réserve quelques pistes déjantées et mémorables tels Ant 247, et Tales Of Astonish. Scott Surfs On Ants est tout aussi loufoque mais se trouve plus au service de l’action. Malgré sa courte durée il intègre d’autres ingrédients dynamiques que l’on retrouve régulièrement dans cette bande son tels des cordes haletantes, des roulements de congas et la rapidité d’une grande variété de percussions, tout ceci nous projetant dans la musique d’hold-up ou d’ancien James Bond. Cette teinte générale ancienne, parfois funky, tranche avec des sonorités électroniques plus futuristes et très minoritaires ; bien éloignée du concept original que le compositeur a avoué purement électronique.

Un lyrisme subtil

Bien que la BO soit menée tambours battants, Beck se devait de décrire la double relation père-fille que l’on trouve dans le film, 2 familles à recomposer, avec ce que leurs histoires impliquent comme tristesse, nostalgie et tendresse. Dans ce registre non plus il n’a pas failli et propose tout au long de sa partition quelques belles ponctuations lyriques disséminées ça et là et surtout dans le cafardeux Your Mom Died Hero. L’orchestration fourmillante de Tiny Telepathy et la piste Small Sacrifice viennent accompagner des scènes pas évidentes à mettre en musique, mais c’est pourtant à ces moments que Beck créé une alchimie particulièrement magique entre la musique de l’image.

Malgré les multiples facettes de la BO d’Ant-Man, on constate donc une certaine cohérence due à une domination de la puissance et à une volonté d’opérer une rotation significative et judicieuse dans une instrumentation vaste et typée. Une bonne recette pour ne pas égarer et lasser l’oreille, avec l’efficacité mélodique et harmonique en prime pour la combler.

Didier Bianay

Première Écoute : La BO de « 50 Nuances De Grey »

Première Écoute

50 nuances de grey 2Pour la BO de 50 Nuances De Grey, Danny Elfman séduit en la jouant sexy, et ténébreux. Analyse :

Le choix d’un concept moderne…

La fidélité c’est important lorsqu’il s’agit de marier les images d’un film à sa bande son, autrement dit : lorsqu’un compositeur part sur un concept il doit s’y tenir jusqu’au bout. Alors pour cette romance à l’érotisme exacerbé Danny Elfman a préféré partir sur de la musique d’ambiance, romantique et moderne. Il confère le premier rôle à un piano mélodiquement limité, souvent accompagné de cordes symphoniques et autres guitares et synthés. Voulant à la base un score plutôt sombre, il donne aussi sa part à la basse ainsi qu’à un sound design intéressant et un mixage orienté vers le médium grave. Mais pour faire avaler la pilule, le compositeur se devait de travailler au-delà d’une instrumentation très occidentale et assez attachée aux romances contemporaines de ces dernières années. Et c’est par l’utilisation de ces instruments qu’il réussit à proposer une BO qui interpelle tout en murmurant ses subtilités.

… sophistiqué, sensuel et sombre

Le thème principal Shades Of Grey est l’une des compos les plus courtes mais se trouve être la meilleure (comme quoi la taille…). Mais outre sa qualité, elle donne le ton et l’on se demande de suite où serait l’efficacité de ce piano romantique et frivole sans le jeu complice des violons, ces derniers affichant des tenues magnifiques et des motifs hypnotiques, incisifs ou pénétrants. C’est un exemple que l’on peut étendre à tous les instruments, car il est amusant de constater pendant près d’une heure la simplicité des partitions de chaque instrument lorsqu’ils sont pris isolément et la sophistication harmonique qu’ils proposent lorsqu’ils se trouvent mélangés, voire brouillés, donnant une sensation d’envoutement plus ou moins affirmée. Cette technique d’orchestration dépeint bien aussi la confusion sentimentale que connaissent les protagonistes d’une romance troublante. Soutenue discrètement par une basse rampante et sensuelle, la partition se veut assez planante et aussi sombre, cachant subtilement son jeu comme le thème assez confus d’Ana dans Ana’s Theme. Mais loin d’être monotone elle s’épanouit régulièrement aussi, exhalant des bonnes envolées d’intensité parfois rehaussées d’un set de percussions élégant et raffiné.

Avec la BO de 50 Nuances De Grey, Danny Elfman propose donc une partition de musique d’ambiance moderne, évoquant sensualité, sobriété et noirceur. Mais le coup de maitre du compositeur réside dans une harmonie feutrée, et une orchestration nuancée et complexe qui nous plongent bien dans l’univers d’une romance chaudement tourmentée.

