Actu BO – Ça s’est passé cette semaine…

(n°1020)

Le Récap’

01/02 La rubrique Dernières Sorties mettait l’accent sur la BO de John Powell pour Dragon 3. On y retrouve aussi l’espagnol Alberto Iglesias avec sa nouvelle bande-son pour le drame Quién Te Cantará.

26/01 Le décès du compositeur français Michel Legrand, à 86 ans. Le natif de Paris avait à son actif plus de 200 bandes-son et chansons et une impressionnante collection de récompenses dont 3 oscars pour la chanson The Windmills of Your Mind (L’Affaire Thomas Crown) et pour les partitions d’Un Été 42 et Yentl. Sa brillante carrière de pianiste lui avait valu de collaborer avec des grands noms tels Miles Davis, Frank Sinatra, Barbra Streisand, Henri Salvador, Charles Aznavour, Ella Fitzgerald, Claude Nougaro ou encore Dizzy Gillespie.

Projets confirmés cette semaine (Compositeurfilm ou série réalisateur ou créateur)

Brian McOmberMickey and the BearAnnabelle Attanasio

Siddhartha KhoslaBeatsChris Robinson

Henry JackmanMosulMatthew Michael Carnahan

Chad FischerWeird CityJordan Peele et Charlie Sanders

RZAAngel of Dust – RZA

Fil EislerSuperintelligenceBen Falcone

Bear McCrearyEliCiaran Foy

Daniel HartLight of My Life – Casey Affleck

Steve Jablonsky – WonderlandPeter Berg

Gregory TripiMaTate Taylor

Harry et Rupert Gregson-Williams Catch-22 Luke Davies et David Michôd 

Didier Bianay

bianaydidier.com

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Mortel !

Coup De Cœur

Harry Gregson-Williams

Harry Gregson-Williams

Je l’avais dans la tête depuis bien 1 mois, voici mon choix pour le Coup De Cœur d’aujourd’hui : Hittite Battle, du compositeur Harry Gregson-Williams. Une musique d’Action particulièrement piquante à bien des égards, explications.

Dans un premier temps on se dirait qu’Harry Gregson-Williams est plutôt resté à cheval sur la rythmique typique de la musique d’Action, proposant majoritairement 2 rythmes assez usités, un très brutal et binaire aux temps forts très marqués, et un autre plutôt roulant. Tout au long du morceau il les alterne dans un souci de variation rythmique, mais aussi dans un souci de maintien d’une intensité bien amenée par une intro progressive et féroce.

Mais la force de Hittite Battle se trouve dans son armure, partagée entre la qualité de son instrumentation et ses arrangements surprenants. En effet, les instruments typiques du Moyen-Orient viennent apporter suffisamment d’exotisme quand bien même ils ne dominent pas la partition ; les percus orientales agrémentent les percus tribales, un kamânche et un oud se font entendre à certains moments et des flutes ney, par des solos et motifs occasionnels, tranchent des arrangements dominés par des cuivres héroïques. Parmi ces dernières les trompettes en deviennent même symboliques, faisant retentir à plusieurs reprises des sonneries aérées à la vélocité exponentielle. Des phrases musicales tout de même moins techniques que celles, très galopantes, des violons (aussi périlleuses à jouer qu’a composer…) qui achèvent d’apporter du dynamisme à une partition vorace.

Ainsi, si sur Hittite Battle Harry Gregson Williams a eu aux premiers abords une approche conventionnelle au niveau de la rythmique, c’est par l’exotisme des instruments moyen-orientaux et l’impressionnante musculature des arrangements qu’il en a fait un morceau qui prend aux tripes…

Didier Bianay

Première Écoute : La BO de « Exodus : Gods And Kings »

Première Écoute

exodus pics soundtrackSi Exodus : Gods And Kings semble s’être noyé dans une mer, rouge de critiques négatives, sa BO a été sauvée des eaux. Détails : 

Des orchestrations pharaoniques

79 minutes de musique et point de désert musical. Cette BO très riche, recèle même des morceaux particulièrement complexes et vifs, dans le style épique. Ce style étant le point faible d’Alberto Iglesias, le compositeur espagnol s’est vu entouré de Harry Gregson-Williams et de Federico Jusid qui y sont plus à l’aise, tandis qu’Alberto Iglesias a plutôt travaillé les sonorités et les ambiances plus lyriques voire intimistes. Les 2 complices d’Iglesias ont fait parler la poudre surtout Harry Gregson-Williams qui signe les 2 morceaux les plus épiques et les plus denses musicalement, (Hittites Battle et Tsunami). De son côté Federico Jusid a aussi fait valoir son sens de l’exaltation musicale avec The Coronation, Ramses Retaliates, Ramses’ Orders, Lamb’s Blood et The Chariots. Des compositions additionnelles impressionantes qui vont dans le sens du côté spectaculaire et grandiose que Ridley Scott aime donner à ses films, Exodus : Gods and Kings n’y échappant pas. Mais pour la touche émotive, majoritaire dans le film, Ridley Scott a bien fait de recruter Iglesias, un compositeur au style musical hautement émotif et captivant. Et c’est par lui que la BO prend une identité plus qu’intéressante.

De l’émotion s’il vous plaies !

« …ce qui se prépare nous dépasse tous les deux ». J’ai retenu un bout de phrase de ce film pour ce qui suit. En effet, les tourments psychologiques que connaissent Moïse et Ramses sont bien perceptibles dans la BO car Alberto Iglesias a fait la part belle à des instruments solistes typiques du Moyen-Orient (duduk, kamânche, flûte ney) qui placent des solos exprimant isolement mental et méditation, lorsque certains solistes vocaux ne se mettent pas littérallement à gémir. Ces types d’interventions sont très courants dans la bande-son et on les retrouve notamment sur les pistes Alone In The Desert, Exodus, Moses And Nun, Animal Death, Ramses Own Plague, Journey To The Village et les très sombres Into the Water et Sword Into Water. Le compositeur tenait tant à ses solistes qu’il a même triché au mixage de The Chariots, faisant un kamânche submerger un orchestre nerveux… Mais outre ce travail typé sur les solistes Alberto Iglesias nous réserve aussi des passages lyriques orchestraux sublimes sur Returning To Memphis, Goodbyes, The Ten Commandments, tout en faisant émerger le thème héroïque de Moïse et le thème menaçant de Ramses à partir du milieu de la BO, comme pour démarquer clairement les 2 protagonistes désormais ennemis. Enfin, il ne faut pas oublier ses quelques clins d’œil à la musique de péplums des années 50 (Leaving Memphis), des clins d’oeil qui n’ont aucun mal à se fondre dans cette BO qui sonne tout de même contemporain finalement, avec un mélange inégal de percussions orientales et de percussions tribales modernes, et un mastering un peu trop propre, mais bon…

Avec la BO de Exodus : Gods and Kings, Iglesias et ses 2 serviteurs livrent un travail complet, à travers sa forte teinte moyen-orientale, ses magnifiques arrangements orchestraux épiques ou lyriques et une exploitation très émotionnelle des solistes, procurant la sensation d’un équilibre musical judicieux et juteux.

Didier Bianay

reydarts.fr