Trépidhan

(n°925)

Coup De Coeur

John Williams

John Williams a capté l’essence de la vie d’Han par un magnifique thème, à la fois excitant et poétique. Analyse:

L’idée d’aventure…

Dès la première écoute une idée s’impose à l’oreille, celle que The Adventures Of Han porte bien son nom par son caractère haletant et empressé. En fait, lorsque l’on creuse on peine à trouver un quart de temps libre dans la partition de Williams. Les trous rythmiques laissés par des notes prolongées sont systématiquement bouchés par des accompagnements très rapides aux violoncelles ou aux violons, si ce ne sont des réponses variées par cordes, percus, bois ou trompettes. À l’inverse certaines phases n’ont pas besoin de soutien à ce niveau tant elles sont sacrément véloces (ex. 1:14-1:40), le compositeur se contentant souvent de marquer des temps forts pour donner du relief. Afin de rappeler, cette fois-ci, la destinée grandiose du héros, une part très épique se dégage au milieu du morceau (1:40-1:58) où trompettes, trombones et cors s’unissent pour entonner le refrain avec toute l’ampleur que peuvent générer ces puissants instruments lorsqu’ils s’associent. Quelques instants plus tard on retrouve ce même refrain (2:49-3:03) avec plus d’éclat et de vivacité, les trompettes rejouant exclusivement et plus promptement la mélodie ; c’est sans doute cette phase et l’intro qui présagent le plus clairement d’une intrigue agitée, Han ayant un don inné pour les plans à problèmes

… et de poésie

En Musique de Film c’est le détail mineur qui fait la différence, la petite touche qui va ajuster une compo à une ambiance ou à un personnage. Ici on remarque le choix de Williams d’accorder une place non négligeable aux bois, exercice jamais facile puisque ce groupe d’intruments peu intense peine toujours dans une partition frénétique. Ainsi, rapidement le compositeur les couple aux cors (0:15-0:24 et 0:38-0:57) sans que ces derniers, suffisamment puissants en aient nécessairement besoin (0:25-0:38), l’idée étant d’adoucir pour esquisser une certaine sensibilité. La suggestion est encore rappelée dans le final où ces bois (2:45-2:49 et 3:08-3:12) jouent un motif dérivé avec délicatesse. Enfin, on retrouve la même intention de manière bien plus explicite lorsque les flûtistes jouent avec toujours autant de précaution une mélodie en symbiose avec un célesta (2:25-2:45), l’association de ces instruments s’avérant particulièrement mielleuse et traduisant la part romanesque d’un personnage assez imparfait mais attachant.

On ne peut pas dire que The Adventures Of Han reflète le reste de la BO puisqu’un autre compositeur, en la personne de John Powell, amène une expression différente sur les pistes restantes. Mais une chose est évidente, avec son orchestration savamment agencée, ce thème principal nous montre toutes les nuances des péripéties d’Han, entre bravoure, actions et affections.

Didier Bianay

bianaydidier.com

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John Powell de retour pour de bon ?

(n°779)

Dossiers

John Powell

Une belle surprise, voilà ce que nous avaient offert Lucasfilm et Walt Disney Pictures en annonçant que John Powell serait derrière la musique du prochain spin-off de Star Wars consacré à Han Solo. Prévu pour sortir le 25 mai 2018 le film retracera le parcours d’Han Solo et de Chewbacca avant leur jonction à la rébellion, sans oublier leur rencontre avec Lando Calrissian. Le vétéran Ron Howard – grande figure d’Hollywood à qui on doit Da Vinci Code, Un Homme D’exception, Frost/Nixon, Apollo 13 – est derrière la caméra pour diriger les acteurs Alden Ehrenreich, Woody Harrelson, Emilia Clarke, Donald Glover, Thandie Newton, Phoebe Waller-Bridge et Joonas Suotamo.

Mais cette attribution est-elle vraiment une surprise ? Oui et non. Il est vrai que personne n’a vu arriver Powell avec tout la médiatisation autour de Michael Giacchino et d’Alexandre Desplat, 2 compositeurs ayant un style d’écriture se rapprochant de John Williams et pressentis pour le succéder, le plus tard possible serait le mieux évidemment. Mais dans un autre sens c’est une consécration méritée pour un John Powell dont le travail est très respecté tant parmi ses pairs et la Critique que parmi les aficionados de la Musique de Film ; on se rappelle encore les bandes-son d’Happy Feet, de Volte/Face de Dragons 1 et 2 sans oublier La Mort dans la Peau.

On pensait Powell revenu aux affaires à l’automne 2015 avec la BO de Pan, mais depuis sa partition pour Dragons 2 (2014), le compositeur a été globalement moins dévoué au Cinéma préférant écrire ses oeuvres de concert Requiem Addendum, A Prussian Requiem et The Prize Is Still Mine. Le britannique a expliqué davantage ses choix de carrière dans un interview récent pour denofgeek.com où il avoue avoir suffisament de liberté financière pour s’écarter de la violence exacerbée, ou de la noirceur des partitions d’Horreur, favorisant plutôt les projets plus subtils, plus positifs, ou même empreint d’une certaine joyeuseté. Ce n’est donc pas un hasard s’il nous reviendra plus souvent aux oreilles avec Ferdinand, Pigeon Impossible et bien sûr Dragons 3, soit 3 films d’animation qui lui laisseront aussi pas mal de champ libre musicalement.

Didier Bianay 

bianaydidier.com