Didier Bianay

Première Écoute : La BO de « Exodus : Gods And Kings »

Première Écoute

exodus pics soundtrackSi Exodus : Gods And Kings semble s’être noyé dans une mer, rouge de critiques négatives, sa BO a été sauvée des eaux. Détails : 

Des orchestrations pharaoniques

79 minutes de musique et point de désert musical. Cette BO très riche, recèle même des morceaux particulièrement complexes et vifs, dans le style épique. Ce style étant le point faible d’Alberto Iglesias, le compositeur espagnol s’est vu entouré de Harry Gregson-Williams et de Federico Jusid qui y sont plus à l’aise, tandis qu’Alberto Iglesias a plutôt travaillé les sonorités et les ambiances plus lyriques voire intimistes. Les 2 complices d’Iglesias ont fait parler la poudre surtout Harry Gregson-Williams qui signe les 2 morceaux les plus épiques et les plus denses musicalement, (Hittites Battle et Tsunami). De son côté Federico Jusid a aussi fait valoir son sens de l’exaltation musicale avec The Coronation, Ramses Retaliates, Ramses’ Orders, Lamb’s Blood et The Chariots. Des compositions additionnelles impressionantes qui vont dans le sens du côté spectaculaire et grandiose que Ridley Scott aime donner à ses films, Exodus : Gods and Kings n’y échappant pas. Mais pour la touche émotive, majoritaire dans le film, Ridley Scott a bien fait de recruter Iglesias, un compositeur au style musical hautement émotif et captivant. Et c’est par lui que la BO prend une identité plus qu’intéressante.

De l’émotion s’il vous plaies !

« …ce qui se prépare nous dépasse tous les deux ». J’ai retenu un bout de phrase de ce film pour ce qui suit. En effet, les tourments psychologiques que connaissent Moïse et Ramses sont bien perceptibles dans la BO car Alberto Iglesias a fait la part belle à des instruments solistes typiques du Moyen-Orient (duduk, kamânche, flûte ney) qui placent des solos exprimant isolement mental et méditation, lorsque certains solistes vocaux ne se mettent pas littérallement à gémir. Ces types d’interventions sont très courants dans la bande-son et on les retrouve notamment sur les pistes Alone In The Desert, Exodus, Moses And Nun, Animal Death, Ramses Own Plague, Journey To The Village et les très sombres Into the Water et Sword Into Water. Le compositeur tenait tant à ses solistes qu’il a même triché au mixage de The Chariots, faisant un kamânche submerger un orchestre nerveux… Mais outre ce travail typé sur les solistes Alberto Iglesias nous réserve aussi des passages lyriques orchestraux sublimes sur Returning To Memphis, Goodbyes, The Ten Commandments, tout en faisant émerger le thème héroïque de Moïse et le thème menaçant de Ramses à partir du milieu de la BO, comme pour démarquer clairement les 2 protagonistes désormais ennemis. Enfin, il ne faut pas oublier ses quelques clins d’œil à la musique de péplums des années 50 (Leaving Memphis), des clins d’oeil qui n’ont aucun mal à se fondre dans cette BO qui sonne tout de même contemporain finalement, avec un mélange inégal de percussions orientales et de percussions tribales modernes, et un mastering un peu trop propre, mais bon…

Avec la BO de Exodus : Gods and Kings, Iglesias et ses 2 serviteurs livrent un travail complet, à travers sa forte teinte moyen-orientale, ses magnifiques arrangements orchestraux épiques ou lyriques et une exploitation très émotionnelle des solistes, procurant la sensation d’un équilibre musical judicieux et juteux.

Didier Bianay

reydarts.fr

Première Écoute : La BO de « Dragons 2 »

Première Écoute

dragons 2Pour le deuxième volet de la saga Dragons, John Powell se surpasse pour composer une BO de feu. Un festival !

