Power To The People (BO de Spiderman : Far From Home)

(n°1105)

Coup De Coeur

Didier Bianay

Première Écoute : La BO de « Spider-Man : Far From Home »

(n°1068)

Première Écoute

Un vrai régal que cette BO de Spider-Man : Far From Home. Michael Giacchino nous propose ici une partition juteuse sans toutefois se départir d’un concept clairement identifiable.

Une base de thèmes solide

En comparant la BO de Homecoming et Far From Home une chose saute aux yeux : les thèmes du second volet ressortent davantage. Ainsi Michael Giacchino a beau détourner le thème romantique, celui de Nick Fury, et surtout celui de Mysterio qu’ils gardent une résonnance mélodique qui avantage la bande-son. Composé d’une phrase naturellement engageante et d’une autre naturellement mystérieuse et inquiétante, le thème de Mysterio était parfait pour faire ressortir l’imposture grandiloquente du personnage sans donner l’impression de se répéter. D’autre part, le thème romantique rejaillit aussi en insufflant un sentimentalisme très palpable, étant originellement porteur d’un bagage mélodique et harmonique riche (It’s Perfect, Personal Hijinks, Bridge And Love’s Burning). Et bien-sûr à ceux-là s’ajoute le thème de Spider-Man, lui aussi assez efficace et qui se détachait déjà nettement des autres thèmes dans Homecoming.

Les brass brassent

On connaissait l’amour de Giacchino pour les cuivres, là encore il n’a pas dérogé à ses habitudes, cors, trombones, trompettes et tubas dominant la BO et s’avérant parfois particulièrement bavards (Gloom And Doom, High And Flighty, An Internal Battle, Tower Of Cower, Swinging Set). L’expertise de Giacchino sur les ressources de ces instruments se voit de même des arrangements pétaradants accompagnant les exploits de Spiderman et les prétendues prouesses de Mysterio, à des bourdonnements inécrivables (Prague Rocket, The Magical Mysterio Tour), en passant par des ronflements morbides. Par sa prédominance constante ce groupe d’instruments contribue à donner à la BO une teinte éclatante et punchy réhaussée par des percussions orchestrales nerveuses. Les cordes abattent aussi un travail conséquent, reléguées au second plan par l’éclat des cuivres mais n’ayant pas leur pareil pour les séquences sentimentales ou pour sous-entendre une notion d’urgence dans les scènes d’action par des accompagnements véloces et rythmés.

Une modernité plus affirmée

On entend très souvent une batterie rock imprégner du rythme tout au long de la BO rendant même certaines compositions catchy (Power To The People, Happy Landing). Avec la guitare elle entretient une cohérence qui manquait dans la BO de Homecoming, ces instruments modernes y étant aussi présents mais avec parcimonie. L’utilisation constante des sonorités électroniques sert le même but, elles qui sont plutôt dévolues aux actes de Mysterio, implicitement, dénonçant l’illusion holographique et ce bien avant que la supercherie soit démasquée (World’s Worst Water Feature, Multiple Realities, Mr One Hundred And One). Enfin à titre esthétique ont citera l’utilisation d’autres sonorités électroniques limpides et du delay pour soutenir des instruments ou apporter des ambiances plus aériennes et lumineuses (Bridge And Love’s Burning, Swinging Set, Personnal Hijinks).

Avec la BO de Far From Home Michael Giacchino a donc canalisé son imagination débordante, et celà ne l’a empêché d’être très prolifique, gravitant autour de thèmes de bonnes factures et d’un concept sonore fort pour une partition cohérente et détonante.

Didier Bianay

Les idées dans la suite

(n°1065)

Coup de Coeur

Michael Giacchino

Comme toutes les suites, Far From Home Suite Home ne déroge pas à la règle en reprenant tous les thèmes et les idées de la BO de Spiderman : Far From Home. On parlera de concept sonore dans un autre article, ici nous allons analyser les méthodes utilisées par Michael Giacchino pour rendre cette compo si entraînante.

