Bensi/Jurriaans, duo aux mille ressources

(n°610)

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Saunder Jurriaans (à gauche) et Danny Bensi

Saunder Jurriaans (à gauche) et Danny Bensi

Chose promise chose due, je consacre un article à ce surprenant duo new-yorkais que constituent Danny Bensi et Saunder Jurriaans. « Surprenant » est bien le mot tant le tandem connaît une ascension fulgurante ces dernières années. Présentation de 2 profils finalement assez différents :

Danny Bensi a fait ses études dans des établissements scolaires internationaux à Francfort et Rome avant d’étudier le classique à la Northwestern University (Illinois). Il décide ensuite de déménager à Boston pour monter un duo avec un guitariste-chanteur tout en passant rendre quelques visites à un groupe de Rhode Island où joue un certain Saunder Jurriaans. Bien que jouant de la batterie et du piano, le violoncelle restera toujours son instrument de prédilection. En 1999 tout est initié par la BO d’American Beauty qui éveille tout d’abord sa curiosité pour la Musique de Film mais, pensant qu’il fallait un cursus monumental pour y faire carrière, il ne se lancera que bien plus tard en 2010.

Saunder Jurriaans est le moins académique des 2. Ayant commencé la guitare à 10 ans il était plus intéressé par le hard rock et le heavy metal et n’avait d’amour particulier pour étudier les partitions d’un tiers, comme le veut la musicologie ; non, depuis l’adolescence il ne travaillait que sur ses propres compos enregistrées sur son magnétophone multipistes (souvenirs, souvenirs…). C’est en grandissant à Seattle qu’il a connu l’explosion du grunge dont il avoue être influencé dans son travail de composition. Avant de faire la paire avec Danny Bensi il passe de groupes en groupes mais demeure en lui une attirance pour la musique dramatique et expérimentale.

Les 2 hommes ont ensuite emménagé à New York et tout a basculé pour eux lorsque leur ami Alistair Banks Griffin leur a demandé de faire la bande-son de Two Gates Of Sleep en 2010. Bonne pioche, le film a connu un certains succès dans différents festivals et leur musique aussi puisqu’à partir de cette expérience tout s’est enchaîné très rapidement. À présent le tandem compte désormais plus de 70 programmes tels The Gift, Martha Marcy May Marlene, La Femme Du Diplomate ou encore Enemy dont la BO a reçu un Génie Awards canadien. Confiants et curieux, Bensi et Jurriaans aiment prendre des risques, s’attacher à des projets très différents et montrent des ressources créatives étonnantes, ayant même fait un dernier coup d’éclat avec la subtile BO de Last Days in the Desert. Prochainement, et cela vient d’être confirmé, il seront responsables de la partition du documentaire American Psychosis, leur 11ème projet de l’année, déjà ; une cadence infernale qui se veut un bon signe mais… c’est tout de même mieux à 2…

Didier Bianay

bianaydidier.com

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Les Malheurs De Sophie – Alex Beaupain

Un classique de la comtesse de Ségur dont le réalisateur Christophe Honoré s’est chargé de faire une réadaptation et par la même occasion de réfléchir à la musique avec son fidèle collaborateur Alex Beaupain. Et leur concept final est particulièrement visible. En effet, la bande-son du film reprend minoritairement des éléments d’époque tels le clavecin, les cordes, ou occasionnellement des styles Classique ou Baroque tout en sonnant somme toute assez moderne avec un thème principal pop et pas mal de sonorités électroniques assez rigolotes ; car il s’agissait bien aussi de garder un coté ludique à la musique d’où l’apport de quelques mélodies sautillantes et naïves. Bien sûr on retrouve aussi un bon fond de tristesse et de nostalgie dans cette partition, mais cette dernière demeure malgré tout dédramatisante.

Last Days in the Desert – Danny Bensi et Saunder Jurriaans

Accompagner le Christ dans ses méditations solitaires à travers le désert telle était la mission du duo en pente ascendante Danny Bensi et Saunder Jurriaans. On retrouve le coté austère du personnage sur les sonorités des cordes assez rêches et dépouillées et dans celles des autres instruments qui assurent un accompagnement brut. L’orchestration, elle, reste de bout en bout assez modeste et contribue bien à évoquer la notion de solitude. On serait dans la musique d’ambiance et l’effet de style pures si les 2 compositeurs n’avaient pas eu l’idée d’inclure des mélodies mémorisables apportant de la musicalité, mais aussi amenant suffisament de mélancolie et de gravité pour soutenir les sentiments internes du Christ dans cette expérience psychologique et spirituelle.

Warcraft : Le Commencement – Ramin Djawadi

« Bienvenue chez les bourrins » c’est ce que semble dire le thème principal de Warcraft avec des cuivres graves qui évoquent un peu la bande-son du compositeur pour Pacific Rim. Il va sans dire que pour ce film de fantasy épique cette famille d’instruments joue un rôle clé tout comme les différentes flûtes et percussions apportant une ambiance tribale. Mais là où Ramin Djawadi évite la caricature c’est d’abord dans l’exploitation plutôt répandue du chant guttural qui finit de donner un teinte très sauvage à certains morceaux et ensuite dans la multiplication de sonorités et d’interprétations vocales et instrumentales peu communes. Épique, mélodique la BO laisse entrevoir la polyvalence de Djawadi lorsqu’il se montre tout aussi convaincant sur de touchantes pistes lyriques. Finalement, sur près d’une heure de musique cette pure partition d’aventure s’avère constamment inspirée et inspirante.

Rappel

Made In France – Robin Coudert (Rob, inclassable et made in France)

« On rappelle aussi que l’artiste vient tout juste de sortir la bande-son de Made In France, un film ayant pour cadre le terrorisme ; son intelligence d’écriture y a été notable avec cette fois-ci un style très électro quelque peu désuet mais qui imprime par son caractère sombre et ses dissonances harmoniques tout la malsanité de l’ambiance du film. Le tout est parfois cadencé par une rythmique sur plusieurs niveaux qui ajoute à l’effet hypnotique de l’ensemble. »

Gamba – Benjamin Wallfisch (Benjamin Wallfisch tire fort sur la corde)

« Benjamin Wallfisch, très mélodieux par nature a encore franchi un nouveau palier en terme qualitatif et cela s’est vu sur la BO de Gamba, un film d’animation japonais. Très occidentale et plutôt noble finalement, la partition de Benjamin Wallfisch aurait été conventionnelle si ce dernier n’avait pas montré son exceptionnel sens de la mélodie et du contre-chant et une orchestration très créative, qualité d’écriture qui parfois prend des airs de John Powell et qui maintient l’attention, voire émerveille sur pas mal de passages. »

Didier Bianay

bianaydidier.com