La théorie de l’évolution

« Please don’t temp it with the first music », telle fût la requête de John Powell à l’adresse du réalisateur Dean Deblois lors d’un dîner précédant la réalisation de Dragons 2. Comprenez par là que le compositeur ne souhaitait pas que le second volet soit fait en se calquant sur la musique du premier, bien que fait par Powell lui-même. Et à sa grande surprise Dean Deblois s’est abstenu. Une première bonne nouvelle pour un John Powell qui tenait à avoir du champ pour faire évoluer la bande son de la saga, tant au niveau de la modulation orchestrale qu’au niveau de l’identité sonore, et c’est bien ce qu’il fit. Car bien qu’il utilise une majorité de thèmes empruntés à la BO du premier épisode celle de la suite vole largement plus haut. Tout d’abord moins « cartoon », le travail musical de la saga a été porté à maturité comme le personnage principal de ce film d’animation. Plus grandiose, plus féérique par des incursions plus fréquentes des chœurs, elle gagne davantage en puissance par des cuivres plus grasses et autoritaires. Concernant le panel d’instruments, il est cette fois-ci plus large et utilisé de manière plus hétérogène, avec notamment des instruments celtes qui s’invitent plus régulièrement (flûtes, cornemuse, harpe). Un enrichissement et une réorganisation de l’instrumentation qui lui ouvrent d’autres possibilités, tout comme le délai de composition plutôt cool que lui ont accordé les studios Dreamworks. Un bon contexte qui permit à l’imagination fertile de John Powell de faire des ravages.

John’s Power

Souhaitant faire mieux que son travail sur le premier épisode, John Powell n’y est pas allé de main morte avec une partition virtuose et versatile. Du calme plat à des déploiements orchestraux phénoménaux, il livre là un travail d’écriture plus affiné et mieux maîtrisé, même lors de passages extrêmement complexes et virevoltants ou lors de fulgurances incroyables, à croire que l’ombre de John Williams planait au-dessus de l’Abbey Road Studios. Au niveau de la mélodie et de l’harmonie il est intéressant de constater des emprunts au mode dorien (avec modération) qui confère naturellement un style harmonique médiévale. Pour Powell « variation » est le maître mot et « ambition » y est souvent associé. C’est d’ailleurs le morceau d’ouverture Dragon Racing qui met en évidence tout se que je viens de citer avec quelques passages assez puissants, pareil pour Hiccup; the Chief, Toothless Lost, Toothless Found et surtout sur les feux d’artifices musicaux que constitue Two New Alphas et Battle of the Bewilderbeast . À l’inverse Together We Map the World, Valka’s Dragon Sanctuary, plus calmes, dégagent de fortes émotions féériques et nostalgiques alors que Meet Drago souffle l’inquiétude par son thème mélodique morbide. Au fil des pistes l’énorme talent de John Powell se montre avec sa capacité de varier les émotions et les arrangements avec les mêmes thèmes, ainsi le très triste Loosing Mom n’échappe pas à la règle mais échappe à notre soif de nouveauté. Et toujours dans l’optique de varier, John Powell s’est entouré de Jónsi  pour composer For the Dancing and Dreaming ; une chanson médiévale à but nostalgique par laquelle Stoick se rappelle aux bons souvenirs d’une femme qui l’a tant manqué, « une chanson qu’ils chantaient communément pendant leurs jeunesses », selon les dires de Powell.

C’est à croire donc que le compositeur britannique a pensé à tout, tant cette BO sentant bon l’aventure nous fait passer par toutes les émotions. Très complète, elle l’est aussi par une instrumentation variée qui multiplie la puissance émotive de l’orchestre quand elle ne multiplie pas la puissance sonore d’une BO stra-tos-phé-rique !

Didier Bianay

reydarts.fr

Première Écoute : L’album de Rio 2

rio2Première Écoute

Un rayon de soleil musical, voilà ce que nous propose une pléiade d’artistes composée de Janelle Monaé, Bruno Mars, Anne Hathaway, Philip Lawrence, UAKTI ou Carlinhos Brown dans un album de Rio 2 aux consonances brésiliennes affirmées et confirmées.

L’accent brésilien…

Si Rio 2 enregistre un très bon départ au Box Office, son album tropical devrait approcher le succès de celui de Frozen dans les Charts. En guise d’introduction on y trouve le contagieux What Is Love, un bon choix tant ce morceau apporte une humeur festive, dopée par la voix limpide et perçante de Janelle Monaé. C’est aussi sur cette piste que la touche brésilienne fait subtilement son entrée, pour s’affirmer progressivement sur cette bande son, notamment grâce à des emprunts à la samba (Ô VidaI Will Survive, Bola Viva) et à sa dérivée la Batucada (Batucada Familia, Beautiful Creatures).