Panorama classique

Après que le thème principal soit joué solennellement comme pour affirmer une certaine prestance, il est repris de manière puérile (0:40 à 1:16) en notes piquées pour une touche d’innocence et de naïveté, caractère amplifié par le célesta et une flûte assez douce. Le main theme revient encore une troisième fois avec les mêmes cuivres que l’intro, cependant la mélodie est modulée sous une forme plus expressive qui dépeint mieux la vaillance de Spiderman (1:27 à 2:08), idem vers la fin avec un déballage orchestral encore plus dynamique et explosif (7:11 à 8:04). Le thème romantique (2:38 à 4:00) fait la part belle aux instruments à cordes (violons, harpe, piano etc.) quand bien-même une flûte l’exécute tendrement dans un premier temps. Viennent enfin le thème de Nick Fury porté par un rythme militaire et des cuivres (4:00 à 4:59), et celui de Mysterio, (5:06 à 7:05) engageant, inspirant et… inquiétant où l’on perçoit un twist dans l’orchestration par l’ajout affirmé d’un synthé et d’une guitare électrique afin de souligner les artifices technologiques du personnage.

Agencement millimétré

L’efficacité de cette suite vient moins de cette recette d’orchestration traditionnelle que de la qualité des thèmes et de la manière dont ils sont organisés. Le placement du thème de Fury entre le thème romantique et celui de Mysterio génère une transition vers cette longue séquence intense de plus de 3 minutes qui eût été lassante si Giacchino n’avait varié fréquemment le rythme avec les percussions orchestrales et la batterie. Il faut de même saluer la précision d’écriture, puisqu’il y a bien ici une tonne d’instruments qui se partagent la partition, s’entremêlant sans jamais que le rendu ne sonne brouillon. La partie la plus délicate demeure d’ailleurs celle où interviennent ostensiblement le synthé et la guitare électrique (4:25 à 7:04), qui se glissent entre les phrases des cuivres ou suivent leurs arrangements mais ne les concurrencent surtout pas à hauteur égale. Pareil pour la batterie qui laisse sa grosse caisse en retrait et dans un rôle de marqueur temporel par rapport à l’expressivité marquée des timbales. On observe aussi dans les séquences les plus épiques une séparation quasi systématique entre trompettes et cuivres graves (cors, trombones, tubas), qui se répondent le plus souvent. Un agencement judicieux, vu leurs puissances naturelles et leurs grands effectifs, permettant aussi un équilibre sonore et le maintient d’une grande vivacité.

Far From Home Suite Home, qui étrangement inaugure la BO, remplit son rôle en faisant le tour des thèmes, avec beaucoup de panache. La compo reprend aussi le concept sonore du film que je développerais plus amplement la semaine prochaine dans un article Première Écoute, ce score de Giacchino valant bien plus qu’un simple coup d’oeil.

Didier Bianay

Dernières sorties BO (28/06/19)

Spider-Man: Far From HomeMichael Giacchino

Sony Music (28 Juin 2019)

Made In China – Quentin Sirjacq

My Melody (24 Juin 2019)

Patient Zero – Michael Wandmacher

Madison Gate Records (26 Juin 2019)

Stranger Things (Saison 3)Kyle Dixon & Michael Stein

Stranger Things 3 – Lakeshore Records (28 Juin 2019)

Gloria BellMatthew Herbert

Milan Records (28 Juin 2019) – CD/Digital

Last Breath – Paul Leonard-Morgan 

Rage Music (24 Juin 2019) – Digital

Long Lost – Gyom Amphoux

M-Rose Productions (23 Juin 2019) – Digital

The Refuge – Federico Vaona

Aguarecords (22 Juin 2019) – Digital

Shingeki No Kyojin (Saison 3) – Hiroyuki Sawano 

Pony Canyon (26 Juin 2019) – 2 CD

Source : cinezik.org et underscores.fr

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