… la caricature en moins…

Mais ce qui frappe avant tout dans cet album très tourné donc vers la culture brésilienne, c’est que cette dernière n’y est justement pas caricaturée. Pour cause, les producteurs Sergio Mendes et Carlinhos Brown ont appelé Nina De Freitas, Barbatuques, Milton Nascimento, Flavia Maia et surtout le groupe UAKTI, très présent sur l’album et encore plus sur la BO de Rio 2. Des artistes du cru venus évidemment avec leurs instruments fétiches, des percussions massives de la Batucada, à la petite guitare « Cavaquinho », donnant déjà un fond authentique à l’album. Mais bien décidés à y ajouter aussi la forme, ces artistes indigènes ont une présence très remarquée au niveau de l’interprétation, accompagnant, et parfois même, chantant dans leur propre langue. De son côté Carlos Saldanha a misé sur John Powell qu’il a côtoyé sur L’Âge de glace 2, 3, 4, Robots et Rio. Ce compositeur, toujours avare de nouveaux horizons culturels, ajoute une teinte cinématographique à l’ensemble, avec une grande intelligence.

… et l’application en plus

Le Brésil a pas mal inspiré tout ce collectif d’artistes, c’est le moins que l’on puisse dire tant leurs engouements se perçoivent dans leurs manières de jouer, d’improviser ou d’interpréter les chansons. Les refrains sont terriblement efficaces, les harmonies sont riches et soignées et les enchaînement d’accords assez colorés comme sur les plages les plus dynamiques tels Beautiful Creatures, Batucada Familia et les 2 versions de It’s A Jungle Out There, et de What is Love. Bola Viva non plus n’est pas en reste mais brille plutôt pour son caractère très festif et des arrangements orchestraux impressionnants et un poil jazzy, concoctés par John Powell. Ce dernier s’est aussi bien occupé des morceaux plus calmes en y ajoutant ses touches symphoniques qui se fondent habilement dans les ambiances tendres et magnifiques de Welcome BackFavo de Mel, Don’t Go Away, laissant pleinement s’exprimer les interprétations respectives de Bruno Mars, Milton Nascimento, Anne Hathaway et Flavia Maia. Mais que dire de celle de Kristin Chenoweth, magistrale dans Poisonous Love, un Boléro-Classique loufoque qui nous détourne vers l’ambiance théâtrale de Broadway. Outre ce Boléro-Classique une autre influence sud américaine se manifeste sous forme de Salsa dans Rio Rio et la version acoustique de It’s A Jungle Out There, complétant cette panoplie de styles musicaux aux senteurs tropicales.

L’album de Rio 2 est donc une très bonne surprise, qui plaît de 7 à 77 ans. Grâce à un collectif multi-culturel visiblement inspiré et emballé par le projet, les influences brésiliennes n’y sont pas singées, mais plutôt saluées avec bRio.

Didier Bianay

reydarts.fr

Première Écoute : La BO de « La Voleuse De Livres »

la-voleuse-de-livresPremière Écoute

Tendre et aussi dramatique, la BO du film La Voleuse de Livres est assez réussie, partant logiquement favorite dans la course à l’Oscar de la meilleure bande originale.

Ayant beaucoup apprécié La Voleuse de Livres, le roman de Markus Zusak dont le film est inspiré, et ayant eu vent d’une adaptation cinématographique, John Williams s’est proposé personnellement au réalisateur Brian Percival pour réaliser la bande originale de son long métrage. Une nouvelle qui a surpris par le fait que John Williams se soit détaché de Steven Spielberg pour la première fois depuis 2005, du moins en ce qui concerne le cinéma. Et pour son seul gros projet cinématographique de l’année 2013, il a composé une BO qui se révèle un bon cru de 52 minutes, qui s’apprécie de plus en plus avec le temps…

Tendresse et innocence enfantines …

John Williams a mis en place une instrumentation particulière, choisissant en guise d’instruments principaux ceux appartenant au registre Classique (violoncelles, altos, violons, piano, clarinette, flûte, harpe) mais aussi possédant des timbres fragiles, plus aptes à exprimer la sensibilité et l’innocence. En ce qui concerne les cuivres elles sont quasi inexistantes. Et parmi tous les instruments, et sur l’ensemble de la BO, c’est bien le piano qui domine ; c’est d’ailleurs le premier instrument que l’on entend sur i One Small Fact, le premier morceau. C’est sur cette même piste que sont exécutés les thèmes principaux qui reviennent très souvent par la suite. Très tendre i One Small Fact donne le ton avec une harmonie un peu froide mais terriblement attendrissante ; clarinettes, harpe, flûte prennent le relais toujours dans cette même tendresse enfantine et innocente pendant 52 minutes. Ce n’est qu’à partir de la piste 9 dénommée Max and Liesel que l’on s’aperçoit que John Williams a aussi réservé un très joli thème à Max, thème que l’on retrouve dans The Departure of Max, Max Lives et Finale. The Snow Fight et Foot Race font encore plus ressortir les bons moments propres à l’enfance, l’émerveillement de la découverte n’y échappant pas et étant bien dépeint dans Ilsa’s Library, Learning to Read. Mais même ces deux dernières compositions n’affichent pas une humeur totalement gaie, le spectre tragique de la guerre ne pouvant être continuellement ignoré.

… sur fond de drames humains

La BO ne prend jamais un ton virulent même pour décrire l’angoisse dans Book Burning, mais la touche dramatique est pratiquement omniprésente et plus ou moins intense. Malgré une instrumentation et une orchestration qui pourrait être propres aux BO de films féeriques, John Williams esquive justement tout enchantement avec des arrangements aux harmonies froides, qui nous rappelle la dureté omniprésente et plus ou moins palpable de la guerre ; car il y a toujours ces notes malicieuses, ou ces brusques intervalles de notes, surprenant un peu l’oreille et ternissant légèrement les mélodies. Un travail de sape harmonique bien dosé que John Williams a donc dû réaliser pour rester dans le ton dramatique du film tout en maintenant une œuvre agréable à l’écoute, et qui témoigne aussi de l’extrême maîtrise du compositeur. Mais outre l’aspect harmonique, ce sont surtout les cordes (violons, altos, violoncelles) qui se chargent de la teinte dramatique générale de la BO, avec des interprétations modulantes et traînantes, qui leurs confèrent, du coup, des sonorités grinçantes et déprimantes. Poussées un peu plus dans cette optique, cela aboutit à des pièces très touchantes et sombres tels The Train StationRescuing the Book, Rudy is Taken.

John Williams a donc réalisé un bon travail sur cette BO et montre qu’il est un compositeur qui continue de surprendre même après plus de 60 ans de carrière. Bien que les  thèmes principaux reviennent très (trop ?) souvent, les arrangements complexes qui s’articulent autour sont tous simplement monstrueux. Un énorme travail qui s’écoute avec plaisir, les fans de Classique y trouveront leurs comptes et ceux de La Voleuse De Livres aussi, tant l’adéquation avec l’ambiance du film est indiscutable. Ça, les membres de l’Académie l’ont bien noté, reste à savoir si cette partition décrochera l’Oscar de la meilleure BO de l’année écoulée, verdict le 2 mars prochain.

Didier Bianay

reydarts.fr

Première Écoute : La BO de « All Is Lost »

All-Is-LostPremière Écoute

Une drôle de BO que celle de All Is Lost ! Composée par Alex Ebert, elle a récemment été élue meilleure bande originale aux Golden Globes 2014. La chance du débutant ? Une surprise ? Rien de tout cela finalement.

45 minutes d’errance musicale

All Is Lost raconte les mésaventures d’un marin à la dérive en plein océan Indien. Un film très psychologique où solitude, désespoir, oisiveté et morosité sont les maitres mots. C’était cela que devait faire ressortir Alex Ebert à travers cette BO sous les directives du réalisateur, J.C.Chandor. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne pouvait pas mieux réussir son coup avec, disons-le, de sacrées prises de risques. Car pour nous faire sentir la torture psychologique que produit une telle mésaventure, Alex Ebert agit significativement dans 3 domaines de la composition musicale :

– L’instrumentation : elle est souvent assez pauvre, avec des instruments principaux livrés à eux-mêmes. Alex Ebert s’arme principalement de la flûte alto, de la guitare, et se fait entendre occasionnellement, tout comme les violons. Le piano, instrument banni par les souhaits du réalisateur, fait ses apparitions surtout lors du générique de fin, sur la musique thème du film, « Amen ». Les objets de cristal sont abondamment utilisés contrairement aux percussions, la notion de mesure temporelle étant largement écartée dans cette BO. D’autres instruments font des incursions incongrues et inopinées comme le xylophone, mais peu significatives.

– Les jeux des instruments : Alex Ebert tenait à la flûte alto et en a fait des usages intéressants. En effet on entend très souvent cet instrument, au son modifié, jouant ou poussant des sons ressemblant à ceux de cornes de brumes de navires ou de cris de baleine. Le jeu de la guitare est particulier à certains moment, égrenant des arpèges fluides avec modulation et de manières récurentes, comme des passages incessants d’houles océaniques (All Is Lost, Virginia’s Dream, Excelsior and the All Day Man ). Dans cette bande originale, les jeux des instruments sont majoritairement nonchalants, exprimant bien l’oisiveté à laquelle n’échappe pas un marin perdu dans l’océan ; oisiveté encore plus symbolisée par ces sifflotements et ces hmmm (Virginia dreams, Dance of Lilies, Somewhere In The Midnight of Summer) émanant d’Alex Ebert. Plus discrets, les objets de cristal ont toutefois une part assez importante du fait de leurs apparitions régulières sur l’ensemble de la BO. Ils évoquent bien les bruits audibles dans un bateau bercé par les flots, tout comme la contrebasse, en simulant régulièrement les grincements d’une coque.

– les arrangements : la mélodie (quand elle existe) tourne en rond ou bien erre sans but précis, sans rythme et est parfois noyée par des synthé avares et graves, installant une grande morosité. (Excelsior, The infinite Bleed, Pulse of the Weight). Les chœurs insistant dans Invisible Man jouent le même rôle, faisant aussi penser au Kalevala finlandais. Un des thèmes principaux de la BO, présent dans Excelsior et Excelsior And The All Day Man, est même terriblement descendant rajoutant une bonne touche de tristesse et de désespoir…

Un débutant qui a déjà tout compris

Alex Ebert, l’ex-leader du groupe Edward Sharpe and the Magnetic Zéros, en était à sa première BO pour un film, après une bande son réalisée pour un reportage, en 2009. Avec ce Golden Globe il réalise donc un départ en fanfare dans la Musique de Film, une réussite qui n’a rien d’hasardeuse car Alex Ebert a tout compris, ayant discerné qu’une BO n’est pas une enfilade de compos qui déchirent, mais qui avant tout décrivent… Par une orchestration, des jeux d’instruments et des mélodies aux caractéristiques semblables au décor marin et à la psychologie du personnage, la BO de All Is Lost est l’équivalent en musique de ce que le réalisateur J.C.Chandor a mis en vidéo, décrivant musicalement l’errance d’une âme en mer et tout ce qui peut en découler à savoir la solitude, le désespoir, la morosité, la nonchalance, l’oisiveté, la perte de la notion du temps dans un environnement vaste, vide, immatériel et aux mouvements récurrents. Et ces pensées d’errance tout aussi récurrentes, que j’ai eu pendant ces 45 minutes, finissent par me convaincre qu’Alex Ebert a vraiment mérité son Golden Globe, pour cette BO très immersive…

Didier Bianay

reydarts.fr

Première Écoute : La BO de Roméo et Juliette

romeojuliettePremière Écoute

Pour cette adaptation moderne de Roméo et Juliette, Abel Korzeniowski réalise l’une des plus belles B.O. de l’année. Un enchantement !

Illusions et désillusions

Du romantisme lyrique dans toute sa splendeur, saupoudré de féérie  c’est ce que Abel Korzeniowski nous propose tout d’abord sur la bande originale de Roméo et Juliette. Les jeux du piano sont subtiles, tendres, mélancoliques tandis que les cordes sont capables de magnifiques envolées lyriques. Laissez-vous séduire par la valse légère et profonde de The Cheek of Night,  tout comme ces clins d’oeil à la musique classique sur Trooping With Crows, Queen Mab, et Come, Gentle Night. Et comment rester insensible aux charmes de First KissJuliet’s Dream mais aussi aux pièces les plus réussies et les plus entêtantes tels Forbidden Love et A Thousand Times Good Night, la deuxième étant une version développée de la première.

Si l’amour nous donne des ailes Wedding Vows et Eternal Love font carrément planer avec une grande place accordée à la soprano, aux chœurs et à la harpe, trois éléments qui font des apparitions brèves dans le reste de la BO et qui y ajoutent ce côté féérique ; comme une manière très visible de présenter l’amour comme un conte de fée. Toutefois les caractères moins frivoles de Fortune’s Fool, From Ancient Grudge ou même sombres de Tempt Not A Desperate Man, The Death Is My Heir, et The Crypt nous rappellent que Romeo et Juliette reste avant tout une romance tragique.

Abel Korzeniowski a livré une excellente BO avec une impressionnante collection de très jolies pièces, dans un style romantique bien maîtrisé et non répétitif, se permettant même d’adopter parfois des arrangements propres à la musique classique. Mais Korzeniowski sait aussi nous plonger dans des ambiances plus poignantes en maintenant le cap, avec des compositions de bonnes factures. Cela ne serait pas étonnant de voir cette bande originale commencer l’année prochaine avec une nomination aux Oscar 2014.

Didier Bianay

Première Écoute : La BO de No Pain No Gain

GT Master bill.typePremière Écoute

Steve Jablonski et Clay Duncan nous livrent une orgie électronique de très haute qualité, sans oublier l’esthétique musicale. Une vraie réussite.

Le Sound Design en 26 leçons

La musique électronique est beaucoup basée sur le Sound Design et lorsque l’on écoute la bande originale de No Pain No Gain on assiste à un véritable déballage des talents de Steve Jablonski et du Sound Designer Clay Duncan. Les compositions de cette bande originale sont bien peaufinées et la diversité des sonorités de synthés, des instruments et des effets électroniques, nous surprend piste après piste. Parmi les morceaux aux design sonores étonnants on note l’instru complètement cramée de I Got Saved, ou ce synthé vorace sur Wrong Car; et que dire de Cologne, I Work Hard, Supermen qui nous font entendre des styles sonores qui semblent vraiment débarquer d’une autre galaxie. De son côté, Sacred Trust ne laisse pas indifférent avec des synthés qui simulent des sons d’alarmes ; pour ceux qui craignent le pire rassurez-vous le résultat n’a rien d’alarmant. En résumé, cette BO n’est autre qu’un récital de ce qui se fait de mieux dans le Sound Design, un paradis musical pour les mordus de sonorités électroniques.

Du Labeur et des Résultats

Et le charme musical dans tout cela ? Et bien il est au rendez-vous. La bande originale de No Pain No Gain oscille entre des ambiances percutantes, planantes ou parfois lugubres (I Work Hard, Get A Pump), sans être ennuyeuse ou répétitive ; il n’y a d’ailleurs que I’m Big Et I Believe In Fitness qui partagent les mêmes thèmes musicaux. Mis à part le style électro on retrouve aussi des influences Rock (Sometimes You Gotta Run, Difficult Victim), Sun Gym sonnant plutôt comme un flamenco futuriste qui s’écoute avec un plaisir de trop courte durée tout comme le pré-cité Difficult Victim. En revanche My Shit Stopped Working, Doyle et Du Bois sont beaucoup plus longs et par les mêmes occasions proposent quelques moments de relative mélancolie. Les harmonies et mélodies imaginées par Steve Jablonsky sont intéressantes, travaillées, parfois catchy, et on passe un bon moment en écoutant ces 26 titres.

C’est donc un énorme travail de Jablonsky et de Duncan qui a porté ses fruits. D’ailleurs ne dit-on pas « no pain, no gain » ?

Didier Bianay

Première Écoute : La BO de The Lone Ranger

Première Écoute

lone rangerInitialement confiée à Jack White qui n’a pas pu assurer la tâche (problème d’agenda), cette bande originale a finalement été composée par Hans Zimmer. Et franchement, vu la qualité du remplaçant on peut difficilement être déçu; l’écoute de cette BO confirme cette impression.

Fantasque…

La diversité des styles que l’on entend dans la bande originale de The Lone Ranger est perceptible dès les premières pistes. À part de la musique symphonique, on retrouve de la musique celte, amérindienne, balkanique et de la pure musique Western. Cette BO symbolise bien l’Ouest Américain, c’est à dire un carrefour de cultures. Sur Never Take Off the Mask, on commence en douceur avec un coup de violon style western et un poil celtique. Ce premier morceau tranche avec l’ambiance loufoque et percutante de son prolongement, Absurdity. Cette dernière expose bien le style de Hans Zimmer, avec une orchestration riche, turbulente et lourde. Red’s Theater of the Absurd sonne très musique de cirque ou de foire, tout droit sortie des Balkans; mais le compositeur originel, Jack White, n’est pas si étranger que ça à ce style malgré ses origines polonaises et cela est confirmé par la maîtrise du genre.

… et Fantastique !

Qu’importe les styles musicaux à travers lesquels on voyage dans cette bande originale, on est toujours enchanté par le travail de très bonne qualité d’Hans Zimmer. Les mélodies et les thèmes sont remarquables et facilement mémorisables, les arrangements sont très poussés; c’est qu’Hans Zimmer n’est pas du genre à bâcler le travail, il appuie souvent là où ça fait mal. Témoin ce morceau de près de 10 minutes, baptisé Finale, où il s’amuse avec une célèbre composition de Rossini (L’Ouverture de Guillaume Tell) en y ajoutant tantôt son style symphonique propre, tantôt un style Western, sans que cela ne choque. C’est même terriblement jouissif à écouter ! La dernière piste de la BO est calme, mélancolique et reposante, son nom : Home. Elle peut paraître fade après le terrifiant Finale. Mais ce n’est qu’une impression car elle n’en demeure pas moins magnifique et sait se faire apprécier, comme un repos à la maison après une dure journée de labeur…

On a donc là une BO éclectique, aussi divertissante que jolie. Une vrai réussite de la part d’Hans Zimmer qui a joué le remplaçant de luxe sur le coup. Mais il n’a pas raté l’occasion de s’illustrer, une fois de plus.

Didier Bianay

Première Écoute : La BO de « Percy Jackson – La Mer Des Monstres »

percyLorsque je voyais l’affiche de Percy Jackson, je me disais : « Bof, sans doute un cousin d’Harry Potter. De toute façon c’est pas trop mon style de film ». Mais lorsque je me suis penché sur la bande originale de ce film, quelle n’a pas été ma surprise de constater qu’elle est vraiment de très bonne qualité. Une bonne surprise de la part du compositeur Andrew Lockington.

Un bel exercice de style…

Si vous voulez une bande originale qui sente bon l’aventure, la BO de « Percy Jackson La Mer Des Monstres » vous inondera les oreilles de cette ambiance. Des cordes et des cuivres qui prennent souvent des airs menaçants, des cheminements harmoniques classiques des musiques d’aventures, sans oublier des percussions parfois lourdes et souvent très véloces pour compléter la recette de la musique d’aventure-type. On retrouve aussi de temps en temps un côté féérique avec les chœurs et une harpe qui se fait souvent discrète. Mais ce n’est pas tout.

… et une imagination monstrueuse

Ce qui frappe dans cette BO c’est le caractère très virevoltant des cordes et la complexité des phases exécutées par celles-ci. Largement mises en valeur dans cette bande originale, se sont elles qui font autorité, tant au niveau de la rythmique que de l’ambiance. De plus, bien que le thème revienne dans pratiquement tous les extraits, la grande diversité des arrangements qui tournent autour est vraiment remarquable et témoigne de l’imagination très fertile d’Andrew Lockington; on entend même des apparitions surprises d’autres influences (rythme rock dans New Coordinates, percussions électroniques, utilisations de synthés, bruitages), mais de manières furtives. Toutefois la plus grande surprise s’appelle « Wild Taxi Ride » qui est de loin la pièce la plus déjantée de cette bande originale. À l’inverse, la jolie chanson pop-orchestrale « To Feel Alive » est plus conventionnelle et conclu bien la BO en alternant ou mélangeant sensibilité et force.

Didier Bianay

 

Première Écoute : La BO de jOBS

Jobs FilmPremière Écoute

La catégorie Première Écoute est consacrée aux découvertes, aux bandes originales fraichement sorties et « fraiches » tout court. Chaque semaine on s’arrête sur une BO qui m’a intéressé.

John Debney a fait un bon jOB

La bande originale du film jOBS m’a plu (John Debney et d’autres artistes). Bien que ce ne sera pas la BO de l’année, elle a le mérite d’être agréable à l’écoute avec des musiques reposantes et modernes, ponctuées de quelques morceaux qui sonnent rétro tels que Roll With The Changes /Re:created (80’s)  de REO Speedwagon et une n-ième reprise de Scarborough Fair (Moyen Âge) par Dylan McDonald & Cassidy Cooper. D’autres extraits expriment vraiment la notion de challenge, un mot qui convient bien à l’inventeur audacieux que fut Steve Jobs.

Voilà donc une BO sympa à écouter mais qui sonne souvent pub de chez Apple tout de même. Ma foi, je n’ai rien contre. La preuve : après l’avoir téléchargé sur iTunes depuis mon iPhone, je l’écoute avec plaisir devant mon iPad…

Didier Bianay